lundi 16 décembre 2019
ma pelle et mon seau
"j'avais oublié
- Etait-ce vraiment un oubli?-
- Sur la ligne de démarcation toute goémonée, d'une ancienne marée- deux trois affaires maritimes, que je trimballais, sans doute un peu par habitude , figé à la case souvenir et bien avant que la masse des courants nébuleux et salés s'accorde vraiment et en toute liberté avec mes doutes les plus surs.
Remis à plus tard l'idée de refaire le monde puisqu'il était assez vaste pour s'en dépatouiller tout seul et puis...franchement, vous me voyez moi et mes petits bras prendre l'initiative de lendemains qui s'enchantent (avant de repasser des plats réchauffés).
A l'entracte peut-être?
J'avais raté toutes les occasions attifées comme du neuf, les cérémonies éclairées aux bougies pour donner du sens aux mornes cires qui coulaient de source sure.
Pour sur,
j'avais du pain sur la planche dans un monde qui marche à la baguette et fait des mouillettes, avec le gage d'en être ou pas
suivant comment on se faisait tri-côter à l'argus.
Pourtant,
J'avais encore des prétentions, des pousse-toi que je m'y miettes,
des érosions matinales dites normales;
des fréquences modulées
en envies passagères et clandestines;
quelques phrases en réserve pour les jours maigres
et des rendez-vous avec de drôles d'histoires...
Aussi,
un contrat sur la tête de la poésie
où les mots tendres sont si durs
à pleurer
qu'ils vous laissent complètement desséchés
au retour d'une phrase,
dans un virage mal négocié
où tu finis forcément
dans la marge..
De quoi la rime?
Une tasse pour prendre la mer;
pas de bol, c'était son heure de relâche.
Restait bien un peu d'eau salée au fond mais à peine de quoi y tremper ma plume pour y trouver une maritime inspiration.
Une prochaine fois, je prendrais mon seau, et puis ma pelle aussi.
Du haut de ses culottes courtes un petit garçon sérieux comme un baigneur dans ses pensées d'avant-hier répétait à l'envie : "c'est bien pratique d'avoir une pelle et un seau à la plage, c'est bien pratique..."
En effet !
On peut faire des châteaux en Bretagne et y enfermer son crabe qu'en pince pourtant pour l'en dehors.
On peut aussi s'associer avec l'océan ou une de ses filiales et créer une entreprise d'import-export en coquillages.
On pourrait également organiser le grand prix des puces de mer sur un circuit homologué et sponsorisé par les ptits sablés de Retz.
On peut sans doutes confier à l'Anémone le soin de retrouver sa bonne étoile.
On prend aussi des dispositions pour faire une vague sieste et du bout des pieds battre la mesure des marées.
Et puis, surtout- ne rien faire- ou alors,
raconter juste une blague de marin pour iriser son rainbow et ensuite mettre les voiles quand le soleil fait son lit-quide.
Une pelle et un seau, n'en déplaise aux garants de l'orthodoxie virile, c'est quand même plus pratique que sa bite et son couteau et particulièrement sur la plage où l'on se met du sable partout, où y'a pas besoin non plus de couper les cheveux des algues en quatre, ni de déboucher une bouteille vu qu'elle sont déjà toutes parties chez leur mer, pas plus que de hisser la grande vergue de misaine, ni faire son perroquet.
Dans le fond de la tasse, en soulevant mes bésicles pour y voir d'un peu plus près, j'ai découvert un petit garçon qui pleurait fort parce qu'il avait peur du bruit des vagues.
Alors, forcément, il a bien fallu d'urgence dissiper les quiproquos et surtout faire les présentations - le petit garçon, sa pelle, son seau, mesdemoiselles les vagues anciennes et nouvelles aussi etc etc
Et depuis... je vous assure, et particulièrement aux équinoxes , on comprend pas vraiment ce qu'ils se disent mais du haut de la dune, on les entend drôlement bien se marée.
illustration source: Toile
dimanche 15 décembre 2019
où vont les souvenirs
"Où vont les souvenirs après qu'ils nous visitent?
Rentrent-ils sagement dans leur boite climatique jusqu'à ce que s'offre encore la permission de revenir?
Ont-ils vraiment besoin de notre accord pour débarquer n'importe comment et de préférence quand on ne les sollicite pas?
Font-ils preuve de lucidité ou au contraire sont-ils le pâle reflet du passé décomposé?
Ont-ils encore et toujours le goût, l'odeur, la vue...ou s'habituent-ils, au fur et à mesure qu'ils prennent de l'âge, à ne ressembler à plus grand chose ou à perdre les sens ?
Ont-ils quelque idée de la hiérarchie, du devoir, de l'histoire?
Comment se comportent-ils en société alors qu'en général ils préféraient la solitude?
Pourquoi sont-ils si douloureux ou joyeux ou pénibles ou...?
Pourquoi parfois le passé prend-il le parti du présent jusqu'à lui piquer la place?
Pourquoi n'arrivent-ils pas ces foutus souvenirs à se faire oublier comme on le voudrait tant, alors qu'à d'autres moments ils s'effacent, même si on aurait bien voulu qu'ils restent encore un peu?
Sont-ils un luxe, un boulet ou autant de racines,
une maladie d'en trop avoir ou de ne plus rien savoir?
Peut-on leur faire confiance?
...Ainsi,
vois-tu,
je m'interroge!
illustration source: Bibliothèque des inventeurs d'incroyances
"Un
jour quelqu’un m‘a dit que je lisais trop. Ma première réaction a été
de prendre cet individu pour un imbécile. C’était la meilleure celle-là.
Pour qui se prenait-il ? J’étais surtout vexée comme un pou, car
derrière cette assertion s’en cachait une autre : je ne savais pas
vivre.
Enfin si : je savais manger, boire, dormir, aller travailler, rencontrer des gens, donner mon opinion, faire la fête, aller et venir dans la société, faire un enfant même, mais est-ce que je m’étais déjà posé les bonnes questions sur la vie, sur ma relation aux autres et à moi-même ? Est-ce que je m’étais déjà arrêtée deux secondes pour me voir vraiment, voir les autres ? Est-ce que la somme de textes que j’avais lus, que j’avais ingurgités, les formules apprises par cœur, les belles citations copiées-collées, ma bibliothèque pleine, m’avaient aidée à vivre, à donner du sens, à comprendre quelque chose et à faire de moi un être en conscience ?
Vous vous souvenez de la question de Clarisse à Montag dans Fahrenheit 451 : " Etes-vous heureux ?". Elle est bête. Elle révolutionne tout.
Il m’aura fallu cinq années entre cette remarque et sa prise en considération progressive pour sentir s’opérer un vraiment virement en moi. Pour comprendre que l’on peut se donner l’illusion de vivre pendant très longtemps et, ce, en toute bonne foi. Qu'on peut passer une vie à se mentir à soi-même, à se voir tel qu'on a envie de se voir, à se mystifier pour rester dans une zone de confort satisfaisante pour l'égo. Qu’on peut passer toute une vie à lire, à donner des cours, à faire des conférences, à fréquenter des milieux culturels, à avoir des avis sur tout sans faire bouger un iota de sa propre humanité. Qu’on peut passer sa vie dans une recherche d’idéal, dans un fantasme, dans un rêve éveillé, qu’on peut passer sa vie « en littérature » sans jamais toucher terre.
Ce n’est évidemment pas le fait de lire qui est problématique en soi mais l’idée de croire qu’une vie passée à lire est une vie passée à vivre. Ça peut être vrai, mais ça peut être faux. Si une autre dimension n’émerge pas à un moment donné. Pour faire passer les « carpe diem », et autres citations à tatouage, à une mise en pratique effective et réelle, pour passer du slogan mécanique « Tous ensemble, tous ensemble » à l’Essence même de la formule. Y a du sacré boulot. Y a du boulot sacré. Ô Yeah."
source: "La Mare Rouge"
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«À ceux qui, inquiets, frustrés, oppressés, éructent contre le destin, les dieux, les démons, les princes, le triomphe de la masse et de la technique, je préfère ceux qui chuchotent, en passant, cette simple phrase : "Je ne sais plus où j'en suis."»
Roland Jaccard extrait de: "La tentation nihiliste"
Chez: Le Marquis de l'Orée
" Ne pensez pas qu'un jour il vous sera permis
De vous dire " je suis de moi-même l'ami ",
Et de faire avec vous la paix définitive
Vous resterez livrés à vos alternatives
Quand vous verrez demain vous méconnaîtrez hier
Vous vous renierez avant qu'il fasse clair."
(Arthur Cravan)
Enfin si : je savais manger, boire, dormir, aller travailler, rencontrer des gens, donner mon opinion, faire la fête, aller et venir dans la société, faire un enfant même, mais est-ce que je m’étais déjà posé les bonnes questions sur la vie, sur ma relation aux autres et à moi-même ? Est-ce que je m’étais déjà arrêtée deux secondes pour me voir vraiment, voir les autres ? Est-ce que la somme de textes que j’avais lus, que j’avais ingurgités, les formules apprises par cœur, les belles citations copiées-collées, ma bibliothèque pleine, m’avaient aidée à vivre, à donner du sens, à comprendre quelque chose et à faire de moi un être en conscience ?
Vous vous souvenez de la question de Clarisse à Montag dans Fahrenheit 451 : " Etes-vous heureux ?". Elle est bête. Elle révolutionne tout.
Il m’aura fallu cinq années entre cette remarque et sa prise en considération progressive pour sentir s’opérer un vraiment virement en moi. Pour comprendre que l’on peut se donner l’illusion de vivre pendant très longtemps et, ce, en toute bonne foi. Qu'on peut passer une vie à se mentir à soi-même, à se voir tel qu'on a envie de se voir, à se mystifier pour rester dans une zone de confort satisfaisante pour l'égo. Qu’on peut passer toute une vie à lire, à donner des cours, à faire des conférences, à fréquenter des milieux culturels, à avoir des avis sur tout sans faire bouger un iota de sa propre humanité. Qu’on peut passer sa vie dans une recherche d’idéal, dans un fantasme, dans un rêve éveillé, qu’on peut passer sa vie « en littérature » sans jamais toucher terre.
Ce n’est évidemment pas le fait de lire qui est problématique en soi mais l’idée de croire qu’une vie passée à lire est une vie passée à vivre. Ça peut être vrai, mais ça peut être faux. Si une autre dimension n’émerge pas à un moment donné. Pour faire passer les « carpe diem », et autres citations à tatouage, à une mise en pratique effective et réelle, pour passer du slogan mécanique « Tous ensemble, tous ensemble » à l’Essence même de la formule. Y a du sacré boulot. Y a du boulot sacré. Ô Yeah."
source: "La Mare Rouge"
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«À ceux qui, inquiets, frustrés, oppressés, éructent contre le destin, les dieux, les démons, les princes, le triomphe de la masse et de la technique, je préfère ceux qui chuchotent, en passant, cette simple phrase : "Je ne sais plus où j'en suis."»
Roland Jaccard extrait de: "La tentation nihiliste"
Chez: Le Marquis de l'Orée
" Ne pensez pas qu'un jour il vous sera permis
De vous dire " je suis de moi-même l'ami ",
Et de faire avec vous la paix définitive
Vous resterez livrés à vos alternatives
Quand vous verrez demain vous méconnaîtrez hier
Vous vous renierez avant qu'il fasse clair."
(Arthur Cravan)
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