lundi 9 mars 2020

au chaland qui passe

                 Photo Soizic

Que d'eau!  Que d'eau!
semblent  dire les marais de  Brière cernés par les flots.

De son jardin d'une île  d'errance, Soizic, nous glisse (en chaland bien sur) cette photo


"Je connais une terre
Qui vogue et dérive
Un monde infini,
Le ventre assoupi
D’une vague sauvage.

Un monde miroir.
Ici
Des hommes pirogues

L’eau se referme sur les mots

La piarde se découvre
Et la tourbe s’échauffe.

Par la fouine et d’une perche
En chaland et par la brume
Ils glissent et caressent leur île.
La noire est l’encre de leur rives.

Ici
Des âmes roseaux
L’iris des eaux
décore l’œil de l’homme.

Le silence est une peau.

Le ciel à présent ouvre ses mains.
Foulques, et grèbes ,
chevaliers gambette
Bruyères, et mourons
Nymphéas et ajoncs.

Un feu follet me tente en secret
La rousse roule sur l’étang
Le saule m’attire m’ enveloppe
Les roselières commencent leur chant.

Le Marais,
Enfin,
S’étend.

Je connais cette eau
D’une douceur infinie
Elle goutte et coule
M’ invite et bruit.

Je dois lui revenir.
Je la comprends.

Dans ses eaux :
Pour toujours
Deux gouttes de mon sang.

Dans mes veines, :
A jamais
La Brière,
Et son orient".

Atos



"Le jour où je mourrai,
personne ne le fera à ma place.
De cette certitude se nourrit ma solitude,
donc mon individu.
Sans elle, que serais-je?
et ce "je" aurait-il la moindre signification?
Anne-France Dautheville







 
"Seul sur le sable"

                              la poubelle pour aller se marée

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"Île-Errance" de Clément Schneider






Le film entier chez: KUB

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Source: Courrier International



jeudi 5 mars 2020

croît aussi ce qui sauve



Les mots des autres ont le parfum étrange de l'inconnu retrouvé, comme ces lieux que l'on visite en rêve et qui nous paraissent curieusement si  familiers.
 Ils nous rejoignent aux entrailles de l'âme.

Les mots des autres ont la vigueur des rapports de chair et de cendre et la noblesse de l'inattendu.

 Ils sont habilités à la souplesse des vagues lorsqu'elles s'insinuent dans les interstices et laissent à la sagesse des coquillages échoués le dos à l'air, l'ombre d'un regard au couchant de la vie.

Ils sont à prendre mais jamais en laisse car souvent ils se retournent les manches pour t'en coller une, et te mettre sans voix, devant tant de force majesté.

Comme une seconde peau, ils nous opèrent à vif . Aussi, pas besoin de les essayer pour deviner qu'ils nous iront.

 D'ailleurs, ne nous trompons pas, ce sont eux qui nous cherchent et non le contraire."




"Tout bouge, tout se soulève après l'hivernale raideur."
Rainer Maria Rilke






"Toi le féminin, ne nous délaisse pas car tout ce qui n'est pas mué en douceur ne survivra pas. 
Toi qui survivra, relève-nous ton mystère que peut-être toi-même tu ignores, sinon le mystère ne serait pas. 
N'est-ce pas que le printemps est empli d'oiseaux dont l'appel se perd au loin ? Que l'été nous écrase de son incandescence dont la senteur nous poigne jusqu'aux larmes ? Que l'automne nous laisse désemparé par son trop plein de couleurs, de saveurs ? Que l'ultime saison rompt le cercle, nous plongeant dans l'abîme de l'inguérissable nostalgie ?
Mais en toi demeure le mystère que peut-être toi-même tu ignores. 
En toi, ce qui est perdu, ce qui est à venir, au lac d'avant la pluie, aux caressants nuages, collines après l'orage aux contours frais et pleins. 
Ne nous délaisse pas, toi le féminin, hormis ton sein, quel lieu pour renaître".
François Cheng
Ce texte a été lu par Juliette Binoche dans le cadre de l'émission "Boomerang"d'Augustin Trapenard
sur France Inter
source









"Un homme avance dans une nuit claire, au milieu des champs.
Sous son bras, il porte un violon."
Andreï Makine