samedi 26 novembre 2016

méfie-toi de l'homme dont le ventre ne bouge pas quand il rit




Sors de la tanière
primaire
et secundo
sous trois volumes d'eau
taillés au millimètre;
comme un glossaire de ton cinéma:
Bois!
ta coupe jusqu'au lit
du fleuve
qui n'en a rien à battre
de l'acutance.
Tu penses!

Qu'ils aillent se faire voir
tous les isoloirs,
les cache-sexe,
les  coincés du culte,
 missionnaires d'une obscurité perverse et putride
Louis- Marie naphtaline
et Henriette tu mens
aux plaisirs coupables.
Allez!
 Fouettez cocher
mais surtout n'en dites rien.
 Tu enfanteras dans la douleur
ma soeur
Pas de plaisir en dehors du pouvoir des vestes matelassées
qui puent l'encensoir
du grand soir
au saint cierge
qu'on s'enfile
indienne 
comme au joyeux temps des colonies.
Abbé-road.

Qu'on se le dise
qu'on s'en souvienne
où y-a de l'Eugène:
Ces gens-là n'ont pas d'humour
Jamais-jamais.
où alors ils se forcent 
et personne n'y comprend
rien, de rien.




"Méfie-toi de l'homme dont le ventre ne bouge pas quand il rit"
Salutaire proverbe cantonnais
où l'on rit jaune
et l'on sait
à quoi s'attendre
depuis toujours
à force d'en  voir passer des légions de sabres et  goupillons
 en direct de la métropole moisie
des moussons étrangères.
 Croix de feu
shootés
à la vodka du colonel
au maréchal des bordels militaires de vénérienne compagnie
et toute la clique
des  vieux briscards 
salopards
et cénobites
de la baignoire,
mais so chic.
et science popo.

Qu'on se le dise,
qu'on s'en souvienne
iles reviennent toujours
les poux
puisque y'a des saisons pour ça.
et qu'on le veuille ou non:
 On est en plein dedans. 

Voilà!




Alors, aux armes citoyens 
formons nos bataillons de dérision
qu'un son le plus impur abreuve leurs sillons.
Aiguisons la satire et l'ironie de l'Histoire
Ridiculisons avec grâce et légèreté tous les ségrégationnistes
les béatifiés du  bénitier.



Ni dieu, ni maitre 
ni troupeau
ni bedeau, ni poings cardinaux.

PROGRAMME COMMUN:
Dérision à tous les étages
esprit vif  et salutaire
Malice individuelle mes complices.




Vive la résistance
Vive la France culture.






























vendredi 25 novembre 2016

j'ai vu de la lumière et...


"Mathias prit l'escalator jusqu'au troisième étage.
Lumières, lumières. Partout des lampes allumées.
Lampes de chevet, lampes de bureau, lampes d'ambiance, spots, guirlandes, appliques, lustres, plafonniers, vasques, lampadaires, , lampes pour salles de bain, lampes pour chambres d'enfant,
objets lumineux, toutes les formes, tous les usages.
Mathias était un peu étourdi, mais il circulait, il regardait, il essayait de se détendre.
C'est Versailles, se répétait Mathias, c'est Versailles.
-Je peux vous aider, lui demanda un vendeur, son nom était inscrit sur sa blouse, André.
-Je regarde dit Mathias.
-C'est impressionnant n'est-ce pas, dit André.
-Pourtant vous devez être habitué, dit Mathieu.
-On ne s'habitue jamais, dit André.
-On est toujours étonné ? demanda Mathias.
-André haussa les épaules.
-Pas étonné, juste ébloui, c'est fatiguant.
-Fatiguant, demanda Mathias.
-Les lumières m'ont déçu, dit André.
Le progrès quelle illusion.
Regardez, il fit un grand geste.
L'étage de lampes se déployait en scintillant.
Est-ce que c'est le Progrès, ça. Moi j'appelle ça du gâchis.
On n'a pas besoin de ça, de tout ça.
-Non dit Mathias, non. Mais en réalité on a besoin de rien ou presque.. Alors.
-Alors quoi, dit André.
-Alors c'est pas le besoin qui fait avancer les choses, dit Mathias.
-C'est quoi alors, dit André.
-Je ne sais pas dit Mathias, mais c'est pas le besoin.
-Peut-être, peut-être, dit André.
Mais les lumières, moi je n'y crois plus.
Le Progrès, la Raison. L'Education, l'Instruction...
A quoi ça mène.
-Comment ça à quoi ça mène, une jeune femme arrivait, tout ébouriffée, elle était avec une amie,
quand on a des enfants, ils vont à l'école, ils lisent, ils calculent, c'est extraordinaire. Ils dessinent, ils chantent;  ça mène à ça. Que c'est extraordinaire. Quand je vois mon petit Pierre en train d'apprendre...
C'est ...c'est une aventure, voilà.
-Oui, dit son amie, oui, c'est ça, je suis d'accord avec Anna, je suis d'accord.
André un peu déboussolé.
-Je ne parle pas de ça,  dit André.
Je parle de la société. Des gens. Comment ils achètent n'importe quoi. Comment on fabrique n'importe quoi pour qu'ils achètent n'importe quoi.
-On s'en fout des gens, dit la première jeune femme, l'interrompant. C'est les enfants qui comptent.
-Oui, je suis d'accord, dit son amie, c'est les enfants qui comptent.
-Mais c'est un cercle vicieux, dit André. Les enfants deviennent grands.
-Heureusement, dirent ensemble les deux femmes.
-C'est une question de point de vue, dit Mathias.
-Peut-être vous êtes déprimé? suggéra la première jeune femme.
-Vous êtes surement déprimé, dit l'autre.
-Oh oh pas de psychologie, dit André, il s'énervait. Pas d'inquisition, s'il vous plait.
Les lumières je n'y crois plus, c'est tout.
Mathias avait trouvé la lampe qu'il cherchait, une lampe de chevet halogène et élégante, pas chère, et demanda si elle existait en noir. André lui dit qu'il y en aurait  à la fin de la semaine.
Les deux amies, Anna et Rachel, avaient trouvé deux petites lampes pour bureau d'enfant, rondes et résistantes, dans une matière souple.
-Vous avez vu ce qui se passe, Anna s'adressait à Mathias.
-Ce qui se passe, demanda Mathias.
Dans l'autobus on ne parlait que de ça, dit la jeune femme.
-Il paraît qu'il y a des manifestations.
-Mais où, demanda Mathias.
-On n'a pas réussi à savoir exactement.
Il y a eu un accident grave dans un hôpital...
-Les progrès de la médecine, dit André, sarcastique.
-Pas de quoi rire, dit Rachel. Il paraît qu'il y a un mort.
-Bonjour, vous avez des ampoules, un homme arrivait, il avait des cheveux blancs, une écharpe et un fort accent italien.
-Non, c'est au sous-sol, dit André pendant qu'au même moment une dame s'écriait très fort, Bruno.
Tout le monde la regarda, Mathias reconnu la dame qu'il avait rencontrée devant la librairie. Il lui fit un grand sourire, elle le reconnu aussi et lui dit en riant:
-Ah, mais on ne se quitte plus! C'est vraiment une belle journée;
-Une très belle journée, confirma Mathias.
Louise, elle s'appelait Louise, embrassa Bruno, qui était astronome, était à Paris pour travailler. Les autres écoutaient mine de rien.
-L'astronomie me passionne, dit Mathias, il ne s'adressait pas à Bruno, la phrase venait toute seule.
-Moi aussi, dirent ensemble Anna et Rachel.
-Pourquoi ça vous passionne, demanda Bruno en souriant.
-Moi ça ne me passionne pas, dit André. Déjà qu'on ne s'en sort pas ici sur Terre, alors...
-Mais l'expansion de l'Univers. Les trous noirs. Les distances, dit Rachel. Les mesures, les chiffres.
Des distances si grandes qu'on ne peut pas les penser, les tenir dans sa pensée, dit Rachel en écartant les bras, en faisant des grands gestes.
-La vitesse de la lumière. 300000000m par seconde.
Des trillions de kilomètres.
-Bof, dit André.
Moi, dit Anna, ça me fait peur, mais ça me plait en même temps. Le vide. C'est inimaginable.
Le vide, répétait Anna, rêveuse.
-Mais le vide, c'est quoi? demanda Rachel.
Pas d'oxygène? Pas d'air? pas d'eau? Le silence?
-Quand j'étais enfant, continua Anna...je lisais au lit, et je pensais tout d'un coup, voilà, les livres disparaissent, derrière l'étagère, c'est le vide, il n'y a rien, tout a disparu...Je jouais à me faire peur, mais je l'éprouvais, ce vide, je le sentais, je croyais que je le voyais, peut-être je le voyais vraiment...
-L'immensité, dit Rachel. On pourrait être des parasites minuscules sur un énorme animal, qu'on ne connaît pas, qu'on ne connaîtra jamais.
-N'importe quoi, dit André dégoûté.
-Les révolutions scientifiques ont préparé la Révolution, dit Mathias, les révolutions dans l'astronomie...La révolution copernicienne, Copernic, Galilée. La terre n'est pas immobile au centre de l'Univers, elle tourne...elle tourne autour du Soleil...elle change, elle peut changer, tout peut changer...
-Oui, dit Louise, ça renversait les dogmes, les dogmes de l'Eglise et tous les autres, la notion d'un ordre immuable.
-C'est l'idée de la pluralité des mondes, dit Bruno en souriant, une idée très difficile à admettre vraiment, jusque dans ses conséquences.
-Oui oui oui, le Progrès, les Lumières, André ponctuait, à peine ironique, nostalgique plutôt.
-En même temps, dit Bruno, les scientifiques n'ont pas tous été des révolutionnaires.
On peut avoir des idées qui sont en avance de vous.
Mais Bruno dut s'interrompre, des clients arrivaient, André était sollicité, le groupe se dispersa."
Leslie Kaplan- extrait de: "Mathias et la Révolution"-P.O.L.








"Mais dites-nous pourquoi ces émeutes, dit Luca.
-Pour moi, dit Myriam, la question n'est pas pourquoi des émeutes, mais pourquoi pas d'émeutes."
Le président de l'Assemblée Nationale se réjouit qu'il n'y ait pas d'envie dans le pays, le ministre de l'Intérieur persécute les Roms, puis devient Premier ministre, la ministre de la Santé détruit l'hôpital et veut interdire l'inconscient, la ministre de la Culture n'a pas le temps de lire, le ministre de l'Economie regrette la mort du roi, le président de la République gouverne en bureaucrate...
Mathias et ses amis pensent autrement."

Leslie Kaplan



Leslie Kaplan : “Mathias et la Révolution” 2/2 par Mediapart

Une version de Mathias et la Révolution a été adaptée et mise en scène au théâtre du Nord à Lille en juin 2015