mercredi 1 mars 2017

elle est comme l'Ovide


 Au grenier
la toile araignée
 rime qui flotte
à  grande marée
abattée
Mettre les voiles
vent arrière
on y voit gouttes
comme dans
journée bien arrosée.
Elle est  Ovide 
du calendrier.
Mars et sa saucée
pour un mercredi 
Aubin
le bien nommé
qui
prend son pied en coulisse.





  illustration source: Toile

"Cette lettre pour t'expliquer ce que c'est que l'éloignement
On peut s'éloigner d'un être, aimé ou simplement connu
on peut s'éloigner d'un lieu et d'un temps
On peut s'éloigner d'un évènement, bien sûr, on ne fait même que ça
On peut s'éloigner d'un sentiment-douleur, douleur-
On peut s'éloigner d'une conscience
On peut s'éloigner d'un rêve
d'un idéal, d'un principe, d'une chanson
On peut s'éloigner d'un bienfait accompli
d'un crime commis
On peut s'éloigner d'un voeu, d'un mot, d'une couleur
On peut s'éloigner de soi et aussi de son reflet
On peut s'éloigner de la lumière et s'éloigner de la nuit.
En dressant cette liste
je me rends compte que je n'ai rien expliqué, en fait, de l'éloignement proprement dit.
Contrairement à ce qu'affirmait mon premier vers
ce ne sont pas les compléments de cette opération
dont elle ne peut se détacher sans perdre son sens
qui l'explorent et encore moins l'épuisent.
Je me suis éloigné à mon insu de l'éloignement
de sa définition telle que je l'entends
et que je voulais partager avec toi
parce que ce processus est à l'oeuvre dans nos rapports
ou plus précisément dans ton regard sur ma poésie
dont je te vois, dont je t'observe t'éloigner.
T'être éloigné serait peut-être plus juste
Je ne t'ai pas surpris en train de t'éloigner
J'ai remarqué que tu tétais éloigné alors que l'éloignement avait déjà eu lieu
Voilà une première caractéristique de l'éloignement
il a toujours déjà eu lieu quand on le constate
ou du moins il a commencé à avoir lieu
et ce commencement contient un élément définitif de même qu'impitoyable
que l'éloignement se conjugue au passé, et qu'il s'en dégage un mélange
d'irréversibilité et de cruauté me semble décrire avec fidélité sa nature
fuyante, nécessairement, puisque c'est l'éloignement qu'il s'agit ici
Pourtant une perspective inverse peut en dégager un aspect radicalement différent:
S'éloigner ne consiste pas seulement à quitter quelque chose mais autant
à ne pas entrer quelque part, à refuser d'y entrer
à rejeter l'inconnu devant lequel on est placé
et c'est là que je voulais en venir
C'est de cette facette de l'éloignement ou plutôt de la conjonction de ses deux côtés
que je voulais te parler
à propos de quoi je voulais 'écrire une lettre
pour te dire toute la pensée"
Emmanuel Moses "Lettre à Y"

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Photo Marc

 "On m'a demandé d'expliquer ce qu'est la poésie
J'ai cherché dans les livres 
J'ai cherché dans mon cour battant
J'ai cherché dans les vieux albums où luit l'origine
J'ai cherché dans les yeux de mes enfants
dans les yeux interrogateurs et craintifs du chat
J'ai cherché dans le silence des chambres vides
Je me suis souvenu de quelques moments qui auraient pu être 
la source diaphane de la poésie
Mais nul d'entre eux ne disait simplement: c'est cela, la poésie
alors je me suis tourné vers la nature
La nature!
La pluie et les oiseaux de passage
Les arbres splendides comme des coupoles orientales
Les champs vaporeux dans l'air rose du soir
Et l'air bleu du matin
Qu'est-ce que la poésie?
Elle voletait bien de-ci de-là comme un criquet
mais sans se poser sur aucune goutte, aucun oiseau, aucun arbre
il m'est venu à l'esprit une chanson
La chanson n'expliquait rien de plus que le reste
il m'est venu à l'esprit une exaltation ressentie autrefois dans une forêt
sur le flanc d'une puissante montagne
Cette exaltation n'était pourtant guère la poésie
J'ai allumé une cigarette
J'ai bu un peu d'arak de chez nous
et alors que j'étais en train de renoncer à pouvoir expliquer la poésie
le soleil de l'après-midi a touché un pan de mur
un orchestre tzigane est passé dans la rue
il a fait froid autour de moi à cause d'un courant d'air
le téléphone muet depuis le matin a soudain sonné
et tout cela était parfaitement la poésie"

Emmanuel Moses "Ce qu'est la poésie"
extraits de: "Sombre comme le temps" Editions Gallimard




 





   photo: Paco

samedi 25 février 2017

tout un monde


La fin de l'hiver est annoncée
et on s'est excusé de ne pas la recevoir.
Pas de temps à perdre avec une pensée brumeuse.
Reprenons plutôt nos séances de vitamine D
sur la croisette du bout de la rue.


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Pourquoi et comment passer des crocus aux fosses communes,
de l'étale des eaux se dorant au soleil à l'horreur témoignée.
C'est une bonne question 
et je n'ai pas envie là présentement d'y répondre.
Néanmoins , merci d'y avoir pensé.



    

L’enfant dans les fosses

Taymour Abdullah, le garçon de douze ans qui a survécu
Voici comment cela s’est passé : à Topzawa ils ont dépouillé les femmes de leurs boucles d’oreilles, de leurs anneaux, pris les bouteilles de lait des bébés, nous ont dit que nous n’avions besoin de rien là où nous allions, nous ont entassés dans des camions transformés en ambulances, avec de petites fenêtres à l’arrière – les femmes et les enfants, pas les hommes, pas les vieux. Alors a commencé le voyage dans la longue route déserte, à travers les villages arabes. Les gens sont venus sur le bord de route, en poussant des cris de joie. J’ai vu un garçon, probablement de mon âge, qui passait sur sa gorge le bout de ses doigts. Une femme enceinte s’est évanouie dans le camion à cause de la chaleur, de la soif, du manque d’oxygène. La plupart du temps nous avons été sur une route principale puis nous avons roulé à l’écart. Cela a dû prendre douze heures ou plus. Alors les camions se sont arrêtés, les portes se sont large ouvertes, ils nous ont attrapés par les bras et nous ont jetés dehors. J’ai vu les fosses, il y en avait beaucoup, elles sentaient le frais. Les bulldozers étaient prêts. Ils nous ont alignés, les fosses derrière nous et les soldats en face. Je ne peux pas me rappeler ce que chacun a dit, il y avait des murmures, certains étaient hébétés, certains trop fatigués pour protester. J’étais avec ma mère et trois sœurs, ma tante et mes cousins, quelques centaines de villageois. L’officier a ordonné : Feu ! Et les soldats ont tiré. J’étais blessé mais pas gravement. Je me suis levé de nouveau, ai saisi l’arme du soldat, l’ai supplié de ne pas me tuer. Alors j’ai vu qu’il pleurait. L’officier a de nouveau donné l’ordre de tirer, et alors il l’a fait. A ce moment je me suis recroquevillé. Les soldats sont partis et j’ai vu que ma mère et mes sœurs étaient mortes, le sang jaillissait des poignets de ma tante. Une jeune fille était encore vivante, pas blessée. Je lui ai dit de s’enfuir avec moi mais elle n’a pas osé. J’ai rampé hors de la fosse, me suis caché derrière le monticule de terre et ai continué à ramper jusqu’à ce que j’aie atteint la dernière fosse qui était encore vide. J’ai dû m’évanouir. Quand je me suis réveillé tout était calme. Les soldats étaient partis, les fosses étaient recouvertes de terre. Alors j’ai couru aussi vite que j’ai pu, promettant à Dieu que si je survivais, je donnerais cinq dinars aux pauvres. A l’aube j’ai rejoint le village des Bédouins, où les chiens m’ont encerclé avec leurs aboiements. Jusqu’à ce que quelqu’un vienne avec une torche, me protège, me parle arabe, m’accepte comme un des siens, mais c’est une autre histoire, je te la raconterai une autre fois.
Choman Hardi Anfal    
 source: KEDISTAN
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   Demandons le programme
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à NANTES/NAONED du 2 au 11 mars   
 avec:



SEIVA



ARONDE





 SPONTUS/MANU SABATE





MISIA




STARTIJENN





MAARJA NUUT







MOXIE





 Programme complet