"Nous avons tant besoin de paysans. Officiellement, ils ne sont plus
que 430 000, alors qu’ils étaient encore 7,4 millions en 1946. Beaucoup
seront partis à la retraite sous trois ans, et ne seront pas remplacés.
Seront-ils demain moins de 150 000, rescapés au milieu d’un désert de
machines et de détresse ? Sur une planète dévastée par la crise
climatique, la mort des oiseaux et des insectes.
Nous avons tous
cru que le glorieux travail de la terre pouvait être remplacé par le
pétrole, les engins et la chimie. Nous, paysans et non-paysans. Cette
vision nous a conduits dans une impasse. Un système absurde, celui de
l’agriculture industrielle, nous prive de tout avenir commun. Des
paysans endettés se suicident, les sols meurent, des maladies chroniques
surgissent, la société se détourne de produits qu’elle ne veut plus
manger.
Il faut donc changer. Nous voulons de grandes
retrouvailles entre les paysans et tous ceux qui ont oublié leur passé.
Nous voulons que l’immense énergie mise au service de
l’industrialisation des campagnes serve aujourd’hui à reconstruire ce
pays autour d’un seul mot, celui d’espoir. La France manque de millions
de paysans heureux, fiers de nourrir la société tout en retrouvant
l’harmonie avec la nature.
Seule leur présence permettra de faire
face ensemble au grand défi climatique et à l’effacement de la
biodiversité. Au passage, des milliers de petites villes et de villages
ne seraient plus les oubliés des services publics, des transports, et de
l’avenir. Il s’agirait aussi d’une révolution calme, bénéfique à
l’équilibre spatial et psychique de tous.
Et c’est pourquoi nous
voulons un plan de sortie de l’agriculture industrielle en dix ans. Il
impose des investissements publics massifs, que nous estimons à 200
milliards d’euros au total, soit vingt milliards par an. La crise du
coronavirus montre qu’on peut mobiliser des budgets colossaux pour des
causes bien moindre. Dans ce temps si bref, ce plan permettra à tous les
paysans de le rester, et d’évoluer dans la direction souhaitée par la
société. Mais il aidera aussi à installer un million de jeunes et moins
jeunes, qui deviendront paysans en accédant à une terre que la
spéculation foncière leur refuse.
Ce nouveau contrat social doit
permettre de produire des aliments de qualité pour tous, sans
pesticides, et de les vendre dans des circuits rémunérateurs et stables.
L’objectif est fou, mais il est surtout réaliste. Ce qui serait fou,
c’est de continuer sur la voie de la destruction des écosystèmes. De
sacrifier la santé publique. D’ignorer les signaux qu’une planète
exténuée nous envoie chaque jour. Il est temps de se lever et d’annoncer
ce que nous voulons vraiment. Car il y a un chemin, et nous allons le
parcourir. Ensemble." SOURCE
17 NOVEMBRE 2020
Appel à une seconde vague d'action
contre la réintoxication du monde
Dans la première moitié de l'année 2020, le déferlement viral aura
provoqué un ralentissement inédit de la dévitalisation marchande de la
planète. Au cœur du confinement s'est alors diffusée une lucidité
partagée, mais trop souvent désarmée et isolée, quant à l'urgence de
faire barrage in extremis à la production du désastre.
Le 17 juin dernier, alors que la machine se ré-emballait de plus belle,
plus de 70 actions, blocages, rassemblements se sont déployés
simultanément à travers le pays (1). Ils ont matérialisé un premier
grand rebond de luttes de terrain contre la réintoxication de monde.
C'est pour donner une nouvelle fois corps à ce front commun, frappant
par son énergie et sa diversité, qu'un ensemble de collectifs réunis le
30 août dernier à l'occasion d'un rassemblement sur la zad de
Notre-Dame-des-Landes ont décidé d'appeler à une seconde vague d'actions
coordonnées le 17 novembre prochain.
Les mobilisations locales du 17 juin ont dessiné une première
cartographie post-confinement des sites de production destructeurs qui
doivent s’arrêter, d'espaces naturels – forêts, zones humides, terres
cultivables, friches urbaines – qui ne doivent pas être artificialisés,
des chantiers écocides qu'il faudra paralyser… Elles ont aussi révélé
des dizaines d'endroits où des collectifs d'habitant-e-s se lèvent déjà
localement contre l'absurdité de ces "aménagements du territoire".
Le 17 juin n'a pas été sans lendemain. Des terres investies ce jour là à
Dijon ou une vigie construite sur le quartier des Vaîtes à Besançon sont
toujours défendues depuis. La zone sauvage du Carnet sur laquelle un
rassemblement a eu lieu est maintenant devenue une zad et ses bétonneurs
chancellent. Le projet menaçant la forêt du Madrillet à côté de Rouen et
dont le chantier s'est retrouvé bloqué a été mis en suspens après coup.
Une lutte contre un projet routier en Haute-Loire s'est relancée à cette
occasion. Bien d'autres, comme celles sur l'avenir des terres de
Gonesse, contre les nouvelles fermes-industrielles de 200 000 poulets
dans le Finistère ou l’usine d’engrais de synthèse Yara vont se
poursuivre....
Nous savons qu'obtenir des victoires concrètes nécessitera de revenir
régulièrement sur ces lieux, d’en habiter certains, d’en faire muter
d’autres, de continuer à se coordonner dans un mouvement qui ne peut
être que mondial et de lancer de nouvelles vagues de mobilisations
encore plus amples et déterminées. C’est seulement à cette condition que
nous parviendrons peut-être à préserver des conditions d’existence
désirables sur terre, pour nous comme pour le reste du vivant, hors du
nihilisme économique.
D'autant que les trois derniers mois n'ont fait que confirmer le cynisme
absolu des dirigeants politiques et des puissances économiques, au fur
et à mesure que les signes explosifs des ravages du système se
multipliaient. Aux feux de forêt gigantesques qui frappent tous les
continents, aux sécheresses intenses qui menacent le système agricole
dans son intégralité, à la publication des dernières simulations
climatiques encore plus alarmistes (2), ils ont répondu par la reprise
rapide du trafic aérien, des marchés financiers, de la spéculation sur
la faim, et ce malgré l'épidémie. Aux licenciements massifs, à la
précarisation de milliers de salarié-e-s laissés sur le carreau, ils ont
répliqué par de nouveaux cadeaux aux entreprises, sans même envisager de
contreparties sociales ou environnementales. À la catastrophe de
Beyrouth, à l'annonce de l'extinction des deux tiers des espèces
sauvages, à la révélation sur les rejets de Lafarge dans la Seine, ils
ont répondu par la reprise de l'usage des néonicotinoïdes dans les
champs, maintenu la production d'engrais au nitrate d'amonium et validé
l'exportation dans le reste du monde des pires pesticides interdits en
Europe. Face aux soulèvements mondiaux contre le racisme systémique et
les violences policières, nous les avons vus malgré tout durcir encore
les politiques sécuritaires.
Nous faisons face à des enjeux décisifs. 100 milliards d'euros vont être
injectés dans l'économie française en deux ans sous forme de plans de
"relance", pour faire vivre à tout prix le mythe de la croissance
quelques années de plus, quelques mois peut-être, à un coût écologique
et social désastreux. 78 nouveaux projets de « réindustrialisation »
clés en main, court-circuitant les protections environnementales, sont
déjà annoncés : bien souvent sur des sites encore non artificialisés.
(3) L’acharnement dans un modèle prédateur ne peut représenter une
perspective enviable pour celles et ceux qui souffrent déjà de
l’exploitation, avec ou sans travail. Seules de profondes
reconfigurations dans le rapport à la production et aux formes
d’organisation sociale peuvent de nouveau offrir des perspectives
d’activités et d’emplois porteuses de sens, que ce soit en ville ou dans
les campagnes. Dans les dix prochaines années, un agriculteur sur deux
va partir en retraite, et ce sont alors un quart des terres cultivables
nationales qui vont changer de main. Sans une bataille foncière acharnée
qui allie vocations paysannes et déterminations environnementales, elles
iront soit à l’agrandissement des exploitations industrielles, soit à la
bétonisation.
Nous pourrions rester effaré.e.s, enlisé.e.s dans le sentiment qu'il est
déjà trop tard. Mais nous pouvons aussi parier sur la puissance d’un
sentiment de révolte partagé et d’une exigence de conséquence qui puisse
enfin bouleverser radicalement la donne. L'année a déjà été marquée par
quelques victoires de luttes ancrées - liant résistances directes de
terrain, mobilisations larges et recours juridiques : abandon
d'Europacity sur les terres de Gonesse et de l'urbanisation menaçant les
Lentillères à Dijon, du Center Park en gestation dans la forêt de Roybon
et de l'A45 entre Lyon et Saint-Etienne... Nous devons passer un seuil.
Misons fermement sur le fait qu'il devienne dorénavant de plus en plus
difficile pour eux de légitimer des projets destructeurs de milieux
vivants. Parions que partout où des luttes déterminées viendront y faire
obstacle, nous les forcerons dorénavant à renoncer!
Quant à l'existant et dans la foulée des initiatives liées à
l’anniversaire de l'explosion de Lubrizol (4), nous appelons les
habitant.e.s des villes et des campagnes à informer et accentuer
localement la pression sur les secteurs qui leur semblent le plus
évidemment toxiques et dispensables : cimenteries, usines de pesticides
ou productions de gaz et grenades de la police, industrie aéronautique,
publicitaire ou construction de plates-formes Amazon sur des terres
arables, unités d'élevage industriel, développements de l'industrie
nucléaire, clusters développant la numérisation de l’existence et un
monde sans contact avec le vivant...
Nous appelons à renforcer, chemin faisant, des liens avec les
travailleurs qui dépendent économiquement de ces secteurs de productions
et chantiers. L’urgence sociale, c’est de penser avec elles et eux les
mutations possibles des activités nécessitant un maintien des revenus et
droits acquis, les réappropriations nécessaires des lieux de travail,
ainsi que les rapports de force à engager pour garantir des ressources
pendant les périodes de transition.
Nous appelons donc enfin le 17 novembre à une seconde série d’actions,
blocages, rassemblements et occupations contre les lieux de production,
de fabrication ou de transformation ainsi que tout autre bâtiment ou
infrastructure profondément nuisibles qu'il nous faut mettre à l'arrêt.
Mais si nous visons sérieusement à nous défaire de pans conséquents du
monde marchand, il nous faut conjointement nous doter des formes
d’autonomies à même de répondre à nos besoins fondamentaux. Nous
appelons donc également à des occupations de terres en villes ou dans
les zones péri-urbaines pour des projets de cultures vivrières, ainsi
qu’à des réquisitions d'espaces d'entraide, de soin, de redistribution
et de création. Il n'y aura pas de "tournant" sans que l'on construise
ici et maintenant des formes de vie pleines de sens et bien plus
désirables que celles inféodées aux besoins du marché.
Ensemble, mettons un coup d'arrêt partout à leurs projets destructeurs !
Vous trouverez ci-dessous une liste des premiers collectifs, syndicats,
associations, territoires en lutte co-signataires et engagés sur cet
appel. Si vous souhaitez le signer aussi, nous envoyer un appel à
mobilisation locale ou un texte d’analyse complémentaire, vous pouvez
écrire à 17nov@riseup.net.
Pour plus d’infos et suivre les mobilisations autour du 17 novembre :
site : agir17.noblogs.org/ + facebook : agir17novembre
Premiers signataires : Youth for climate France - ZEA (13) -
Confédération Paysanne - Défense estuaire loire st nazaire (44) -
DAL-Droit au logement - Attac France - des habitant.es de la zad de
Notre-Dame-des-Landes (44) - Union syndicale Solidaires - La croissance
tue ! - L'Amassada (12) - Bas les Masques - XR Nantes - L'assemblée
libre des casse-noix (26-38)- - Réseau Citoyen de Surveillance
Golfech-Blayais (82) - Pays de Retz Environnement (44) - Longo Maï
Grangeneuve (04) - Résistance Ecologiste Rennes (35) - les Amis de la
Terre France - Emancipation Collective - Notre Maison Brûle - Résilience
- Extinction Rebellion France - Collectif antinucléaire de
Vaucluse/CAN84 Coordination antinucléaire du sud-est/CAN-SE Mouvement
contre le crime atomique/MCCA - Sortir du Nucléaire France - des
opposant.es à Pierre & Vacances / Center Parcs - Le Collectif pour le
Triangle de Gonesse (CPTG) (95) - Youth For Climate Avignon -
Notre-Dame-des-Landes Poursuivre ensemble (44) - Espace autogéré des
Tanneries (21) - XR Pour une Écologie Politique, Populaire et Sociale -
La dérive social club (44) - la commune de Chantenay (44) - coordination
antinucléaire du sud-ouest stop-golfech - la cagette des terres (44) -
France Nature Environnement Haute-Loire (43) - Collectif Lutte des Sucs
- ANV COP21 Montpellier (34) - Attac Alès Cévennes (30) - association
contre le village de marques de souillac et de défense des habitants du
quartier Viaduc Timbergues-Aubuges de Souillac (46) - Sauv-natur
Saint-leu-la-foret (95) - Attac 44 - Asso'loucionne - cinémas Utopia -
Radiaction - collectif La Croissance Tue - Les Jardins des Vaîtes (25) -
Comité Bure en Retz (44à- ATTAC Rennes (35) - Vigilanceogm21 - ATTAC
Reims (51) - ANV-COP21 Besançon (25) - XR Reims (51) - ATTAC Pays
Malouin Jersey (33) - collectif Destocamine - Alternatiba Nantes (44) -
GIGNV (44)- ATTAC 93 Sud - ATTAC Flandre - XR Pantin & Alentours - Attac
Montpellier (34) - Attac Paris-Nord-Ouest - Enseignants pour la Planète
- Mouvemen Provencau Regionalisto - syndicats Sud solidaires 44 - ATTAC
Vendée (85) - Ensemble ! 34 - Attac Lille (59) - Partager c'est sympa -
Collectif Citoyen " Notre Parc N'est Pas à Vendre" - Youth for Climate
Paris - Stop Nucléaire Besançon (25) - Free The Soil France - Attac 63 -
XR Ile-de-France - Écocampus ENS (75) - Attac Landes Côte Sud - XR Tours
(37) - Non aux JO 2024 à Paris - collectif de défense des jardins des
vertus (Aubervilliers) - AGIR Belle Ile (56) - SUD-Rail Paris St Lazare
- Youth For Climate île de France - Confluence pour Sortir du Nucléaire
Informations Pesticide Belle Ile (56) - L'assemblée libre des casse-noix
(26-38) - Les Riverains et et les Amis de Béner (Le Mans - 72) 6 Youth
For Cimate Grenoble (38)
Notes :
(1) voir 17juin.noblogs.org
(2)https://reporterre.net/Les-simulations-francaises-decrivent-un-avenir-catastrophique
(3)https://lareleveetlapeste.fr/78-sites-industriels-cles-en-main-un-scandale-environnemental-silencieux/
(4) Campagne du 26 septembre - https://www.notremaisonbrule.net/
(5) En s'appuyant sur les cartes et outils à disposition comme
https://reporterre.net/La-carte-des-luttes-contre-les-grands-projets-inutiles
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Deux artistes résidentes du Garage de Saint-Nazaire lancent ce week-end
du 3 et 4 octobre la 1re édition du festival Les illustrés du Garage.
Exposition, dédicaces, démonstrations, fresque
collective réalisée par tous les artistes présents, stand de la
librairie l’embarcadère le samedi de 16h à 19h, atelier de linogravure
dirigé par Léa Huguet dimanche à 14h (10 €).Source: Estuaire