" Le bonheur ça n'est pas grand-chose...
C'est du chagrin qui se repose
Alors
Il ne faut pas le réveiller"
Léo Ferré
" Sans boussole et sans voile
Avec toi pour étoile..."
Léo Ferré
En Bretagne, le 20 août 1957
"J'ai vite fait cette nuit, avec la route qui m'arrivait dans les yeux
comme un ciné d'asphalte, j'ai vite fait pour te revoir. L'Aube n'en
finissait pas de baîller dans son plumard d'ouate fusain et cette radio
allemande qui essorait sur mister Hertz la musique du plan Marschall !
C'était Francfort, je crois, où tu n'es jamais allée, ni moi non plus.
Entre deux cris de saxophone j'imaginais Paul Valéry et ses oeillades à
ton museau d'éternité, je pensais aussi à la philosophie perverse du
homard réclamant son visa pour l'Amérique et se délestant subito de sa
carcasse pour finir tout mou et minable dans une gueule à la française.
Vrai, la mue de ce pauvre homard dans ce casier, l'année dernière, entre
deux gammes, ça n'est pas une des moindres de mes découvertes, sous tes
jupons de varech, quand tu foutais le camp là-bas reprendre un peu de
sang à la lune... Tu es une galvaudeuse, la mer, et je t'adore.
Moi, je suis né sur ta cousine, la Méditerranée, tranquille, souriante,
avec l'accent aussi, bleue certes, plus souvent que toi puisqu'on la
teint, à ce qu'on m'a dit, pour les touristes, chaque été...sans doute
des combines à syndicats d'initiative ! Bref, ta cousine fait le tapin
pour le baccara, on l'a muselée, ce sont les galets qui la retiennent,
le sable il y a belle lurette qu'il s'en fout, il traîne à Juan-les-Pins
sous le cul des demoiselles. Minable, je te dis, la Méditerranée. Ils
ne sont même pas arrivés à en faire une opérette potable. Toi, tu as
fait la croche à Debussy...Il est vrai qu'il avait un sacré talent !
Quand j'ai débarqué ce matin tu n'étais pas là, sans doute ton rancard
lunaire. Il y avait bien tes cheveux qui traînaient, encore tout
mouillés de la nuit, mais ton admirable tête d'écume loin de mes mains
toutes sèches des villes farfouillait l'horizon de je ne sais quelle
hâte à recoudre des draps de coutil bleu lavasse. Que tu es mystérieuse,
la mer ! Où pars-tu loin de moi quand j'arrive tout gris d'essence.
Vas-tu regonfler de ton sel quelque baleine danaïde ou te perds-tu en
conjectures langoustines ? ... Joues-tu avec ces bateaux riches jusqu'à
les démâter ou peut-être cajoles-tu le mousse en lui remplissant la
mémoire de sardines hors commerce ! Les rocs jaloux te crachent à la
figure et toi tu les lapes d'un coup en les laissant debout dans leur
connerie de granit pendant que tu ravales ta vague travailleuse. Tu les
pompes, les rocs, tu les écorches pour te broder la dentelle où tu dors
le soir avec tes chevaux de marée haute ! Tes chevaux ! parlons-en, ils
hennissent à m'en faire perdre toute la musique. Sur tes tringles de
rocailles il fait beau les voir dans leurs galops d'équinoxe éructant
tes baves d'outre-tombe et broutant les esquifs guignols. " Les chevaux
de la mer ne traînent qu'une idée". Tu peux rajouter cette couronne au
cimetière marin... ça ne me fera pas faute. La métaphysique, tu le sais,
ne fait pas le poids
Tous ces noyés en puissance et qu'on appelle les estivants que font-ils
donc avec leur oeillères-chaises-longues ? C'est toi le spectacle et ils
sont sur la scène, nègres saisonniers à tirer la couverture, pendant
que "tu leur sers la soupe" et des souvenirs de café du commerce. Que tu
es bonne, la mer, d'exister pour ceux qui ne te voient jamais! Les
jouets en caoutchouc, les petits seaux et les petites pelles, les bouées
dites de "sauvetage" aussi peut-être, tout cet attirail impersonnel, te
rendent bien plus hommage dans leur candeur inhumaine que le vieux
monsieur ventre à l'air, le goujat, qui t'arrime dans ses jumelles ou
que la pin-up qui te brasse vers les midis quand tu es repue, calme et
désolée. L'idée que je me fais de toi, vois-tu, est d'une autre planète
pour ne pas dire d'une autre qualité...
Lorsqu'il m'arrive de parler aux hommes avec un parti pris de sincérité,
tiens-toi bien, je dis que je ne t'aime pas, que tu me fais peur, que
je t'ai entrevue par hasard au cinéma où à Deauville, quand tu es de
service, bref ça fait toujours son petit effet et l'on me demande
pourquoi ? avec l'à-propos de gentillesse qui caractérise les "bonnes"
relations. Tiens, il n'aime pas la mer, ce petit ! eh bien on va lui
demander de s'expliquer... Alors, du tac au tac je leur réponds : "
parce que j'ai le même mal qu'elle". Et ils rient à cordes cassées, ah !
ah ! "le mal de mer, le mal de mer..." Ils ne savent pas ce que c'est
le mal de vivre, ces imbéciles, pas vrai, la mer ? Ils ne savent pas ce
que nous savons tous les deux depuis que l'on sait quelque chose dans
cet univers glacé : la certitude que nous ne savons rien, et tu le sais
tellement bien toi, que l'idée même d'être la mer te fait continuer à
être la mer...
un peu comme moi : l'idée que je suis un homme me fait continuer à être
un homme. Moi qui te pense, me dirais-tu, moi qui t'invente et qui te
nomme, je pourrai peut-être me bousculer et aller voir ce qu'il y a
derrière !
Tu ne peux pas t'acheter un browning pour en finir une fois pour toutes
avec tes ressacs et tout le tremblement, moi oui... je peux m'acheter un
browning, mais je ne le fais pas parce que j'ai peur, et surtout parce
que je suis heureux dans ce que je fais, parce que je ne m'ennuie que
lorsque je t'écris, ce n'est pas de l'ennui, non, c'est de la tristesse,
parce qu'il faut que je t'écrive une lettre qui composera mon livre qui
n'est pas encore composé, parce qu'il ne faut pas que je meure avant
d'avoir fini ce que j'entreprends aujourd'hui avec toi et avant même
d'avoir écrit beaucoup d'autres choses, avant d'avoir encore fumé des
Celtiques à m'en arracher les éponges, pas les mêmes que toi, moi je
respire avec, toi tu commerces..., avant d'avoir mangé des kilos et des
kilos de spaghettis à l'italienne, expressément cuisinés par mon Amour,
chez moi dans ma maison, parce que j'aime la vie et que le mal de vivre,
dont je t'ai touché une bribe tout à l'heure, n'est qu'une manie
littéraire et que la littérature y'en a marre comme on dit à l'Académie
Française.
Vois-tu la Mer, tout ce qu'on a entrepris sur ton dos, depuis que les
"artistes" t'ont fait CONCEPT, me donne la nausée car il y traîne
toujours quelque malversation poético-commerciale qui rend ta beauté
monocorde et inutile. Au fond, tu n'es qu'un ciel mouillé, comme mes
yeux, quand je pense à toi sans te mettre sur une carte postale ou dans
une symphonie, mais en t'aimant, ce matin, de retour des villes où ça
sent l'homme, tout seul dans un coin de la plage, et lisant avidement le
calendrier des marées, seule philosophie que je te concède.
« Quand j’ai reçu le prix Nobel de Littérature, je me suis interrogé sur
ce qui reliait vraiment mes chansons à la littérature, j’ai voulu y
réfléchir et trouver les liens. Je vais essayer de l’expliquer, et très
certainement empruntant quelques détours mais j’espère que ce que je
dirai sera utile et réfléchi. Si je devais remonter à l’aube de toute
cela, je commencerai par Buddy Holly … il est mort quand j’avais 18 ans
et lui en avait 22… »
[...}
« Qu’est-ce que ça veut dire ? mes chansons et celles des autres ont
été influencées par les mêmes thèmes, qui ont un sens différent, ce qui
compte c’est que la chanson vous touche (…) Je n’ai pas besoin de savoir
ce qu’une chanson veut dire (…) Dans certains poèmes de John Donne, ce
poète et prédicateur du temps de Shakespeare, que j’aime beaucoup,
certains vers comme «The Sestos and Abydos of her breasts. Not of two
lovers, but two loves, the nests » ne veulent rien dire mais ils sonnent
bien, et il faut qu’une chanson sonne bien."
Bob Dylan extraits de:"Discours à l'Académie suédoise
```````````````````#############
Le BRETONS
d'octobre
est avancé .
\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\|||||||||
« La musique est tout. Les gens devraient mourir pour elle. Les gens
meurent pour tout le reste, alors pourquoi pas pour la musique ? »
Lou Reed
« Ce sont vraiment des temps terriblement difficiles, et nous
devrions vraiment essayer d’être aussi gentils que possible les uns
envers les autres. »