mercredi 18 octobre 2017

l'avantage du décor




"La liberté naît, la nuit, n'importe où, dans un trou de mur, sur le passage des vents glacés.
Les étoiles sont acides et vertes en été ; l'hiver elles offrent à notre main leur pleine jeunesse mûrie.
Si des dieux précurseurs, aguerris et persuasifs, chassant devant eux le proche passé de leurs actions et de nos besoins conjugués, ne sont plus nos inséparables, pas plus
la nature que nous ne leur survivrons.

Tel regard de la terre met au monde des buissons vivifiants au point le plus enflammé.
Et nous réciproquement.

Imitant de la chouette la volée feutrée, dans les rêves du sommeil on improvise l'amour, on force la douleur dans l'épouvante, on se meut parcellaire, on rajeunit avec une
inlassable témérité.

Ô ma petite fumée s'élevant sur tout vrai feu, nous sommes les contemporains et le nuage de ceux qui nous aiment !"
René Char 



L'avantage du décor
c'est qu'on l'oublie un jour
pour mieux l'arraisonner une autre fois,
et sans  vraiment savoir pourquoi.
Le regard qui se laisse entrainer juste au bord.
L'envie d'écorcher ses chaines  sur le tarmac d'un port.
Quelques distinctions à la boutonnière du quai
et
nous voilà embarqué
avec son altesse Corto
dans les caprices du rêve éveillé.
aventure perpétuelle;
atmosphère compliquée;
essences capiteuses...
                                   Tout est permis dans l'ambiance
du faiseur d'histoire,
boucanier de bibliothèques,
intriguant d'apparat.
Tout est croyance et duperie;
enchantement et chimère... 

L'avantage du décor, 
c'est qu'on  l'embarque et le pose où l'on veut,
et pour leurre,
 il suffit de pas grand chose
pour se changer en vagabond des rugissants.
Forban, corsaire, pirate... qu'importe.
Fripouille des hautes vergues 
vigie de misaine 
tirant des bords...


...L'avantage du décor

 

              
     
                                     \\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[[
En tant que. et en autre
fédéraliste, autonomiste...
revendiquant pacifiquement le droit aux différences
pour mieux m'ouvrir avec modestie à celles des autres.

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Nilda Fernandez écrit à Lluis Llach


"Cher Lluis Llach, ex-collègue, actuel chasseur de vautours et futur bourreau de fonctionnaires Je réagis à tes déclarations.  L’une sur Twitter, insultant ceux qui allaient défiler à Barcelone pour dire leur attachement à l’Espagne (« Demain, laissons vides les rues de Barcelone. Il ne faut pas que les vautours trouvent de quoi manger »), l’autre dans la presse pour menacer les employés des services publics en leur promettant de « beaucoup souffrir » s’ils ne collaboraient pas avec le futur gouvernement catalan que tu appelles de tes voeux.
Ces « vautours »  du 8 octobre étaient près d’un million. Tout comme j’avais accompagné, cinq jours auparavant  ceux qui portaient des drapeaux catalans, j’ai défilé avec eux. C’était des gens « normaux », moins aisés que toi peut-être, moins « éduqués », mais qui osaient s’exprimer pour la première fois contre la dictature du « oui » à l’indépendance. Parmi eux : les inévitables nostalgiques du vieux régime franquiste que ta famille a toujours soutenu, des gens venus en autocar de toute l’Espagne, mais la plupart des habitants de la « périphérie » des villes catalanes. Descendants de cette Espagne andalouse, galicienne, asturienne, qui a longtemps fourni la main-d’œuvre bon marché à la Catalogne, ils sont aujourd’hui majoritaires. C’est eux qu’Oriol Junqueras, vice-président du Govern catalan, oublie lorsqu’il déclare : « 
Les Catalans ont plus de proximité génétique avec les Français qu’avec les Espagnols ; plus avec les Italiens qu’avec les Portugais, et un peu avec les Suisses. Alors que les Espagnols présentent plus de proximité avec les Portugais qu’avec les Catalans et très peu avec les Français. »
Des propos que n’aurait pas reniés un Jean-Marie Le Pen, pas plus que  l’opinion de Jordi Pujol, président de Catalogne pendant vingt-trois ans, sur tous mes grands-parents andalous émigrés à Barcelone, sur Garcia Lorca de Granada, et Antonio Machado de Séville  : « 
L’homme andalou n’est pas cohérent. C’est un homme anarchique, un homme détruit. Il vit dans un état d’ignorance et de misère culturelle, mentale et spirituelle. Si, par la force du nombre, il parvenait à dominer, il détruirait la Catalogne en introduisant sa mentalité anarchique et pauvre, autrement dit son absence de mentalité. »  Ce même Jordi Pujol, aujourd’hui en examen pour faits de corruption très graves, que tu as soutenu et qui t’a généreusement aidé !
Quoi qu’il en soit, Lluis, les artistes populaires que nous sommes ne peuvent pas être si dédaigneux envers leurs semblables. Même quand ceux-ci ne font pas partie de leur « clientèle ». Et je sais de quelle manière tu soignes la tienne. Je me souviens que tu n’as pas voulu chanter en français quand nous avions mêlé nos répertoires au festival des Francofolies. Tu m’as dit : « Je ne pourrai pas. Ceux qui me suivent ne le comprendraient pas. Je chanterai mes chansons, je traduirai un refrain ou une strophe des tiennes en catalan, mais pas plus. » J’avais trouvé ça grotesque, même grossier, puisque j’allais chanter avec toi… et en catalan. Sans parler de cette façon contre-productive de défendre une langue.
Le concert fut un triomphe. Les gens applaudissaient, trépignaient, pleuraient d’émotion face à deux artistes se partageant la scène. À la fin, dans un mouvement d’enthousiasme et de reconnaissance, je t’ai saisi le bras et nous avons chanté une Vie en rose d’Edith Piaf improvisée. Cela ne t’a pas plu. Dans les coulisses,  quand le directeur de l’Olympia est venu me dire : « C’est l’un des plus beaux concerts de ma vie. L’Olympia est à vous quand vous le voudrez », tu es resté enfermé dans ta loge, amer et sombre.
Lluis, nous sommes deux artistes populaires, admiratifs l’un de l’autre, tous deux nés en Catalogne, mais de lignées très différentes, presque opposées. Moi, petit-fils et fils de prolétaires andalous émigrés à Barcelone puis à Lyon. Toi, fils et petit-fils d’une petite-bourgeoisie rurale de tradition réactionnaire. Moi, enfant, donnant des coups au directeur d’école tandis qu’on chantait le
Cara al sol phalangiste. Toi, adolescent, affilié aux groupes de la « catholicité » franquiste. Moi, artiste d’une « chanson française » tétée depuis l’enfance. Toi, écrivant des chansons en catalan que je parlais, enfant, dans la cour de l’école à Sants.
Précisément, je t’écris aujourd’hui depuis Sants, le quartier ouvrier de mon enfance. Tu es devenu millionnaire et député. Moi, entre Barcelone, Paris et Moscou, je continue d’être de là où je me trouve. Je sors dans la rue, dans les manifestations, bavardant avec tous, lisant la presse de tous bords, dénonçant les ruses de ceux qui, de Barcelone à Madrid – en passant par n’importe quelle partie du monde –, n’aiment pas leur pays ni ses gens qu’ils entraînent derrière leur propre ambition et leurs intérêts déguisés en nationalisme politique.
Tu nommes « vautours » ceux qui s’abritent sous un autre drapeau que le tien. Malheureusement, Lluis, tous les drapeaux sont sales et personne ne nous protège. Alors, dis ce qu’il en est. Va dans la rue. Persuade nos concitoyens de ne pas former des troupeaux menés par des loups. A défaut de le faire, tu seras anéanti par la misanthropie, le mensonge et le ressentiment."

 Nilda Fernandez source: Le blog de Floreal

 

 

 

lundi 16 octobre 2017

les coquillages incompris





 
"Christie quand je t'ai vue plonger Mes vergues de roc où ça cogne Des feuilles mortes se peignaient Quelque part dans la Catalogne Le rite de mort aperçu Sous un divan de sapin triste
                                                    Je m'en souviens j'étais perdu
La Camarde est ma camériste C'était un peu après -midi Tu luisais des feux de l'écume On rentrait dans la chantilly Avec les psaumes de la brume La mer en bas disait ton nom Ce poudrier serti de lames Où Dieu se refait le chignon Quand on le prend pour une femme
 
                                                      
                                     
                                                            Ô chansons sures des marins
Dans le port nagent des squelettes
Et sur la dune mon destin
Vend du cadavre à la vedette
En croix granit christ bikini
Comme un nègre d'enluminure
Je le regarde réjoui
Porter sur le dos mon carbure
Les corbeaux blancs de Monsieur Poe
Géométrisent sur l'aurore
Et l'aube leur laisse le pot
Où gît le homard nevermore
Ces chiffres de plume et de vent
Volent dans la mathématique
Et se parallélisent tant
Que l'horizon joint l'ESThétique

 
                                                              L'eau cette glace non posée
Cet immeuble cette mouvance
Cette procédure mouillée
Me fait comme un rat sa cadence
Me dit de rester dans le clan
A mâchonner les reverdures
Sous les neiges de ce printemps
A faire au froid bonne mesure
Et que ferais-je nom de Dieu
Sinon des pull-overs de peine
Sinon de l'abstrait à mes yeux
Comme lorsque je rentre en scène
Sous les casseroles de toc
Sous les perroquets sous les caches
Avec du mauve plein le froc
Et la vie louche sous les taches
Cette rumeur qui vient de là
Sous l'arc copain où je m'aveugle
Ces mains qui me font du flafla
Ces mains ruminantes qui meuglent
Cette rumeur qui me suit longtemps
Comme un mendiant sous l'anathème
Comme l'ombre qui perd son temps
A dessiner mon théorème
Et sur mon maquillage roux
S'en vient battre comme une porte
Cette rumeur qui va debout
Dans la rue aux musiques mortes
C'est fini la mer c'est fini
Sur la plage le sable bêle
Comme des moutons d'infini
Quand la mer bergère m'appelle
Tous ces varechs me djazzent tant
Que j'en ai mal aux symphonies
Sur l'avenue bleue du jusant
Mon appareil mon accalmie
Ma veste verte de vert d'eau
Ouverte à peine vers Jersey
Me gerce l'âme et le carreau
Que ma mouette a dérouillé
Laisse passer de ce noroît
À peine un peu d'embrun de sel

 
                                                                  Je ne sais rien de ce qu'on croit
Je me crois sur le pont de Kehl Et vois des hommes vert-de-gris Qui font la queue dans la mémoire De ces pierres quand à midi Leur descend comme France-Soir La lumière du Monsignor Tout à la nuit tout à la boue Je mets du bleu dans le décor Et ma polaire fait la moue J'ai la leucémie dans la marge Et je m'endors sur des brisants Quand mousse la crème du large Que l'on donne aux marins enfants Quand je me glisse dans le texte La vague me prend tout mon sang Je couche alors sur un prétexte Que j'adultère vaguement Je suis le sexe de la mer Qu'un peu de brume désavoue J'ouvre mon phare et j'y vois clair Je fais du Wonder à la proue Les coquillages figurants Sous les sunlights cassés liquides Jouent de la castagnette tant Qu'on dirait l'Espagne livide Je fais les bars américains Et je mets les squales en laisse Des chiens aboient dessous ton bien Ils me laisseront leur adresse Je suis triste comme un paquet Sémaphorant à la consigne
 
                                                      Quand donnera -t-on le ticket
A cet employé de la guigne
Pour que je parte dans l'hiver
Mon drap bleu collant à ma peau
Manger du toc sous les feux verts
Que la mer allume sous l'eau
Avec les yeux d'habitants louches
Qui nagent dur dedans l'espoir
Beaux yeux de nuit comme des bouches
Qui regardent des baisers noirs
Avec mon encre Waterman
Je suis un marin d'algue douce
La mort est comme un policeman
Qui passe sa vie à mes trousses
Je lis les nouvelles au sec
Avec un blanc de blanc dans l'arbre
Et le journal pâlit avec
Ses yeux plombé dessous le marbre
J'ai son jésus dans mon ciré
Son tabernacle sous mon châle
Pourvu qu'on s'en vienne mouiller
Son chalutier sous mon bengale
Je danse ce soir sur le quai
Une rumba toujours cubaine
Ca n'est plus Messieurs les Anglais
Qui tirent leur coup capitaine
Le crépuscule des atouts
Descend de plus en plus vers l'ouest
Quand le général a la toux
C'est nous qui toussons sur un geste
Le tyran tire et le mort meurt
Le pape fait l'œcuménique
Avec des mitres de malheur
Chaussant des binettes de biques
Je prendrai le train de marée
Avec le rêve de service
A dix-neuf heures GMT
Vers l'horizon qui pain d'épice
O boys du tort et du malheur
O beaux gamins des revoyures
Nous nous reverrons sous les fleurs
Qui là-bas poussent des augures
Les fleurs vertes des pénardos
Les fleurs mauves de la régale
Et puis les noires de ces boss
Qui prennent vos corps pour un châle
Nous irons sonner la Raison
A la colle de prétentaine
Réveille-toi pour la saison
C'est la folie qui se ramène
C'est moi le dingue et le filou
Le glob'trotteur des chansons tristes

 
                                                                    Décravate-toi viens chez nous
Mathieu te mettra sur la piste
Reprends tes dix berges veux-tu
Laisse un peu palabrer les autres
A trop parler on meurt sais-tu
T'a pas plus con que les apôtres
Du silence où tu m'as laissé
Musiquant des feuilles d'automne
Je sais que jamais je n'irai
Fumer la Raison de Sorbonne
Mais je suis gras comme l'hiver
Comme un hiver analgésiste
Avec la rime au bout du vers
Cassant la graine d'un artiste
A bientôt Raison à bientôt
Ici quelquefois tu me manques
Viens je serai ton fou gâteau
Je serai ta folie de planque
Je suis le prophète bazar
Le Jérémie des roses cuisses
Une crevette sur le dard
Et le dard dans les interstices
Je baliverne mes ennuis
Je dis que je suis à la pêche
Et vers l'automne de mes nuits
Je chandelle encore la chair fraîche
Des bibelots des bonbons surs
Des oraisons de bigornades
Des salaisons de dessous mûrs
Quand l'œil descend sous les oeillades
Regarde bien c'est là qu'il gît
Le vert paradis de l'entraide
Vers l'entre doux de ton doux nid
Si tu me tends le cœur je cède
ça sent l'odeur des cafards doux Quand le crépuscule pommade Et que j'enflamme l'amadou Pour mieux brûler ta chair malade


                                                                           O ma frégate du palier
Sur l'océan des cartons-pâtes
Ta voilure est dans l'escalier
Reviens vite que je t'empâte
Une herbe douce comme un lit
Un lit de taffetas de carne
Une source dans le Midi
Quand l'ombre glisse et me décharne
Un sentiment de rémission
Devant ta violette de Parme
Me voilà soumis comme un pion
Sur l'échiquier que ta main charme
Le poète n'est pas régent
De ses propriétés câlines
Il va comme l'apôtre Jean
Dormant un peu sur ta poitrine
Il voit des oiseaux dans la nuit
Il sait que l'amour n'est pas reine
Et que le masculin gémit
Dans la grammaire de tes chaînes
Ton corps est comme un vase clos
J'y pressens parfois une jarre
Comme engloutie au fond des eaux
Et qui attend des nageurs rares
Tes bijoux ton blé ton vouloir
Le plan de tes folles prairies
Mes chevaux qui viennent te voir
Au fond des mers quand tu les pries
Mon organe qui fait ta voix
Mon pardessus sur ta bronchite
Mon alphabet pour que tu croies
Que je suis là quand tu me quittes
Un violon bleu se profilait
La mer avec Bartok malade


 
                                                            O musique des soirs de lait
Quand la Voie Lactée sérénade
Les coquillages incompris
Accrochaient au roc leurs baroques
Kystes de nacre et leurs soucis
De vie perleuse et de breloques
Dieu des granits ayez pitié
De leur vocation de parure
Quand le couteau vient s'immiscer
Dans leurs castagnettes figures
Le dessinateur de la mer
Gomme sans trêve des pacages
Ca bêle dur dans ce désert
Les moutons broutent sous les pages
Et la houle les entretient
Leur laine tricote du large
De quoi vêtir les yeux marins
Qui dans de vieux songes déchargent
Ô lavandière du jusant
Les galets mouillés que tu laisses
J'y vois comme des culs d'enfants
Qui dessalent tant que tu baisses
Reviens fille verte des fjords
Reviens gorge bleue des suicides
Que je traîne un peu sur tes bords
Cette manie de mort liquide
J'ai le vertige des suspects
Sous la question qui les hasarde
Vers le monde des muselés
De la bouche et des mains cafardes
Quand mon ange me fait du pied
Je lui chatouille le complexe
II a des ailes ce pédé
Qui sont plus courtes que mon sexe
Je ne suis qu'un oiseau fardé
Un albatros de rémoulade
Une mouche sur une taie
Un oreiller pour sérénade
Et ne sais pourtant d'où je viens
Ni d'où me vient cette malfide
Un peu de l'horizon jasmin
Qui prend son " té" avec Euclide
Je suis devenu le mourant
Mourant le galet sur ta plage
Christie je reste au demeurant
Méditerranéen sauvage
La marée je l'ai dans le cœur
Qui me remonte comme un signe
Je meurs de ma petite sœur
De mon enfant et de mon cygne

 
                                                                    Un bateau ça dépend comment
On l'arrime au port de justesse
Il pleure de mon firmament
Des années-lumière et j'en laisse
Je suis le fantôme Jersey
Celui qui vient les soirs de frime
Te lancer la brume en baisers
Et te ramasser dans ses rimes
Comme le trémail de juillet
Où luisait le loup solitaire
Celui que je voyais briller
Aux doigts du sable de la terre
Rappelle-toi [le][ce] chien de mer
Que nous libérions sur parole
Et qui gueule dans le désert
Des goémons de nécropole
Je suis sûr que la vie est là
Avec ses poumons de flanelle
Quand il pleure de ces temps-là
Le froid tout gris qui nous appelle
Ô l'ange des plaisirs perdus
Ô rumeurs d'une autre habitude
Mes désirs dès lors ne sont plus
Qu'un chagrin de ma solitude
Je me souviens des soirs là-bas
Et des sprints gagnés sur l'écume
Cette bave des chevaux ras
Au ras des rocs qui se consument
 [Et] [Ô ]le diable des soirs conquis
Avec ses pâleurs de rescousse
Et le squale des paradis
Dans le [matin] [milieu] mouillé de mousse

 
                                                                        Ô parfum rare des salants
Dans le poivre feu des gerçures
Quand j'allais géométrisant
Mon âme au creux de ta blessure
Dans le désordre de ton cul
Poissé [par] [dans] les draps d'aube fine
Je voyais un vitrail de plus
Et toi fille verte de mon spleen
Et je voyais ce qu'on pressent
Quand on pressent l'entrevoyure
Entre les persiennes du sang
Et que les globules figurent
Une mathématique bleue
Dans cette mer jamais étale
D'où nous remonte peu à peu
Cette mémoire des étoiles
Ces étoiles qui font de l'œil
A ces astronomes qu'escortent
Des équations dans leur fauteuil
A regarder des flammes mortes
Je prierais Dieu si Dieu priait
Et je coucherais sa compagne
Sur mon grabat d'où chanteraient
Les chanterelles de mon pagne
Mais Dieu ne fait pas le détail
I1 ne prête qu'à ses Lumières
Quand je renouvelle mon bail
Je lui parlerai de son père
Du fils de l'homme et du chagrin
Quand je descendais sur la grève
Et que dans la mer de satin
Luisaient les lèvres de mes rêves
Je ne suis qu'un amas de chair
Un galaxique qui détale
Dans les hôtels du monte-en-l'air
Quand ma psycho se fait la malle
Reviens fille verte des fjords
Reviens violon des violonades
Dans le port fanfarent les cors
Pour le retour des camarades
Je vais tout à l'heure fauchant Des moutons d'iceberg solaire Avec la Suisse entre leurs dents A brouter des idées-lumière Et des chevaux les appelant De leur pampa et des coursives Que j'invente à leurs naseaux blancs Comme le sperme de la rive Arrive marin d'outre temps Arrive marine d'extase Quand je m'arrête tu me prends Comme je te prends dans ta case Négresse bleue blues d'horizon Et les poissons que tu dégorges Depuis ton ventre et tes façons Quand ton "sexo " joue dans ta gorge Dans cette plaie comme d'un trou Grouillant de cris comme la vague Quand les goélands sont jaloux De l'architecte où s'extravaguent Des maçons aux dents de velours Et le ciment de leur salive A te cimenter pour l'amour Ton cul calculant la dérive Mes souvenirs s'en vont par deux Moi le terrien du Pacifique Je suis métis de mes aveux Je suis le silence en musique Le parfum des mondes perdus Le sourire de la comète Sous le casque de ta vertu Quand le coiffeur sèche ta tête Muselle-moi si tu le peux Toi dans ton ixe où le vacarme Sonne le glas dans le milieu Moi planté là avec mon arme Tu es de tous les continents Tu m'arrives comme la route Où s'exténuent dix mille amants Quand la pluie à ton cul s'égoutte O la mer de mes cent mille ans Je m'en souviens j'avais dix piges Et tu bandes ton arc pendant Que ma liqueur d'alors se fige Tu es ma glace et moi ton feu Parmi les algues tu promènes Cette déraison où je peux M'embrumer les bronches à ta traîne Et qu'ai-je donc à Iyriser Cette miction qui me lamente Dans ton lit j'allais te braquer Ta culotte sentait la menthe Et je remontais jusqu'au bord De ton goémon en soupente Et mes yeux te prenaient alors Ce blanc d'écume de l'attente Emme c2 Emme c2 Aime-moi donc ta parallèle Avec la mienne si tu veux S'entrianglera sous mes ailes Humant un peu par le dessous Jc deviendrai ton olfacmouette Mon bec plongeant dans ton égout Quand Dieu se vide de ta tête

 
                                                          Les vagues les vagues jamais
Ne viendront repeupler le sable
Où je me traîne désormais
Attendant la marée du diable
Ce copain qui nous tient la main
Devant la mer crépusculaire
Depuis que mon cœur dans le tien
Mêle ton astre à ma Lumière
Cette matière me parlant
Ce silence troué de formes
Mes chiens qui gisent m'appelant
Mes pas que le sable déforme
Cette cruelle exhalaison
Qui monte des nuits de l'enfance
Quand on respire à reculons
Une goulée de souvenance
Cette maison gantée de vent
Avec son fichu de tempête
Quand la vague lui ressemblant
Met du champagne sur sa tête
Ce toit sa tuile et toi sans moi
Cette raison de ME survivre
Entends le bruit qui vient d'en bas
C'est la mer qui ferme son livre".

Léo Ferré


             photo Marc R.