lundi 27 avril 2015
la part des nuages
"Ce jour-là ne fut le jour de rien. justement. Pourtant il n'était pas pire que les autres. Pas de changement notable. Pas d'événement. Aucune surprise naissante. aucun début. Aucune fin. Aucun rebondissement. rien de flagrant, si ce n'était sa concordance tiède avec hier et demain. Lui, ne s'est pas levé transformé en cafard. Personne ne venait de mourir. il n'a pas décidé de changer quelque chose. ni de faire comme avant. Ni de regarder autrement. ni de regarder autre chose. il s'est levé avec le jour. il a suivi l'ascension graduée de la lumière. il a couru derrière. il a fait ce qu'il avait à faire. conservé ce qui pouvait être conservé. Protégé les siens. Fait les courses; ravalé ses insultes. Mis un pied devant l'autre. il a été un homme. un peu pénible. un peu bon. il ne fut ni honteux ni fier. Fatigué. comme chaque soir. A l'abri comme chaque soir. Plutôt content que les choses se passent normalement.
De là où il était, il pouvait veiller sur son monde. Sa place sur la terrasse. Sa chaise grise en plastique. Son cendrier. Le ciel. La porte. il savait que dedans, le temps avait ralenti avec l'arrivée du soir. Noé dormait à présent. Le calme était revenu. il entendait le bruit de l'eau des pâtes en train de bouillir dans la cuisine. De là où il était, la bataille insignifiante du jour était terminée. il avait droit au repos. Ses yeux allaient se perdre dans le vide qui se cache derrière la lumière. et c'était plutôt agréable de couler sur la surface, de s'enfoncer dans le coton du rien. De disparaître. Sans l'effort de comprendre ou de modifier quoi que ce soit. Ses yeux babillaient d'un reflet à l'autre et finissaient par rebondir dans le ciel gorgé d'eau. il avait plu toute la journée. De ces vives pluies d'avril qui rincent l'horizon. Dans la lumière du soir, le soleil avait recommencé à briller- ce qui donnait à ce crépuscule de faux airs d'aurore.
Au-dessus de sa tête, à perte de vue, l'immense bleu immense. Parsemé ici et là de ces beaux petits nuages dodus d'après l'orage. tous replets et joufflus. Bien gonflés d'eau et de lumière. Son regard, qui ne regardait rien précisément, s'attardait sur leurs formes, leurs densités, les nuances de leurs couleurs. Quelque chose le dérangeait, le réveillait soudain sans qu'il puisse le formuler. il se redressa sur sa chaise, plantant ses yeux dans les formes blanches avec virulence et énergie, mais le résultat fut le même. rien. Ce rien si confortable jusqu'à présent, cette absence générale d'acuité, de perception, de définition, dans laquelle il avait laissé légitimement aller sa fatigue et qui s'accordait si naturellement avec ce soleil finissant sur les choses et les hommes, ce vide molletonné ne pouvait pas s'appliquer ici. il redoubla d'efforts, plantant ses yeux dans les cumulus et les nimbus, énumérant toutes sortes de mots qui pourraient relancer la bête, la machine, l'imagination, passant d'un nuage à l'autre, presque frénétiquement. il fronça les sourcils. S'inquiéta. Peut-être même qu'une légère peur commença à l'envahir. Rien n'y fit. il ne parvenait plus à distinguer la moindre forme, le plus petit visage, dans les nuages.
Un cornichon de la taille d'un immeuble...Une femme à six pattes...Les traces de pieds d'un ogre...Un crocodile qui se mouche...Et un tracteur en train de fondre comme du beurre...Une citrouille avec des cornes...Un cow-boy qui rugit et se transforme en zèbre...Une patate avec une moustache...Une paire de seins...Le visage de Merlin l'enchanteur...Ils sont tous les deux couchés dans l'herbe. La semaine a fini par finir. Noé a posé sa tête sur le ventre de son père. Le soleil leur mordille la peau. il a essayé plusieurs fois d'enchanter la stratosphère depuis qu'il a eu cette étrange révélation. Sans succès. et tout d'un coup, ce matin, il a peur que Noé ait perdu cela aussi. Qu'il soit contaminé par ce virus de vide. il l'a entraîné dans le jardin, et après avoir suffisamment couru derrière le ballon, ils se sont retrouvés là, couchés dans l'herbe, à regarder le ciel. Alors il lui a demandé avec une appréhension contenue ce qu'il voyait se dessiner dans les nuages. Et Noé n'en finissait plus. Renard...Dragon...Chevalier...Château...indien...Navire...Montagnes russes...Sous-marin...Baobab...Hippocampe...Sorcière...Elephant...Rat géant...Pirate pouilleux...Vaisseau spatial...une carotte avec des lunettes de soleil.
.../..."
Thomas Vinau- extrait de: "La part des nuages" Alma Editeur-
"Me zo un den yaouank, ha na non ket galant
A oar skrivañ ha lenn, gounit aour hag archant
Ha me zisklêrio deoch ken vo fin dam (v)repoz
An hini choaz e vestrez, ne gousk na deiz na noz.
Boñjour deoch plach yaouank, setu me deut dho ti
Vit goulenn diganeoch, ya, bremañ dimeziñ
Daoust ha chwi lârfe din ha me ch ay da studiañ
Vit ur bloavezh pe zaou, pe an tri dan hirañ
Oa ket ar bloaz echuet, nag ha choazh an hanter
Pa meus resevet deus he dorn ul lizher
Ya, da lavaret din da zont dar gêr hep kontinañs
Kar ma zud am dimez, met me non ket kontant
Boñjour deoch plach yaouank, setu me deut dar gêr
Dre em eus resevet deus ho torn ul lizher
Ya da lavaret deoch hastet den em brepariñ
Kar me zo deut dar gêr evit hoch eurejiñ
Dre un all, den yaouank, keuz meus dhoch anzavet
Trement eo an amzer oan vit ho soulajiñ
Ha setu petra zo, na grit evet meus graet
Choazet ur vestrez-all, kar me zo dimezet
Me a choarvez ganin vel gant ur pelikan
Zo digort he chalon vit an holl war ar bed-mañ
Zo digort he chalon vit an holl lapoused
Kar me a gar an holl, ha gant den non karet. »
dimanche 26 avril 2015
qué pasa? El condor?
"...et la vie, au moins, ce n'est pas la morale qui l'a inventée..."
-Nietzsche-Humain, trop humain (préface 1)-
".../...Au coeur des villes ou dans leurs banlieues, au seuil du désert ou des cimes enneigées, c'est toujours la même confrontation à l'autre, peur, amour ou haine, culpabilité et pardon, qui se rejoue quels que soient sa culture, son histoire et son imaginaire."
Extrait de la présentation du roman de Mohammed Dib "Comme un bruit d'abeilles"-Editions Albin Michel-
Sur le mur du Lycée Expérimental de Saint-Nazaire
||||||||||||||||||||||||||||||||||||||###############
j'ai lu ça:
Lettre à ceux qui s'en foutent
"Cette fois-ci, c'est à vous, citoyens, que je m'adresse.
Vous qui avez entendu parler d'une certaine "loi sur le renseignement", mais qui vous en foutez.
J'aurais pû, comme beaucoup, revenir sur les débats qui ont conduit nos représentants à voter cette loi délirante, me moquer du faible nombre de députés présents à l'enterrement de l'état de droit, féliciter les 5 qui ont fait leur boulot honnêtement et porter l'opprobre sur un ministre de l'intérieur qui n'a cessé de montrer qu'il n'avait que morgue et mépris pour la très longue liste d'organismes et de personnes - tous bien plus qualifiés que lui - qui critiquaient son texte dans les medias.
À quoi bon ?
Nos représentants nous représentent. Et, dans le cadre de cette loi, ils n'ont rien fait d'autre.
Combien étiez vous qui, quand mes camarades de la Quadrature du Net essayaient de convaincre de l'importance de ce texte pour vos libertés, ont répondu "Bof, je m'en fous, je n'ai rien à cacher" ?
Combien d'entre vous sont persuadés que dans le monde de Facebook et Google, la vie privée n'a plus aucune valeur ?
Combien, parce qu'ils n'en maîtrisent pas les enjeux techniques, ont préféré faire l'autruche plutôt que de lire les - nombreux - avis de ceux qui savent ?
Et combien encore, qui pensent sans rougir qu'en échangeant un peu de liberté pour plus de sécurité, ils font une bonne affaire ?
Vous, qui vous reconnaissez un tant soit peu dans les lignes ci-dessus, vous êtes au moins aussi responsables de l'immense gachis en cours au plus haut niveau que nos "responsables" politiques.
En refusant de prendre le temps - ou le recul - nécessaires pour comprendre les enjeux réels de cette loi, vous faites le lit du populisme, de la bêtise et de l'obscurantisme d'un ministre de l'intérieur assez minable pour affirmer que la vie privée n'est pas une liberté (et qu'il ne croit pas la presse de son pays).
Nos représentants, vos représentants, vous ont parfaitement représenté en n'étant qu'une trentaine à prendre part à un vote sur la surveillance généralisée de tous les citoyens, et qu'une poignée à voter contre. Les autres, tout comme vous, s'en fichaient, préféraient rester au soleil à se dorer la couenne en attendant les grandes vacances.
Oui, je sais, il est d'autres combats que celui là.
J'ai lu des commentaires, du genre "oui, mais la loi Santé", "oui, mais le chômage"...
Permettez, malgré ma colère, que je vous pose une question, une seule: vous comportez-vous de la même manière quand vous êtes seul que lorsque vous savez qu'on peut vous voir ?
Parce que, si la réponse est "non", alors comprenez, je vous prie, que quand l'État aura placé ses grandes oreilles partout, vous n'aurez plus le loisir de vous battre pour le moindre combat. Que celui-ci est le premier de tous les autres.
Parce que, quand on se sait potentiellement surveillé, on n'agit pas, on ne pense pas librement.
Parce que, quand un gouvernement sait tout de vous, il sait aussi quels mots utiliser pour vous vider l'esprit et vous ôter toute velléité de combat. Il sait quelle crainte agiter, quel bouc-émissaire dénoncer, quelle promesse faire, pour que vous restiez couché.
Et parce que les enfants élevés dans le monde du panopticon ne seront plus libres de leurs pensées que dans la mesure où elles ne gêneront plus personne.
Vous qui pensez n'avoir rien à cacher au gouvernement, n'oubliez pas que, demain, ce ne sera plus forcément le même. Mais que les outils de surveillance resteront.
N'oubliez pas non plus que les données recueillies aujourd'hui seront toujours là demain. Ce que vous estimez sans importance à présent sera peut-être un jour la raison pour laquelle on viendra vous chercher.
La démocratie est une chose fragile.
Vous pouvez croire que votre vie privée n'a aucune valeur, vous pouvez croire n'avoir rien à cacher, mais vous n'êtes pas seul, ni isolé: quand l'état vous regarde, il regarde aussi vos proches, vos amis et vos contacts qui, allez savoir, ont peut-être, eux, quelque chose à vous dire qu'ils ne souhaitent pas partager avec d'autres. Pensez-y.
Vous pouvez croire sur parole un ministre qui affirme des contre-vérités techniques sans rougir devant la représentation nationale: après tout, chacun sait bien (surtout dans ces colonnes) que nul ne saurait mentir dans de telles conditions, n'est-ce pas ?
Vous pouvez ignorer les avis de tous les spécialistes du droit, des libertés fondamentales, du renseignement et j'en passe: après tout il n'y a pas de raison de ne pas faire confiance à un gouvernement qui respecte à ce point les engagements pris avant la présidentielle, n'est-ce pas ?
Vous pouvez, enfin, accepter de vivre dans un pays dont la première des libertés vient d'être abolie.
Vous avez, dans ce cas, élu des représentants adéquats.
Ou bien vous pouvez vous lever, et vous battre. Il est encore temps de vous renseigner, de quitter quelques minutes Candy Crush pour lire des articles sur ce texte de loi, qui tenteront de parler maladroitement à votre raison plutôt qu'à vos émotions: ils abondent.
Il est encore temps d'appeler votre député: le vote final de cette loi en séance plénière n'aura lieu que le 5 mai.
Après, il sera trop tard."
-Laurent Chemla -source BLOGS/MEDIAPART
||||||||||||||||||||||||||||||||||\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\\^^^^^^^^^^^^
"Quand les écrivains redécouvrent le monde"
PROGRAMME
|||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||||{{{{{{{{{{{{{{{{{{{{{
PLUS D'INFOS
Au joyeux harponneurs
"Tout rouge des brumes
de demain
le soleil colporteur
pose derrière les toits et la courbe
du fleuve noir
son sac
et la moisson du jour en charpie
De ce côté-ci des fenêtres
dociles sous les volets roulants
on voit les mains se tendre
ces pleureuses
vers la nuit des écrans
et la mort à mâcher la mort
aux milles visages
Qui parmi nous jouant des couydes
et dansant et riant
criant son déni aux adieux
à la mort consentie
harponnera ce sac
ses mensonges sa bêtise froide
ses tendresses ses douceurs sans armes
et le tiendra depuis l'ombre
tendu vers la lumière
dont chaque matin recoud les lambeaux."
-Jean-Marie Barnaud-
Inscription à :
Commentaires (Atom)









