dimanche 20 juillet 2014

défendre la joie


j'ai lu chez "Grosse Fatigue"

Un potager bio et du poulet bio. Du bio. Du bio !


J’avais une envie nostalgique de poulet. Un poulet tout simple, cette bestiole qui court dans les basse-cours, avec des plumes et des ailes trop petites. Un animal qui gratte la terre, qui bouffe les vers, qui vous picore au besoin, surtout quand c’est une poule et qu’on vient lui voler ses œufs. J’avais envie d’un poulet réel, pas d’un Tricatel,  oui un Tricatel : ils ont gagné. Et Coluche est mort.
J’ai acheté un poulet certifié bio en barquette recyclable. C’est absurde, un tel emballage, quand même. Mais j’ai fait confiance au prix : j’ai mis plus de vingt Euros, je veux dire : 130 francs en chiffres. 130 francs ! Deux albums de Pink Floyd ou de Supertramp ! Trois mois de mon argent de poche à l’époque où tous les poulets étaient bio, c’est-à-dire normaux, à bouffer des crottes et des déchets dans les cours des fermes. On en a fait des progrès ! Les poulets normaux coûtent trois fois plus cher que les poulets Tricatel, mais tout le monde a oublié le goût du poulet. Et des tomates. Des carottes. Des melons. Des abricots. Comme on a oublié le goût de la musique, de Charlie Mingus ou de Led Zepellin. Le monde est fade.
Et puis je me suis accroupi dans mon potager. Lumbago pathétique à biner la terre, à retirer les racines du chiendent que même les enfants ont abandonné, malgré le bénéfice de la taille. J’ai vaguement calculé le coût final de mon champ de patates bio. Un rendement dérisoire. Pour le temps et le prix d’achat des semences, j’aurais pu acheter des patates pendant cinq ans. Mais j’ai insisté : j’ai acheté des graines bio de tomates. Je pensais qu’elles étaient normales. Mais j’ai compris : mes semis sont rachitiques. Il faut mettre de l’azote en masse pour en faire quelque chose. Il suffit de voir les semences de Potagerland, pour comprendre : aussi obèses que leurs clients, avec leurs chiens, leurs chats castrés, leurs pavillons et leur mobilier de jardin en plastique.
Je pensais à tout cela en les regardant fermer heureux les coffres de leur Scénic. J’étais prêt à bouffer des pissenlits.
J’ai quand même coupé mon poulet bio en deux. Je l’ai fait cuire sur les braises des branches mortes du jardin. Bon. Il n’était pas assez cuit et je n’avais pas assez de bois. Et il était déjà trop tard pour mettre du charbon de bois. Et puis je n’en avais pas. Et la nuit était vraiment tombée, malgré l’été. Tout le monde était couché et je soufflais sur les braises qui s’envolaient en poussières minuscules et incandescentes.
Ce matin, mon poulet bio est froid.
Mais j’ai un micro-ondes.
Ailleurs dans le monde, il y a la guerre, on décapite des gens, il y a même des types de mon pays qui vont là-bas pour tuer ces gens que l’on décapite, parce qu’ils croient en quelque chose qui n’existe pas.
Les bons combats sont pour une autre vie."
-Grosse Fatigue-










"C’est presque au bout du monde
Ma barque  vagabonde
Errant au gré de l’onde
M’y conduisit un jour
L’île est toute petite
Mais la fée qui l’habite
Gentiment nous invite
À en faire le tour
Youkali, c’est le pays de nos désirs
Youkali, c’est le bonheur, c’est le plaisir
Youkali, c’est la terre où l’on quitte tous les soucis
C’est, dans notre nuit, comme une éclaircie
L’étoile qu’on suit, c’est Youkali
Youkali, c’est le respect de tous les vœux échangés
Youkali, c’est le pays des beaux amours partagés
C’est l’espérance qui est au cœur de tous les humains
La délivrance que nous attendons tous pour demain
Youkali, c’est le pays de nos désirs
Youkali, c’est le bonheur, c’est le plaisir
Mais c’est un rêve, une folie
Il n’y a pas de Youkali
Mais c’est un rêve, une folie
Il n’y a pas de Youkali
Et la vie nous entraîne
Lassante, quotidienne
Mais la pauvre âme humaine
Cherchant partout l’oubli
A, pour quitter la terre
Su trouver le mystère
Où nos rêves se terrent
En quelque Youkali
Youkali, c’est le pays de nos désirs
Youkali, c’est le bonheur, c’est le plaisir
Youkali, c’est la terre où l’on quitte tous les soucis
C’est, dans notre nuit, comme une éclaircie
L’étoile qu’on suit, c’est Youkali
Youkali, c’est le respect de tous les voeux échangés
Youkali, c’est le pays des beaux amours partagés
C’est l’espérance qui est au cœur de tous les humains
La délivrance que nous attendons tous pour demain
Youkali, c’est le pays de nos désirs
Youkali, c’est le bonheur, c’est le plaisir
Mais c’est un rêve, une folie
Il n’y a pas de Youkali
Mais c’est un rêve, une folie
Il n’y a pas de Youkali"

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Il y a quelques jours Jean Carpentier médecin  généraliste et "rebelle" s'en est allé.
 Outre son combat pour une médecine populaire et auprès des toxicomanes, on se souvient aussi de lui par son engagement pour une sexualité libérée de ses carcans judéo-chrétiens...Il avait pour cela été condamné en 1971 pour "outrage aux bonnes moeurs"  et "incitation des mineurs à la débauche" pour avoir aidé des lycéens à distribuer un tract en faveur d'une sexualité libre; tract distribué  suite à une "affaire" dans un lycée de Corbeil-Essonnes où un garçon et une fille avaient été surpris en train de s'embrasser. La direction du lycée avait alors écrit aux parents pour leur demander de sermonner leurs enfants...

Comme l'étang change mais la vase reste, voici quelques extraits du tract en question; imaginons par exemple qu'il soit distribué  à nouveau en 2014 et les réactions qu'il susciterait dans certains milieux propres sur soi et   crados à l'intérieur...


 « Apprenons à faire l’amour, car c’est le chemin du bonheur ! C’est la plus merveilleuse façon de se parler et de se connaître !
 L’homme possède un organe fait de tissu érectile : la verge. La femme possède un organe beaucoup plus petit mais équivalent, situé au-dessus de l’orifice extérieur du vagin : le clitoris. Ces deux organes sont de taille variable selon les individus, mais cela n’a aucune importance : il n’y a pas lieu de s’en inquiéter, l’important est de savoir s’en servir ( c’est comme l’Orangina : agiter avant de s’en servir ! ). En effet, ce qui est important, c’est que leur excitation par toutes formes de caresses produit un plaisir croissant qui provoque du même coup le désir de continuer […].
 En dehors de ces deux organes spécifiquement sexuels, le corps possède d’autres zones ( dites ‘’zones érogènes’’ ) dont l’excitation par des caresses procure du plaisir ou rend plus intense le plaisir obtenu par l’excitation des organes sexuels […]. Les caresses peuvent être pratiquées par soi-même ( masturbation ) ou par un ou une partenaire ( relations homosexuelles ou hétérosexuelles ). L’intérêt de la masturbation est notamment de bien connaître son corps ou les plaisirs qu’il peut procurer, ce qui paraît indispensable à la connaissance d’autres corps ( il faut noter par ailleurs qu’elle peut permettre de combler le vide d’une heure de classe ou d’une soirée ennuyeuse ). L’intérêt de l’homosexualité vient surtout du fait que les relations hétérosexuelles ( filles-garçons ) sont généralement interdites aux jeunes par l'hypocrite autorité morale ( qui, d'ailleurs, a le culot de blâmer l’homosexualité ). Les relations hétérosexuelles cependant paraissent les plus riches de plaisir.
 Ce papier est fait pour encourager les relations sexuelles, du baiser au coït en passant par les caresses les plus variées, entre les individus de sexes différents ; d’une manière générale, pour encourager toutes les activités sexuelles : car, comme le reste, on ‘’apprend’’ à faire l’amour et on fait des progrès […].
 Faites lire ce papier autour de vous, discutez-en, complétez-le, pratiquez-le surtout […]. Au cas où vous auriez des explications à demander, interrogez vos parents ou vos professeurs. Vous comprendrez d’après leurs réactions ! ( en général : ‘’vous en parlerez quand vous serez plus grands’’ ; ou encore, gêne voire hostilité…). Vous comprendrez alors pourquoi vous n’y avez pas pensé plus tôt. Vous comprendrez que vous êtes déjà ‘’grands’’. Vous saurez ce qui vous reste à faire ».

 





"Défendre la joie comme une tranchée
la défendre du scandale et de la routine
de la misère et des misérables
des absences transitoires
et de celles définitives

Défendre la joie comme un principe
la défendre de la stupeur et des cauchemars
des neutres et des neutrons
des douces infamies
et des graves diagnostics

défendre la joie comme un drapeau
la défendre de la foudre et de la mélancolie
des naïfs et des canailles
de la rhétorique et des arrêts cardiaques
des endémies et des académies

défendre la joie comme un destin
la défendre du feu et des pompiers
des suicides et des homicides
des vacances et de la fatigue
de l’obligation d’être joyeux

défendre la joie comme une certitude
la défendre de l’oxyde et de la crasse
de la fameuse patine du temps
de la rouille et de l’opportunisme
des proxénètes du rire

défendre la joie comme un droit
la défendre de Dieu et de l’hiver
des majuscules et de la mort
des noms de familles et des peines
du hasard
et aussi de la joie"

-Mario Benedetti- adaptation Alessio Lega- traduction Olivier Favier



samedi 19 juillet 2014

jour d'escale


Même la  toute première fois
elle m'a rappelé quelque chose.

Ici,
je ne serais donc pas dans l'inconnu,
et plus encore qu'une mise en scène
il y avait dans cette ville comme un parfum, une ambiance...
une ressemblance certaine avec mon port d'attache
du bout de Loire.
Ces deux villes  passaient  sans complexe du rire au larmes
Elles avaient des histoires croisées
et
la pudeur de blessures profondes.

Elles ne se laissaient pas facilement apprivoiser.

Et puis,
 derrière la façade que certains auraient qualifié sans doute et au mieux... d'austère
en grattant la  rouille de surface on découvrait  un charme fou ,
une vérité authentique brassée à l'écume de mer,
et l'oxygène des vraies libertés
-d'espace et de temps-

Comme une petite musique aussi 
enveloppée d'éclairs
ce grondement au lointain
en approchant des haubans de l'Iroise.
... ptêt pas ça le fameux " Tonnerre de Brest"
mais en tout cas ...
 drôlement canon.

Et puis, crois moi si tu veux.
A la terrasse d'un bistrot, tout en bas de la rue Jean-Jaurès
face au gros cul néo stal. municipal
il faisait bien 25 degrés à l'heure de l'apéro
ce jeudi là chez  Charlotte.

Brest canicule en somme.









"Des rafales de grêle froide contre les containers
Quand t'entends des caisses claires ?
Et des coups de pelle des chantiers dans le sable de mer
Mais qu'est-ce qu'il t'arrive, c'est Brest-même

Et si la nuit est si forte comme à pousser la porte
Que c'est le café tout entier
Qui s'est mis à cracher sa fumée sous les lampadaires
des ... du quai Malbert ?
Va pas chialer ça délave tout
Tiens voilà mon mouchoir
Va pas chialer ça délave tout
Dis-toi « Brest m'aime »

Ton beau sous-marinier d'amour tu l'as noyé dans la bière
Tu peux te marrer, t'en es fière
Transi sous la pluie rue de Siam, tu l'as tant attendu
Jamais, jamais il n'est venu

Et t'as toujours le mal du monde et toujours le mal de mer
T'as le mal d'amour à l'équerre

Va pas chialer ça délave tout
Tiens voilà mon mouchoir
Va pas chialer ça délave tout
Dis-toi « Brest m'aime »

Va pas chialer ça délave tout
Tiens voilà mon mouchoir
Va pas chialer ça délave tout
Dis-toi « Brest m'aime »

Oui, le brouillard est bien trop rose dans les reflets du port
Morose est la nuit dehors
Et t'as comme un arsenal au ventre et dans le fond de ton cœur
La distorse de Rory Gallagher


Quatre ou cinq heures du matin et tu crois encore entendre sa voix
Ou celle d'un vieil ange de bistrot
Mais c'est l'écho lancinant d'un remorqueur qui te ramène ton cœur
Un amour à couper au couteau

Car entre se tailler et se foutre à l'eau, en toi, c'est la querelle
Le jour préchauffe au diesel ?
Être ou n'être plus que de la pluie sur tes tes ailes
Enfin ne plus être à l'équerre

Va pas chialer ça délave tout
Tiens voilà mon mouchoir
Va pas chialer ça délave tout
Dis-toi « Brest m'aime »

Va pas chialer ça délave tout
Tiens voilà mon mouchoir
Va pas chialer ça délave tout
Dis-toi « Brest m'aime »
-Mélaine Favennec-







"Entre donc à Brest d'un pas léger, sans exhiber ton passeport, sans justifier ta raison d'être, sans excuser tes attaches exogènes. Tu es bienvenu, surtout si tu es capable, le soir tombant, de partager le blanc frais, chez Phi Phi, aux Quatre vents, accoudé dans la cohue, et de ne pas t'étonner qu'en ces lieux et à cette heure, le patron et le docker, le député et l'électeur, le matelot et son officier, le militaire et le civil, le médecin et le patient, le franc maçon et le curé, sans oublier le flic et le voleur ni la femme et l'amant (c'est le mari qui régale), se tutoient le temps d'une tournée, voire le temps de la tournée suivante, éventuellement le temps de celle d'après, gueulant fort, gueulant contradictoire, mais gueulant en choeur."
-Hervé Hamon-




".../...
Le pays dont je me réclame, dont je suis excessivement absent, n'est pas (uniquement) un berceau ni une matrice.
C'est une côte.
C'est un fragment de terre que la mer dessine, creuse et modifie.
C'est une zone de contact, tout à l'inverse d'un camp retranché où l'on serait, enfin, entre soi

.../..."
-Hervé Hamon- extrait de: "Besoin de mer"




".../...
Pas de doute, c'est la nuit que la tempête est magistrale. Parce qu'on n'a ni le temps ni le pouvoir de calculer son élan - la déferlante est là, on ne l'a pas devinée. Parce qu'on danse un bandeau sur les yeux, parce que l'ouïe reste en dernière instance le témoin du monde et de ses ténèbres. A une exception près, peut-être : par moments, la nuit, on voit le vent. Quand tout n'est plus qu'un chaos brouillé, quand l'obscur chevauche l'obscur, une fumée de sel se déchire en tournoyant : c'est le vent qui se montre. 
.../..."
Hervé Hamon- extrait de "l'abeille d'Ouessant"-













".../...
C'est bizarre, la mer, la façon dont on en parle. On vous raconte des histoires formidables, des naufrages, des requins sanguinaires, des vagues scélérates et tout le tintouin. Mais les.marchands de mer, eux, ils vous refilent des couchers de soleil, du sable blanc et des petits poissons colorés qui ne vous veulent aucun mal. Vous êtes quoi, vous, dans le fond ? Des marins ou des marchands de mer ?
Des marchands de soupe, ricana Be Bop

.../...."
Hervé Hamon extrait de "Paquebot"