mardi 27 novembre 2012

dites, qu'avez-vous vu?




"Pour l'enfant amoureux de cartes et d'estampes,
l'univers est égal à son vaste appétit.
Ah que le monde est grand à la clarté des lampes!
Aux yeux du souvenir que le monde est petit!





Un matin nous partons, le cerveau plein de flamme,
le coeur gros de rancune et de désirs amers,
et nous allons, suivant le rythme de la lame,
berçant notre infini sur le fini des mers.../..."





".../...Etonnants voyageurs! quelles nobles histoires
nous lisons dans vos yeux profonds comme les mers!
Montrez-nous les écrins de vos riches mémoires,
ces bijous merveilleux, faits d'astres et d'éthers.

Nous voulons voyager sans vapeur et sans voile!
Faites, pour égayer l'ennui de nos prisons,
passer sur nos esprits, tendus comme une toile,
vos souvenirs avec leurs cadres d'horizons.

Dites, qu'avez-vous vu?
.../..."

Charles Baudelaire-"Le voyage"( extraits)










"Tu penses à quoi?
A la langueur du soir dans les trains du tiers monde,
A la maladie louche, aux parfums de secours,
A cette femme informe et qui pourtant s´inonde,
Aux chagrins de la mer planqués au fond des cours?
Tu penses à quoi?
A l´avion malheureux qui cherche un champ de blé,
A ce monde accroupi les yeux dans les étoiles,
A ce mètre inventé pour mesurer les plaies,
A ta joie démarrée quand je mets à la voile?
Tu penses à quoi?
A cette rouge gorge accrochée à ton flanc,
Aux pierres de la mer lisses comme des cygnes,
Au coquillage heureux et sa perle dedans
Qui n´attend que tes yeux pour leur faire des signes?

Tu penses à quoi?

Aux seins exténués de la chienne maman,
Aux hommes muselés qui tirent sur la laisse,
Aux biches dans les bois, au lièvre dans le vent,
A l´aigle bienheureux, à l´azur qu´il caresse?
Tu penses à quoi?
A l´imagination qui part demain matin,
A la fille égrenant son rosaire à pilules,
A ses mains mappemonde où tremble son destin,
A l´horizon barré où ses rêves s´annulent?
Tu penses à quoi?
A ta voix sur le fil quand je cherche ta voix,
A toi qui t´enfuyais quand j´allais te connaître,
A tout ce que tu sais de moi et à ce que tu crois,
A ce que je connais de toi sans te connaître?

Tu penses à quoi?

A ce temps relatif qui blanchit mes cheveux,
A ces larmes perdues qui s´inventent des rides,
A ces arbres datés où traînent des aveux,
A ton ventre rempli et à l´horreur du vide?
Tu penses à quoi?
A la brume baissant son compteur sur ta vie,
A la mort qui sommeille au bord de l´autoroute,
A tes chagrins d´enfant dans les yeux des petits,
A ton coeur mesuré qui bat, coûte que coûte?
Tu penses à quoi?
A ta tête de mort qui pousse sous ta peau,
A tes dents déjà mortes et qui rient dans ta tombe,
A cette absurdité de vivre pour la peau,
A la peur qui te tient debout lorsque tout tombe?

Tu penses à quoi?

Dis
Tu penses à quoi?
A moi?
Des fois?...

Je t´aime."


-Léo Ferré- 



photos: Patrick Lecouffe et Patch Barret

lundi 26 novembre 2012

Notre Dame des Landes pour les nuls



source: Blog du collectif...




Messieurs-dames humanistes et de bon goût  du parti  "socialiste" et  afficionados, vous êtes pour la petite ou la grosse commission?



Après les bulldozers casqués la commission arrive enfin  sur le terrain





Notre Dame des Landes pour les nuls
d'après les carnets de Pierre  Deruelle
"...Un projet de 1967 pour répondre aux défis de notre temps"
proposé par Philippe

illustration source: Carnets de Pierre Deruelle







Lydie nous envoie ceci:


ce que l'on ne voit pas dans la presse et que l'on entend pas à la radio et à la télé ....
 
 

"je n'ai même plus le temps d'écrire...
Sonnés ! les gens sont littéralement sonnés à l'aube de ce dimanche matin, par la violence des affrontements diurnes et nocturnes, à la Vache Rit dont la pièce fermée est transformée en infirmerie... Le préfet dit qu'il n'y a eu 'aucune prise en charge de blessés dans la région' : pas de risque, aucun véhicule ne peut passer !
Sonnés ! mais pas vaincus !

nddl : Communiqué de l’équipe médic 24 novembre 2012

Depuis Notre-Dame-des-Landes
"Depuis des semaines d’occupation et de harcèlement policier et militaire, alors que nous continuons à défendre la zone du bétonnage programmé, nous avons atteint aujourd’hui, samedi 24 novembre, un pic de violence avec une centaine de blessé.e.s, dont une trentaine graves pris en charge à l’infirmerie de l’équipe medic établie à la Vache rit, l’une des nombreuses équipes de soins sur la zone.
On dénombre une vingtaine de personnes touchées par des éclats de grenades assourdissantes, aux jambes, aux bras, à la lèvre, au bas ventre. Ces bouts métalliques ou plastiques entrent dans les chairs, on peut rarement les extraire, et ils restent souvent à vie.
Les grenades assourdissantes sont censées être utilisées selon un protocole précis : notamment en cas d’encerclement des forces de l’ordre, et en direction du ciel, ce qui n’était clairement pas le cas aujourd’hui. Les gendarmes mobiles les utilisent de façon à ce qu’elles explosent à côté ou sur les manifestants, provoquant des blessures graves.
Une personne a été touchée au bas ventre par un éclat d’une de ces grenades offensives, provoquant un gros hématome et des lésions internes. On constate chez deux personnes 10 impacts chacune dans les jambes. Une personne risque de perdre son oeil droit. On constate également une plaie au tympan due à un tir de grenade, provoquant une surdité brutale. Suite à des tirs tendus de flashball, on dénombre quatre blessures au thorax, avec fractures de côtes et état de choc, de multiples blessures aux jambes et aux mains, une blessure hémorragique au visage. Et de nombreux.ses autres blessé.e.s.
Il était difficile d’évacuer les blessé.e.s les plus graves par ambulance ou par véhicule particulier suite aux différents barrages de police. Ces scènes de défilé ininterrompu de blessé.e.s du matin au soir ravive dans nos mémoires le souvenir de l’action de masse contre les pylônes THT (Très Haute Tension) dans la Manche le 24 juin 2012 pendant laquelle les forces de l’ordre ont fait l’usage démesuré des mêmes armes, faisant plus d’une vingtaine de blessé.e.s en une heure.
L’habituelle stratégie de frapper fort celles et ceux qui résistent à leurs plans de destructions ne semble pas fonctionner ici à Notre-Dame-des-Landes. La force et la détermination est bien vive sur les visages. Nous ne lâcherons rien."
-Geneviève-