vendredi 15 mai 2020

frénésie


Au 15 du moi.
On a tondu des pelouses pour moins que ça
si je me fie à la pétarade du voisin
dans un  jardin qui s'en était offert bien des aises
pour le bonheur des têtes de chats dépassant à peine des buissons.
Les choses reprennent 
peu à peu
leur place
au catalogue des humanités contrariées

 
                    Pendant la fermentation la pub se cherche dans ses bonnes oeuvres


    "Vivre c'est passer d'un espace à un autre en essayant de ne pas se cogner"
     Georges Perec 





 On se fait une toile

Vendredi
HISTOIRE
sans paroles
ou CINEMA muet
A votre aise






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Graines de rue 


"J’aimerais qu’il existe des lieux stables, immobiles, intangibles, intouchés et presque intouchables, immuables, enracinés ; des lieux qui seraient des références, des points de départ, des sources ;

Mon pays natal, le berceau de ma famille, la maison où je serais né, l’arbre que j’aurais vu grandir (que mon père aurait planté le jour de ma naissance), le grenier de mon enfance empli de souvenirs intacts…

De tels lieux n’existent pas, et c’est parce qu’ils n’existent pas que l’espace devient question, cesse d’être évidence, cesse d’être incorporé, cesse d’être approprié. L’espace est un doute : il me faut sans cesse le marquer, le désigner ; il n’est jamais à moi, il ne m’est jamais donné, il faut que j’en fasse la conquête.

Mes espaces sont fragiles : le temps va les user, va les détruire : rien ne ressemblera plus à ce qui était, mes souvenirs me trahiront, l’oubli s’infiltrera dans ma mémoire, je regarderai sans les reconnaître quelques photos jaunies aux bords tout cassés. Il n’y aura plus écrit en lettres de porcelaine blanche collées en arc de cercle sur la glace du petit café de la rue Coquillière : « Ici, on consulte le bottin » et « Casse-croûte à toute heure« .

L’espace fond comme le sable coule entre les doigts. Le temps l’emporte et ne m’en laisse que des lambeaux informes :

Ecrire : essayer méticuleusement de retenir quelque chose, de faire survivre quelque chose : arracher quelques bribes précises au vide qui se creuse, laisser, quelque part, un sillon, une trace, une marque ou quelques signes."
Georges Perec extrait de "espèces d'espaces." 

 








"On ne peut vivre longtemps dans la frénésie. La tension était trop forte en ce monde qui promettait tant, qui ne donnait rien."
Georges Perec extrait de: "Les choses"









jeudi 14 mai 2020

comme en 14


Au loin le cri du train
porté par un souffle rugueux.
Le ventre des Chantiers ronronne à nouveau la nuit.
La ville se décarcasse
et à deux pas- d'autres brûlent. (ils l'on dit dans le poste)
Jeudi dans le bleu du ciel griffé par les goélands et autres zélés ailés.
Dans l'enclos paroissial
-comme j'aime à l'appeler dans mes confessions intimes-
l'onirisme fleurit
sous des seins de glace. 
les tomates se donnent des airs gourmands,
les capucines se dispersent,
l'aloe  plante son épieu dans les cieux,
l'hortensia boutonne,
je plonge un oeil au fond de la faïence
et pense qu'il va falloir songer à ramener la consigne


"Le train roule sur les rails, à toute vitesse, dans la nuit. Vers l’Ouest se hâte la bête de fer, haletante, qui s’ébroue en sifflant, et secoue son collier de fumée : vers l’Ouest, là où la terre finit et où l’Océan s’espace, image du ciel sans bornes.
L’ Ouest !.. Les mots ont leur magie, et comme les parfums ils évoquent les visions lointaines. L’Ouest a pour moi la féerie de la lumière qui descend, du soleil qui tombe, la gloire passionnée du couchant, le crépuscule sur la lande qui rêve et la splendeur de la mer, cette beauté déserte…Sur l’âme changeante de l’Ouest, c’est le prestige de ce qu’elle préfère, le songe de sa demeure ardente et triste, au bord de la mer, devant l’horizon où s’attarde la flamme du jour sanglant, couchée sur l’heure occidentale…
Puis, ce fut la nuit noire, la nuit humide, qui trempe les labours."
André Suarès, extrait de: "Le Livre de l’ÉmeraudeEn Bretagne "
  

       





parce que les fleurs c'est périssable


" Pour peu qu’on soit un rien distrait, la journée passe comme une lettre à la poste. Et nous nous retrouvons dans la position horizontale sans avoir eu le temps de dire ouf. Il suffirait de se voir passer ainsi du jour à la nuit, dans un mouvement de bascule accélérée, pour comprendre un peu plus nettement ce qui rend notre condition incompréhensible."
Georges Perros


 "Je ne dirai jamais de mal de la littérature. Aimer lire est une passion, un espoir de vivre davantage, autrement, mais davantage que prévu."
Georges Perros



" Écrire, c’est dire quelque chose à quelqu’un qui n’est pas là. Qui ne sera jamais là. Ou s’il s’y trouve, c’est nous qui serons partis."
Georges Perros


"La terre et la mer comme deux aveugles qui se rencontrent, butent l'un dans l'autre.
Se râtent, se reconnaissent." 
Georges Perros 


" Rien de plus naturel que de vouloir être aimé pour soi-même. Et rien de plus sot, car soi-même n’existe pas. L’amour est toujours approximatif."
Georges Perros 
Textes source: "Entre les vagues"