"On n'empêche pas plus la pensée de revenir à une idée que la mer de revenir à un rivage.
Pour le matelot, cela s'appelle la marée pour le coupable, cela s'appelle le remords."
Victor Hugo extrait des "Misérables"
"Il y a des choses que l'on recommence chaque jour, simplement parce qu'on n'a rien de mieux à faire;
il n'y a là ni progrès, ni même entretien-mais on ne peut pourtant pas ne rien faire-
C'est dans le temps le mouvement dans l'espace des fauves prisonniers ou celui des marées sur la plage."
André Gide
"Je marche éternellement sur ces rivages, entre le sable et l'écume.
Le flux de la marée effacera l'empreinte de mes pas, et le vent emportera l'écume.
Mais la mer et le rivage demeureront éternellement."
Khalil Gibran
"Il y avait un homme ce matin
Comme hier d’ailleurs
Il y avait un homme ce matin
Sur le cul
Il y avait un homme ce matin
Ainsi qu’une femme
Sur le cul
Comme hier d’ailleurs
Il y avait dix hommes ce matin
Ainsi que dix femmes
Sur le cul
Des enfants couraient mignons
Après les pigeons
Qui s’envolaient
Puis se reposaient
S’envolaient
Comme hier d’ailleurs
Il y avait cent hommes ce matin
Ainsi que cent dix femmes
Sur le cul"
Bertrand Belin "Sur le cul"
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" Les convoyeurs du vent" un film de Mathurin Peschet
Embarquement immédiat à bord du Nordlys- source:KUB
"Les mots qu'on n'a pas prononcés sont les fleurs du silence..."
Maurice Oreste
"À la jeunesse, j’écris cette lettre qui n’est pas un manifeste,
j’écris à la jeunesse à la marge, à la jeunesse qui a faim, à la
jeunesse isolée, en deuil, brisée, ensauvagée, en colère, enragée,
impatiente, révoltée.
Chère jeunesse, aujourd’hui, je n’ai pas de conseils ni de solutions à te donner.
Je viens sans ordre, sans exigence, sans injonction, sans assignation.
Jeunesse, je te vois libre et plurielle.
Je t’imagine multiple, ambigüe, pas lisse, pas malléable, inatteignable, complexe.
Tu m’intrigues jeunesse, tu es forte en douceur.
Mystérieuse, atypique, rebelle.
Tu es belle quand tu hurles fort dans la nuit, quand tu danses
jusqu’à pas d’heure, tu es belle quand tu es inadaptée, quand tu te sens
à côté, en dehors, tu es belle quand tu es bizarre, quand on te dit que
tu es folle, hystérique, anormale.
Je t’aime jeunesse maladroite, je t’aime quand tu n’arrives pas à
parler, quand tu dérapes, quand tu cries à la liberté, quand tu
t’indignes, quand tu rassembles, quand tu marches sans destination.
Quand tu fais preuve de sororité. Quand tu interviens devant
l’injustice, quand tu refuses de critiquer ton adelphe.
Tu es belle quand tu ne ressembles à rien, quand tu te réinventes,
quand tu brûles les normes, quand tu détruis ce qui te détruit, quand tu
portes les vêtements que tu veux, ou quand tu n’en portes pas, quand tu
ne laisses personne te réduire, te faire renoncer ou t’exclure.
Tu es belle quand tu déranges, quand tu questionnes, quand tu démanges
"C’est
pourquoi celui qui peut, de l’isolement des mots imprimés, froids,
impersonnels, faire naître cet enthousiasme, celui-là participe de
l’immortalité qu’il a fait naître. Un jour, il ne sera plus, ce qui n’a
aucune importance, parce que, figé dans l’invulnérable isolement des
mots imprimés, réside ce qui est capable de faire naître à nouveau les
impérissables enthousiasmes d’antan dans les cœurs et les organes de
ceux qui sont nés de l’air même qu’il a respiré et dans lequel il a vécu
ses angoisses ; si la chose écrite en a été capable une fois, il sait
qu’elle le sera de nouveau longtemps après ce qu’il ne restera plus de
lui qu’un nom mort qu’efface peu à peu le temps."
William Faulkner, Avant-propos à Faulkner Reader (1954). chez:Luc-Antoine Marsily
Nice, le 31 mars 2020
Chers Yona, Noam, Emma et Sacha,
"Vous le savez déjà : je ne suis pas une fée du ménage. Je suis
disciplinée pour certaines choses et pas pour d’autres. Mais, je
voudrais profiter de cette période de confinement à Nice pour faire le
grand nettoyage de printemps sachant que je ne suis pas douée.
Je vais vraiment m’appliquer. D’abord, j’écris quelques lignes pour
me donner du courage et puis promis, j’y vais. Et oui, je préfère écrire
une histoire que de faire le tri dans mes affaires. Me voilà prête.
J’ouvre un tiroir, la boîte de Pandore, une jungle de machins et de
trucs que la consommation frénétique de ma jeunesse a fait s’accumuler.
Je regarde, consternée, mais je ne touche à rien ! Est-ce que j’ai
vraiment besoin de quatre louches, trois couteaux à pain, six paires de
ciseaux, cinq agrafeuses et des collections infinies de pacotille ?
Je ne referme pas le tiroir, mais je m’enfuis devant mon écran. Tout
sauf ça. La mauvaise conscience me pousse à y retourner et à contempler
la scène du crime. Je garde tout, au cas où l’un de vous en aurait
besoin le jour où vous vous installerez en ménage. (Il y a une louche
pour chacun d’entre vous !)
Je prépare mon déjeuner.
Le tiroir me nargue. Après la sieste, peut-être …
Au lit, je ne me permets pas plus de cinq pages de relecture de Virginia Woolf « Une chambre à soi
». Au compte gouttes pour savourer. Et comme chaque fois que je lis un
chef d’œuvre, j’espère que vous le lirez aussi. Que vous lirez tout
court !
Je retourne au travail. Je parcours mes messages. On me demande un
article. Autant commencer tout de suite. Mais le tiroir est ouvert comme
la bouche béante d’un monstre. Je remarque un chocolat qui aurait pu
être là depuis l’antiquité.
Je le mange. Et puis d’un coup décisif et déterminé, je vide le
tiroir pour former une montagne sur la table de la salle à manger. Il y a
un vieux cahier et des stylos. Je m’assois pour les essayer et je
retrouve le plaisir d’écrire sur du papier. Je pense à tous mes
manuscrits écrits à la main avec nostalgie.
Mes yeux tombent sur un paquet de ballons de toutes les couleurs, un
stock suffisant pour une future fête gigantesque. J’en gonfle un. Puis,
un à un, je les gonfle tous. C’est un effort considérable, mais je ne
peux pas m’arrêter. Les ballons remplissent la maison de légèreté,
d’espoir, de folie. Un à un je les envoie par la fenêtre, mon message de
gratitude et d’admiration au personnel soignant. Je les connais bien
après ma longue maladie, ces anges sur terre, nos héros. Chaque ballon
dit « I love you ! »
Comme les ballons sont appropriés ! Aujourd’hui c’est mon anniversaire: j’ai 75 ans ! Happy birthday to me !
Mes ballons expédiés, je fixe le contenu du tiroir, je fais les cent
pas et d’un geste définitif et concluant, je remets toute la pagaille à
sa place. Dans un mois peut-être ?-
Entre temps, ne serait-il pas urgent et important de vider le tiroir du bric à brac qui se trouve dans ma tête ?