"Dans le contexte du Covid-19 et de la casse de l'hôpital public, nous
prenons légitimement la défense de notre système de santé. Pourtant,
l'épidémie actuelle ne doit-elle pas nous pousser à explorer d'autres
formes de soin, au delà de l’institution médicale moderne ? Dans cet
entretien, Thierry Thévenin et Lilian Ceballos défendent une médecine
terrestre." la suite de l'article sur TERRESTRES
"Nos paroles sont lentes à nous parvenir,
comme si elles contenaient, séparées,
une sève suffisante pour rester closes tout un hiver ;
ou mieux,
comme si, à chaque extrémité de la silencieuse distance,
se mettant en joue,
il leur était interdit de s’élancer et de se joindre.
Notre voix court de l’un à l’autre,
mais chaque avenue, chaque treille, chaque fourré,
la tire à lui, la retient, l’interroge.
Tout est prétexte à la ralentir.
Souvent je ne parle que pour Toi,
afin que la terre m’oublie."
" Les mots sont des nasses ridiculement étroites. On y enferme trop peu d'idées."
Henri Queffelec
" Un crabe, les deux pinces ouvertes, voilà très exactement à quoi
ressemble notre île. [...] Ce n'est pas nous qui l'avons modelée ainsi,
pas plus que nous ne l'avons ceinte de ses courants fantastiques, virant
bord pour bord à la marée, ni flanquée de son île Keller, auberge rouge
pour tempêtes. Ce n'est pas nous qui avons éparpillé dans ses eaux les
mille éclats de granit, que l'on peut nommer indifféremment des rochers,
des cailloux ou des pierres, et qui sont tous capables, dès qu'on les
sollicite, de crever un bateau dont le capitaine eût déjà fait le tour
du monde."
Henri Queffelec
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Photo: Ondine Morin
Tant attendu Septembre
"Nous
nous en réjouissions dès les derniers jours du mois d'août : l'arrivée
de ce mois de septembre, qui est aussi synonyme désormais de chaleur et
de calme. C'est un peu "l'été des insulaires" car nous pouvons profiter
de cet "été indien" de plus en plus marqué et de la quiétude de notre
île. Même si la fréquentation touristique est toujours très forte durant
cette arrière saison, il s'agit désormais de longs séjours entre une et
trois semaines majoritairement. Ainsi il se noue de vrais contacts avec
nos convives qui sont souvent des habitués d'Ouessant. Surtout en cette
fin de mois, nous retrouvons les passionnés d'oiseaux qui vont nous
permettre de voyager loin d'Ouessant au fil des escales des migrateurs.
Septembre chaud et sec
Le
14 septembre, le mercure est monté jusqu'à indiquer une température de
26,2°C sous abri et à l'ombre à Ouessant ! - Le maximum de cette anée
2020 - Le dernier record remonte au 3 septembre 2005 avec 25,2°C. On
atteint ainsi des moyennes supérieures à toutes les normales
saisonnières de 0.2°C à 0.5°C. Les précipitations sont fortement en
baisse avec seulement 28,6 mm (soit -48% par rapport aux normales
observées entre 1981 et 2010). Le minimum est de 9.2°C le 24 septembre
et le brouillard s'est invité durant 11 jours. Avec un certain recul,
Nous remarquons ainsi qu'une saison humide se met en place depuis
plusieurs années de juin à août à Ouessant.
Un
petit coup de vent de nordet est passé les 17 et 18 septembre avec 79,2
km/h maximum. Puis la première dépression automnale arriva juste après
l'équinoxe, les 23 et 24 septembre avec 112 km/h maximum d'ouest. Elle
correspond au passage de Teddy, le vingtième cyclone qui s'est abbatu
outre Atlantique sur les côtes du Maine et de la Nouvelle Ecosse et qui a
destabilisé la circulation générale de l'hémisphère Nord.
La
houle oscille autour des 2.50 mètres tout au long du mois. Seul un pic à
10,90 mètres le 25 septembre aux Pierres Noires a donné des allures
hivernales aux côtes insulaires. La mer d'Iroise en surface a atteint un
maximum absolument incroyable : 19,4°C le 15 septembre dès 10h le matin
! La température en surface a oscillé de 15°C à 17°C tout au long du
mois : bien au-dessus des températures habituelles.
Reprise du baguage avec l'ANO
Du
4 au 31 octobre, dans le cadre de l'ANO (Association des Naturaliste
d'Ouessant), des bagueurs professionnels se succèderont sur le site
habituel du Niou. Ils suivront comme à leur habitude le protocole
méthodologique du CRBPO (Centre de Recherches sur la Biologie des
Populations d'Oiseaux). Cette année l'association a investi dans du
nouveau matériel : filets, perches et tente abri. Toutes les aides sont
les bienvenues durant ces matinées !
En
ce mois de septembre, l'actualité ornithologique est déjà très dense et
tend à s'intensifier en ces derniers jours du mois. Parmi les dernières
découvertes majeures à Ouessant, vous pourriez observer : Pluvier
Guignard, Bécasseau tacheté, Bruant lapon, Etourneau unicolore, Pouillot
siffleur et Goéland bourgmestre [Sources : ANO]. Et retrouvez au jour
le jour, toutes ces informations ornithologiques relayées sur la page
Facebook de l'Association des Naturalistes d'Ouessant.
L'
ANO vous convie à ses rendez-vous d'octobre : le 10 pour la sortie
ornithologique à bord du Fançois Morin; le 13 à la grande salle
polyvalente pour la conférence annuelle de Jean-François Arcanger
"Madagascar, une biodiversité insulaire extraordinaire". Entrée libre;
et le 20 à 20h30 pour son assemblée générale ordinaire à la grande salle
polyvalente.
Scombrus horribilis...
...Ou
les funérailles annoncées de la pêche artisanale. Elles avaient lieu le
25 septembre à Concarneau, au moment où était inauguré en grandes
pompes une arme de destruction massive : un chalutier long de 80 m doté
d’un chalut de 300 m pouvant exterminer jusqu’à 200 tonnes de poissons
par jour. Son nom : le "Scombrus" signifiant maquereau en latin, car
cette espèce sera sa cible principale. "Mais il remontera aussi des
espèces protégées comme le requin du Groeland, nous avertit un ancien
pêcheur embarqué sur un de ces mastodontes". Pire, cette usine
d'extermination fut financée en partie par l'Europe et l'état
français... Que restera-t-il en mer pour la pêche artisanale ? N.B : un
petit bateau professionnel qui pêche à la côte a le droit de prélever
maximum 100 kg de maquereaux par jour.
Les
associations et ONG (APECS, Low Impact Fishers of Europe, Plate-forme
Petite Pêche, Pleine Mer, Bloom, Les Ligneurs de la Pointe Bretagne) qui
soutiennent la pêche durable et responsable avait organisé "les
funérailles de la pêche artisanale (40 000 ans avant J.-C. - 25
septembre 2020)" et réussi à réunir tous les pêcheurs professionnels
artisanaux et les amoureux de la nature autour de cet évènement afin de
sensibiliser le grand public. Mais le 23 septembre, la nouvelle tombe :
cette manifestation pacifique est interdite. Seuls les partisans de la
pêche industrielle et les grands pontes ont pu assister au baptême de ce
macchiavélique monstre flottant qui sèmera la mort à chaque passage."
Ondine Morin dans "Echo d'Ouessant"-Kalon - Eusa infos n°94 d'octobre
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illustration source: Toile
Regarde Regarde
"Il portait son sourire bien haut sur son visage. Elle aussi le portait.
Et lui, et lui, et elle aussi.
Aujourd’hui c’est chose rare.
C’est le masque qu’il porte bien haut sur son visage.
Et lui, et lui, et elle aussi.
Le sourire est parti se cacher dans le recoin des yeux.
Que reste-t-il ?
Elle met du rouge à lèvres car elle aime la couleur.
Et puis elle sort.
Elle va juste au café. Ce n’est pas un rendez-vous, ce n’est pas pour
plaire qu’elle met le rouge. Elle met le rouge car elle aime ça. Elle
se sourit dans le miroir. Elle voit le bleu de ses yeux qui danse avec
le rouge. Elle se trouve belle. Elle a envie de sourire, de rire,
d’aimer. Elle a envie de danser, de virevolter, de vivre.
Elle va juste au café pour prendre le temps. Pour lire son livre, écrire dans son carnet.
Pour regarder le monde qui va et vient. Pour rêvasser, aussi.
Elle sourit au miroir et puis elle sort.
Sur le chemin du café, il y a la librairie. Elle y a commandé un
livre et il est arrivé. Pendant le confinement, elle est passée souvent
devant la librairie. Elle a vu la libraire s’affairer seule dedans.
C’était fermé, bien sûr. Elle lui faisait des signes à travers la
vitrine. Elle dessinait un cœur avec ses mains, elle disait «bon courage» avec ses lèvres pour qu’on puisse lire dessus même sans avoir le son.
La librairie a rouvert et le livre est arrivé.
Sur le chemin du café, passer le prendre. Oui, mais il faut un masque. Sinon on n’entre pas. C’est le jeu, c’est la règle.
Oui, mais le rouge à lèvres ? C’est pour le masque, maintenant.
Elle met le masque et sent le rouge qui atterrit dessus. Il est loin,
le miroir. Voilà le rouge emprisonné. Sûrement qu’il bave, maintenant,
pense-t-elle. Sûrement qu’il se répand partout. Elle soupire. Elle se
sent un peu bête de ne pas y avoir pensé. Elle n’a pas l’habitude,
encore, d’emprisonner sa bouche. Elle ne veut pas l’avoir.
Sourire avec les yeux. Sourire d’autant plus fort qu’il n’y a plus le
sourire. Que le visage est caché. Sourire de tout son cœur car ça
transperce le masque. Le vrai sourire ne s’arrête pas aux lèvres. C’est
peut-être l’occasion de faire la différence. Ceux qui ne sourient pas
n’ont pas les yeux qui brillent, qui se plissent et pétillent. Le faux
sourire ne dépasse pas le masque."