dimanche 15 décembre 2019

où vont les souvenirs




"Où vont les souvenirs après qu'ils nous visitent?
Rentrent-ils sagement dans leur boite climatique jusqu'à ce que s'offre encore la permission de revenir?

Ont-ils vraiment besoin de notre accord pour débarquer n'importe comment et de préférence quand on ne les sollicite pas?
Font-ils preuve de lucidité ou au contraire sont-ils le pâle reflet du passé décomposé?
Ont-ils encore et toujours le goût, l'odeur, la vue...ou s'habituent-ils, au fur et à mesure qu'ils prennent de l'âge,  à ne ressembler à  plus grand chose ou à perdre les sens ?
Ont-ils quelque idée de la hiérarchie, du devoir, de l'histoire?
Comment se comportent-ils en société alors qu'en général ils préféraient la solitude?
Pourquoi sont-ils  si douloureux ou joyeux ou pénibles ou...?
 Pourquoi parfois  le passé prend-il  le parti du présent jusqu'à lui piquer la place?
Pourquoi  n'arrivent-ils pas ces foutus souvenirs à se faire oublier comme on le voudrait  tant, alors qu'à d'autres moments  ils s'effacent, même si on aurait bien voulu qu'ils restent encore un peu?
Sont-ils un luxe, un boulet ou autant de racines,
une maladie d'en trop avoir ou de ne plus rien savoir?
Peut-on leur faire confiance?

...Ainsi,
vois-tu,
je m'interroge!






 illustration source: Bibliothèque des inventeurs d'incroyances






"Un jour quelqu’un m‘a dit que je lisais trop. Ma première réaction a été de prendre cet individu pour un imbécile. C’était la meilleure celle-là. Pour qui se prenait-il ? J’étais surtout vexée comme un pou, car derrière cette assertion s’en cachait une autre : je ne savais pas vivre.
Enfin si : je savais manger, boire, dormir, aller travailler, rencontrer des gens, donner mon opinion, faire la fête, aller et venir dans la société, faire un enfant même, mais est-ce que je m’étais déjà posé les bonnes questions sur la vie, sur ma relation aux autres et à moi-même ? Est-ce que je m’étais déjà arrêtée deux secondes pour me voir vraiment, voir les autres ? Est-ce que la somme de textes que j’avais lus, que j’avais ingurgités, les formules apprises par cœur, les belles citations copiées-collées, ma bibliothèque pleine, m’avaient aidée à vivre, à donner du sens, à comprendre quelque chose et à faire de moi un être en conscience ?
Vous vous souvenez de la question de Clarisse à Montag dans Fahrenheit 451 : " Etes-vous heureux ?". Elle est bête. Elle révolutionne tout.
Il m’aura fallu cinq années entre cette remarque et sa prise en considération progressive pour sentir s’opérer un vraiment virement en moi. Pour comprendre que l’on peut se donner l’illusion de vivre pendant très longtemps et, ce, en toute bonne foi. Qu'on peut passer une vie à se mentir à soi-même, à se voir tel qu'on a envie de se voir, à se mystifier pour rester dans une zone de confort satisfaisante pour l'égo. Qu’on peut passer toute une vie à lire, à donner des cours, à faire des conférences, à fréquenter des milieux culturels, à avoir des avis sur tout sans faire bouger un iota de sa propre humanité. Qu’on peut passer sa vie dans une recherche d’idéal, dans un fantasme, dans un rêve éveillé, qu’on peut passer sa vie « en littérature » sans jamais toucher terre.
Ce n’est évidemment pas le fait de lire qui est problématique en soi mais l’idée de croire qu’une vie passée à lire est une vie passée à vivre. Ça peut être vrai, mais ça peut être faux. Si une autre dimension n’émerge pas à un moment donné. Pour faire passer les « carpe diem », et autres citations à tatouage, à une mise en pratique effective et réelle, pour passer du slogan mécanique « Tous ensemble, tous ensemble » à l’Essence même de la formule. Y a du sacré boulot. Y a du boulot sacré. Ô Yeah."
source: "La Mare Rouge" 

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 «À ceux qui, inquiets, frustrés, oppressés, éructent contre le destin, les dieux, les démons, les princes, le triomphe de la masse et de la technique, je préfère ceux qui chuchotent, en passant, cette simple phrase : "Je ne sais plus où j'en suis."»
Roland Jaccard  extrait de: "La tentation nihiliste" 

 





Chez: Le Marquis de l'Orée
 
 " Ne pensez pas qu'un jour il vous sera permis
De vous dire " je suis de moi-même l'ami ",
Et de faire avec vous la paix définitive
Vous resterez livrés à vos alternatives
Quand vous verrez demain vous méconnaîtrez hier
Vous vous renierez avant qu'il fasse clair."
(Arthur Cravan)






vendredi 13 décembre 2019

mots croisés


J'ai des envies  très port,
d'enfumés bistrots, les orteils pris  dans l'eau-salée-
de tables lourdes et boisées,
ornées de cartes étranges
et
improbables,
sur lesquelles, tous sexes confondants, l'on referait le monde
dans de délicates et tonitruantes chimères,
des impressions du moment aussi justes et perfectibles que l'existence 

aussi propices à la déraison, aux chants beuglés,
au solo trémolo qui fait éclore de lourdes larmes
 au buriné visage marin, revenu du tout et de rien.
"In dublin's fair city"
J'ai des envies de Vent
qui décoiffe les blanches crinières,
de ride traçant  sans vergogne leur chemin de vie;
de moitié de chacun reliant sa chacune
et toutes combinaisons dehors,
 sans aucun droit d'auteur

mais
prenant son impossible double par le cou
pour
lui susurrer dans l'oreille, des intentions notables,
de franches fragilités,

pour ne plus faire la cour,
quand l'espace est immense
et
qu'il reste plutôt, à conquérir un devoir de se tromper
d'effacer le catalogue des vérités  convenues
et
de ne posséder
finalement
que des envies fugaces d'être
bien
et là
ensemble.


Au jeu
du
ni gagnant, ni perdant
mais
où  toutes  les grâces
seraient permises.





Consomme.
Vois
Elles :




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"[...]
Je me tenais au milieu du même café dans son paysage onirique récurrent.
Pas de serveuse, pas de café. J'étais obligé d'aller à l'arrière, de moudre du café et de le passer moi-même.
il n'y avait personne alentour, hormis le cow-boy.
Je remarquais qu'il avait une cicatrice, comme un petit serpent descendant le long de sa clavicule. Je nous ai servi à l'un et à l'autre une tasse fumante mais j'ai évité de croiser son regard.
-Les légendes grecques ne nous apprennent rien, disait-il. Les légendes sont des histoires. Les gens les interprètent ou en tirent des leçons de morale.
Médée ou la Crucifixion, on ne peut les déconstruire.
La pluie et le soleil arrivèrent simultanément et engendrèrent un arc-en-ciel. Médée trouva les yeux de Jason et sacrifia ses enfants. Ces choses-là arrivent, voilà tout, l'indéniable effet domino inhérent au fait de vivre.
Il est allé se soulager tandis que je contemplais la Toison d'or selon Pasolini. Je me suis approchée de la porte et j'ai scruté l'horizon. Le paysage poussiéreux était interrompu par des collines rocailleuses dépourvues de végétation. Je me suis demandé si Médée avait gravi de tels rochers, une fois sa rage assouvie.
Je voulais savoir qui était le cow-boy. Une sorte de vagabond homérique, imaginais-je.
J'ai attendu qu'il sorte des WC, mais il prenait trop de temps. Des signes annonçaient que les choses étaient sur le point de changer: une horloge fantasque, le tabouret de bar qui tournoyait et une abeille à l'agonie qui lévitait  au-dessus d'une petite table recouverte d'émail couleur crème.
J'ai envisagé d'aller à sa rescousse, mais il n'y avait rien à faire. Je m'apprêtais à partir sans payer mon café, puis je me suis ravisée, et j'ai laissé quelques pièces sur la table à côté de l'abeille mourante.
De quoi payer le café et une modeste boite d'allumettes en guise d'enterrement.
Je me suis extirpée de mon rêve, me suis levée, débarbouillée, je me suis fait des tresses, j'ai trouvé mon bonnet et mon calepin, et suis sortie en pensant aux divagations du cow-boy sur Euripide et Apollinius.
Au départ il m'avait irrité mais je devais reconnaître que sa présence récurrente m'apportait un certain réconfort.
Quelqu'un que je pouvais retrouver, si nécessaire, dans ce paysage à la lisière du sommeil.
[...]"
Patti Smith- extrait de: M Train" Editions Gallimard 

                      photo source: New-York Times


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Tenir les rennes...



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Mots croisés
pour faire le mur: