dimanche 9 décembre 2012

les mots aussi





"Lundi. En vacances quelques jours aux Antilles, je croise malencontreusement un banc de touristes normands, dont une commère aux hanches guadeloupéennes mais à la face carbonisée par un soleil antiblanc.  

«Ah, d'accord, me dit-elle, c'est du propre ! Les chroniqueurs de gauche se la coulent douce dans les îles pendant que la France se déchire ?

- Oui, mamie, d'autant que c'est la droite qui se dévore. La France, elle, crève la dalle dans un silence strident. Dans tous les cas, me les peler à Paris ne sauvera pas les finances, excepté celles d'un chauffagiste. D'autre part, si j'étais vous, je remettrais de la crème solaire, car j'ai l'impression de parler à un boudin créole.

- Me la faites pas, à moi, Bedos, vous êtes venu fêter la déroute de l'UMP !

- Pas du tout, truie en tongs, en plus du succès marc-lévyste de mon dernier bouquin, la seule chose que je fête ici, c'est la prolongation miraculeuse du bonheur de ma meuf. Et vu qu'il y a peu de chances pour que Jean-François Copé parvienne à me la chourer à coups d'élection frauduleuse, permettez-moi de garder le sourire. Sinon, ça vous fait quoi, d'être plus collante que le sable ?

- Vous pouvez me jurer que vous ne vous moquerez plus de notre parti dans le journal ?

- Juré, dis-je, en crachant volontiers sur son front d'écrevisse, voilà des années que je fais becqueter à Don Copé des chroniques au plutonium. J'ai commencé à l'étriller quand il avait encore des cheveux (et un reste de dignité). Résultat : j'ai pissé dans 12 violons et 14 contrebasses. Aujourd'hui, croyez-moi, ma vessie est à sec. Achetez Marianne tranquille : vous n'y subirez que le récit de mes vacances.» La preuve...

Mardi. Sur la plage, près du bar, un petit monstre de 12 ans s'est emparé du Cornetto au chocolat de sa sœur. La gamine a beau couvrir de ses chialeries l'infâme bande-son électronique imposée par l'hôtel, son aîné se refuse à lui rendre et continue à lécher son butin d'enfant buté en la regardant droit dans les yeux. Le barman s'en mêle.

«Kevin, rends la glace de ta sœur.

- Non, répond la tête de mule, c'est la mienne, je la garde.»

La mère, qui, depuis le début des vacances, regrette ce jour maudit où elle décida d'arrêter la pilule, s'approche de son fils.

«Kevin, ça suffit, rends cette glace à ta sœur, t'en as déjà mangé deux, je t'en achèterai une autre ce soir !

- Je te crois pas, marmonne-t-il. Si je lui rends, tu vas me punir, et j'en mangerai plus jamais !

- Si, mon chéri, je te jure, on discutera ensemble de ton rapport au sucre, et, si tu me promets d'être gentil avec Chloé durant les quatre prochaines années, t'auras le droit de me demander une autre glace, si tant est qu'elle soit moins grosse, vu que tu bouffes beaucoup trop vite et qu'après t'as mal au ventre.

- Non, j'ai faim ! Tout de suite !» dit-il, en attaquant le cornet avec ses dents de marcassin. La gamine, aussi lourde en victime que son frère en bourreau, redoubla de sanglots. Le père, qui s'était jusque-là retiré des affaires familiales en plongeant son regard torve dans un Voici périmé (Virginie Efira, navrée de se voir enceinte dans le numéro de la semaine dernière, s'est - depuis - séparée de l'embryon), le père, disais-je, vint donner de la voix.

«Kevin, mon garçon, lâche un peu cette foutue glace au chocolat, ta sœur dit que c'est la sienne, approchez-vous de papa, donnez-vous la main et trouvons une solution...

- Je t'emmerde, toi, dit-le monstre, de toute façon t'es jamais là, tu m'as jamais rien offert, maman dit que t'es un naze, t'es même pas foutu de garder ton boulot, alors te mêle plus de nos affaires !»

S'ensuivirent des paires de baffes tous azimuts, le père giflant le fils qui tenta de gifler sa mère pendant que je me chargeais de la gamine afin qu'elle cesse enfin de beugler ! La glace, quant à elle, échoua sur le sable, avant de fondre au soleil. Seules quelques fourmis, sourdes aux conflits des hommes, se léchèrent les babines - et c'est à ce moment-là que je crus les entendre murmurer : «Regardez-moi cette bande de cons, on se croirait à l'UMP.»

Mercredi. N'ayons pas peur des mots : Gilles, notre guide, est un génie. Gilles, Guadeloupéen d'une soixantaine d'années, ancien employé de Fram reconverti en taximan, merveilleux produit de l'indolence insulaire, manie si bien la langue française qu'il fait frissonner mon clitoris lexical. En quelques minutes, ce fut un tel festival d'inventivité verbale que sa petite carlingue se transforma bientôt en prairie d'astucieuses métaphores, de rhétorique blagueuse et autres mots précieux. A propos d'un restaurant, il lança à ma belle : «Ce soir, votre langue de chatte vivra sa petite vie toute seule... Laissez-la chanter.» A propos du pénible Club Med dont nous venions de réchapper : «Ici, le bonheur est une injonction : gare à celui dont le sourire flanche ! Il sera fusillé sur la piste de danse...» A propos de Paris : «Je suis trop vieux pour combattre le froid... Même l'été, j'y grelotte d'ennui.»

N'en pouvant plus d'admiration, j'osai lui demander pourquoi un tel talent n'avait commis aucun roman, pourquoi garder jalousement son trésor. Il éclata d'un rire superbe, avant de me répondre, sans la moindre coquetterie : «Mais pourquoi faire, mon bel ami ? Je me délecte bien assez du magot des anciens. Pourquoi ferais-je couler mon minable ruisseau dans un océan que je n'ai pas fini d'explorer ? Je sais qui vous êtes, vous savez, vous êtes le type de la télé. Vous, vous écrivez, vous jouez, vous déclamez, vous voulez nous montrer toutes vos acrobaties. Mais vous avez peur, je le vois dans vos yeux, vous ne cessez d'avoir PEUR. Moi, je lis au soleil, vous écrivez dans la grisaille.»

Enculé de Nègre."

-Nicolas Bedos- "Indolence Insulaire" source Marianne .net


 "..../...Je rêve que ce soleil ne se couchera plus, qu'il avance et recule dans un mouvement imperceptible et rassurant, rien que pour éternellement m'éclairer. J'ai ainsi toute la lumière qu'il me faut pour voir les pensées qui vont et viennent. Je les observe, assis au milieu de leur chemin. Elles paraissent toutes semblables, mais mon regard entraîné sait les distinguer les unes des autres.
Comme le berger assis à la limite du pâturage, qui embrasse ses brebis d'un seul regard, moi aussi, de temps en temps, je m'arrête sur une pensée et je l'aide à grossir. Elle prend alors des formes étranges, s'étirant d'un côté, se gonflant de l'autre, elle s'élargit et s'allonge, se refuse à moi, ne veut plus de mon regard. elle se débat, elle veut réintégrer le troupeau, mais je ne la lâche pas, je veux la voir grandir toute seule, saine et forte, et puis l'abattre lorsqu'elle n'a plus besoin de moi. C'est ainsi que je m'occupe de mes idées ici. Les pensées sont des êtres vivants. Tout le monde dans ce bloc sait qu'elles se nourrissent, marchent, travaillent, tombent malades, sentent, meurent et ne ressuscitent pas. il n'est pas rare ici de voir un prisonnier pleurer la mort d'une pensée. il y en a qui vivent longtemps, plus longtemps que l'homme qui les a accouchées et, quand celui-ci meurt, sa pensée continue son chemin toute seule, refusant obstinément toute tentative d'adoption."

extrait de: "Face au mur" de Cesare Battisti- Editions Flammarion.








samedi 8 décembre 2012

gardarem Notre-Dame des Landes






"A Nantes, la grande manifestation partira à quinze heures de la place Bretagne. Un lieu doublement symbolique, d’abord, parce que la contestation est d’abord une lutte Bretonne, ensuite, parce que la Tour qui domine la place a été construite à peu près au même moment qu’était initié le projet d’aéroport à Notre-Dame des Landes. En effet, elle a été imaginée en 1966 par l’architecte Claude Devorsine et construite de 1971 à 1976, alors que le site de Notre-Dame des Landes fut choisi en 1967  pour accueillir l’aéroport.  C’est donc d’une place dont le visage actuel est hérité du martyre subi en 1943-44 par la capitale de Bretagne et de l’élan qui la porte depuis – une ville pour laquelle tout semble possible – qu’un cortège s’élancera pour dénoncer en vrac un « mode de vie toujours plus encadré et contraint, tourné vers le seul profit », une « échelle urbanistique toujours plus grande » et un projet d’aéroport qualifié de « délire de développement de barons locaux vieillissants ».
Ailleurs en Haute-Bretagne, à Assérac (Azereg, 44), un concert de soutien aux occupants de la ZAD aura lieu à 19 h salle Fontaine. A Fougères (Felger, 35), c’est le 2e rassemblement contre l’aéroport, façon pardon Breton. Le point de rassemblement est fixé à 14h à la Préfecture, d’où partira une « procession » dans les rues de l’altière place forte des Marches de Bretagne, pour aller « offrir à Notre Dames des landes , un hommage , une place, une porte , une rue…. dans notre chère ville ». Ajoutons par ailleurs qu’en prélude aux manifestations du 8 décembre, le traditionnel rassemblement de soutien aux opposants à l’aéroport, qui se tient chaque vendredi à Châteaubriant (Kastell-Briant, 44), autre forteresse des marches de Bretagne, est maintenu (lire sur Châteaubriant Actualités). Plusieurs cartes d’électeurs ont été déchirées au cours de ce rassemblement. « Par ce geste« , explique le collectif,   »nous lui signifions que, seulement six mois après son accession au pouvoir,  le peuple dont le cœur bat au rythme de celui des landes de Notre Dame, ce peuple, déjà, ne lui répond plus« .
En Basse-Bretagne, une action de sensibilisation est prévue à 9h sur le marché de Carhaix (Karaez). Enfin à Brest, les collectifs du département, qui envisagent de s’unir, organisent un rassemblement à 11 h place de la Liberté. Nous avons reçu l’appel à manifester « contre les projets nuisibles », en « soutien aux expulsés » et pour « l’arrêt immédiat du projet d’aéroport à NDDL ». Le rassemblement dénoncera aussi d’autres projets « nuisibles et inutiles » pour l’environnement, tels que « la centrale à gaz à Landivisiau, la rocade sur la vallée du Restic à Brest, la  Zone Artisanale de Daoulas, le centre de formation du Stade Brestois à Plougastel ».
Les autres départements Bretons sont très représentés dans la contestation contre l’aéroport, et parmi les soutiens et les occupants du site. Une carte des comités de soutien vient de paraître. Pour la seule Bretagne, on dénombre 23  collectifs. Dans le Finistère, Brest, Quimper, Pont l’Abbé, Concarneau, Riec sur Belon et Carhaix ont des comités locaux, qui s’apprêtent à se regrouper en un comité unique. Dans le Morbihan, quatre structures, à Lorient, Pontivy, Vannes et Questembert. Deux dans les Côtes d’Armor, Guingamp et Saint-Brieuc. Quatre en Ille-et-Vilaine (Rennes, Redon, Saint-Malo, et le comité de Fougères non présent sur la carte). Sept en Loire-Atlantique (Châteaubriant, Saint-Nazaire, Orvault, Nantes, Clisson, le Loroux, Vallet). Fort soutien Breton qui se retrouve aussi sur place, où l’on trouve plus de voitures immatriculées en Finistère qu’en Anjou ou en Vendée. Sur l’ensemble de la France, on trouve des collectifs de soutien dans les Cévennes, l’Aveyron, la vallée du Rhône (Aubenas, Crest, Valence, Romans, Vienne, Lyon…), la Provence (Marseille, Toulon, Draguignan, Nîmes, Avignon), le grand Sud-Ouest (Charente, Gers, Gironde) et les départements limitrophes de la Bretagne (Anjou, Vendée, Perche, Val de Loire et Normandie).





A Annecy (Savoie), une manifestation part à 14 h de la Préfecture. A Châlons sur Saône, à 18h, un rassemblement est prévu pour écrire, avec force bougies, l’opposition à l’aéroport. Un rassemblement a lieu à Saint-Etienne (Loire) à 14 h place Jean Jaurés. A Lyon, manifestation à 13 h 30 place Bellecour contre trois « projets inutiles », le TAV (TGV Lyon-Turin), le stade de l’Olympique Lyonnais à Décines et l’aéroport de Notre-Dame des Landes. A Montpellier, rassemblement à 14 h devant la maison de la Démocratie. A Paris, la manifestation part du métro Belleville à 14h et s’opposera aussi au projet du nouveau centre de formation du PSG, qui prévoit d’avaler 60 hectares de terres agricoles céréalières vers Poissy (78), à Marseille, elle débute au kiosque à musique des Réformés sur la Canebière à 17h, à Valence, un rassemblement est prévu à 10 h place des Clercs et les habitants de Besançon braveront, à partir de 15 h 30 sur la place du 8 septembre, le froid polaire et la neige qui sévissent neuf mois de l’année en Franche-Comté pour informer la population et s’opposer à l’aéroport.
A Mulhouse, rue du Sauvage à 11h, une manifestation s’opposera tout à la fois à Notre-Dame des Landes, la prison départementale qui suscite une forte opposition à Lutterbach, les déchets ultimes très polluants enfouis une vieille mine de potasse par la société Stocamine  et le grand contournement ouest (GCO) de Strasbourg. La manifestation appellera aussi à la fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim."

source: BREIZH JOURNAL








L'APPEL DE SAINT AFFRIQUE

"La lutte à Notre-Dame-des-Landes contre la construction du nouvel aéroport de Nantes est devenue depuis le 16 octobre le centre de toute les attentions. L’opération policière « César » qui prétendait faire « place nette » en expulsant et détruisant les maisons occupées de la ZAD1 s’est heurtée à un mur : la détermination de tous les habitants des environs à ne pas laisser disparaître ces 2000 ha de bocage sous des hectolitres de béton. Leur mobilisation s’est rapidement répandue dans tout l’hexagone et même au-delà. Le 17 novembre, nous étions nombreux de l’Aveyron à nous rendre sur place pour une manifestation de réoccupation. En compagnie de 30.000 personnes, nous avons traversé la ZAD et édifié en son coeur un superbe village « gaulois » dans une clairière entourée de châtaigniers. La puissance collective qui est apparue ce jour-là entre les tracteurs aux remorques débordantes de matériel, les équipes de chantier sur le pied de guerre et les cuisines collectives pour mille personnes ne souffrait aucune contestation. Les autorités, lucides, firent d’ailleurs décamper leurs forces de police sous d’autres cieux pour plusieurs jours. A partir du refus d’un aéroport, une zone de liberté et de créativité est venue ce jour-là au monde, prête à grandir autant qu’à se défendre. Un kiste pour M. Valls, un grand espoir pour nous. Mais le répit fut de courte durée : le vendredi 23 novembre, 500 gardes mobiles lançaient l’assaut au petit matin sur les nouvelles bâtisses. Ayant pris connaissance de l’intrusion, les plus proches voisins affluèrent pour défendre la zone, et après un âpre week end de bataille2, les constructions tenaient toujours bon. Le tribunal de Saint-Nazaire s’est finalement laissé jusqu’au 11 décembre pour statuer sur le sort des maisons construites le 17 novembre. Une nouvelle tentative d’expulsion / destruction est donc à craindre à partir de cette date. Ici, dès le 23 novembre à 16h, la mairie socialiste de Saint-Affrique3 est occupée. Suite à l’intervention brutale en pleine nuit de 13 fourgons de CRS, les lieux seront expulsés et deux des occupants placés en garde à vue avec comme chef d’inculpation : « violence volontaire sur agent dépositaire de la force publique », en l’occurence le capitaine Crochet, et « résistance avec violence » au gendarme adjoint volontaire Thomas. Les faits se seraient passés lors de l’expulsion menée non pas par les gendarmes locaux, mais par... les CRS de Toulouse. De plus, l’ensemble des témoignages des personnes présentes lors de cette soirée attestent de l’absence totale de violence envers les forces de l’ordre. Ces chef d’inculpation fallacieux mais néammoins extrêmement grave (3 ans de prison et 45.000 euros d’amende) nous apparaît à tous comme une manoeuvre pour le moins grossière de criminalisation du mouvement de soutien à Notre-Dame-des-Landes. Une manoeuvre qui permet au passage d’arrondir les fins de mois des deux militaires de quelques substantiels dommages et intérêts. Il est inconcevable que de telles pratiques s’installent à Saint-Affrique ! Nous exigeons l’arrêt immédiat des poursuites judiciaires à l’encontre des deux occupants de la mairie.
Nous appelons donc toutes et tous, les Saint-Affricains comme les comités Notre-Dame-des-Landes des environs, et plus largement toutes celles et ceux qui refusent le tout-bétonnage et le tout-sécuritaire, à nous rejoindre à Saint-Affrique le 15 décembre.
Avant les fêtes, montrons que nous sommes nombreux et déterminés à refuser ce projet inutile et nuisible ainsi que toutes les répressions policières qui l’accompagnent. Une manifestation régionale démarrera à 16h place de la mairie. Elle sera suivie d’une assemblée générale de coordination des différents comités de la région pour envisager des perspectives de lutte commune en 2013. Gardarem Notre -Dame, l’aéroport ne se fera pas !"
Le comité de jumelage ZAD – Saint -Affrique

source: ZONE A DEFENDRE


















photos source Toile




La Revue de presse de CITIZEN NANTES





LA CARTE MONDIALE DES GRANDS PROJETS INUTILES