mercredi 22 août 2012

poésie suite sur sa faim



".../...Bon, et maintenant comment les trouver ces poèmes prévus forcément pour vous?
ça serait comme trouver l'aiguille dans la botte de foin, non?
C'est relativement facile. A quelques conditions. Je vous explique.
Premièrement il faut deux poils d'effort, un poil de paresse et une grosse tignasse de patience;
Désolé pour l'effort mais comme disait ma grand-mère qui mettait la confiture sur l'étagère du haut: on n'a rien sans effort. Cependant vu le vertige que je vous promets, ça ne devrait pas être insurmontable. Il faut donc que vous  vous mettiez en chemin, que vous entriez dans la jungle des livres et que vous avanciez au hasard, pas à pas, rien ne presse, pardi!



Le truc c'est de se promener sur les terres du poème comme on traverse un paysage. Et vous savez que ce n'est pas toujours sur les chemins balisés et les sites à pancartes trois étoiles qu'on fait les plus belles découvertes. alors faites votre propre sentier, cherchez derrière les buissons, soulevez les pierres, perdez-vous, prenez des raccourcis si ça vous chante. C'est là qu'il faut cultiver sa paresse: il faut savoir flâner, bader, trainer les pieds, s'asseoir à tout bout de champ, s'arrêter au drôle de petit détail et si d'un coup la pente devient trop forte, faites un détour. Pourquoi non? vous n'avez de compte à rendre à personne, pas de formulaire à respecter, pas de questionnaire à remplir après usage, pas de professeur bà satisfaire ou d'ami à épater. Soyez seulement patients. Revendiquez la lenteur: dans notre monde à toute vapeur c'est un droit délicieux dont on nous a privés. profitez-en, en poésie ce sont les lents qui gagnent. Là encore c'est comme pour le paysage: traverser une colline en TGV, pour la connaître et l'aimer, donc la comprendre c'est pas fameux...



.../...à quoi on  reconnaît le poème?
Et bien non pas à telle ou telle forme mais au fait que ça bouge dans la langue. Quand la langue vous dépayse comme si vous entendiez votre propre langue comme une langue étrangère, que ça sonne neuf, bizarre aux yeux et à l'oreille. Bref si vous vous dites: "c'est bien ma langue, mais je n'ai jamais vu ma langue dans cet état", probable que vous êtes en face d'un poème. C'est que dans la poésie la langue est émue, remuée de l'intérieur, et quand on est ému, on ne parle plus pareil: la voix, le rythme changent
.../...
Que dites-vous? La musique des mots alors? Oui, si la musique en question ce n'est pas seulement Mozart mais aussi le jazz le rock, le tam-tam et la kora, le volet qui claque et la porte qui grince. et de toute façon, réduire la poésie à la musique c'est comme réduire la mer au bruit des vagues;
C'est que, voyez-vous , mes amis, il y a autant de sortes de poèmes que d'espèces animales sur la planète. Sous le même nom de poésie vous trouverez le Haïkaï japonais, ce curieux papillon à trois ailes qui en vous effleurant à peine peut vous mettre cul par-dessus tête, ou la légende des siècles, beau monstre à mille bouches qu'il faut une vie entière pour connaître de la queue à la corne! Le poème ce n'est pas la fable ou la comptine, le sonnet ou l'élégie, c'est cela et mille autres choses, parce que la poésie est une invention perpétuelle de formes neuves, inattendues, imprévues. c'est cet imprévu que le lecteur de poésie recherche et espère- voici donc un sésame: on ne peut aimer la poésie que si on aime être étonné, dérangé, déconcerté.


Allons bon, qu'est ce qu'il y a encore? Ah oui, c'est vrai. Pour marcher tranquille sur les terres du poème, il reste deux épines à retirer du pied. donc: comment lire et comment comprendre?
Sachez que la lecture d'un poème ne ressemble à aucune autre. c'est plus fort que nous! nous avons la méchante habitude de lire un poème comme un récit ou un article de journal. On commence en haut à gauche et on finit en bas à droite, on suit le fil logique des faits ou des idées et à la fin, on sait qu'on a réussi sa lecture parce qu'on se sait capable d'énoncer ces faits et ces idées. Reçu cinq sur cinq, on met dans la besace et on passe à autre chose. Pour les textes que nous lisons tous les jours, ça marche parfaitement et même pour les plus compliqués, quitte à relire deux ou trois fois; oui mais pas pour la poésie; ça serait comme de vouloir nager avec un parapluie et des bottes; Le parapluie et les bottes ce n'est pas idiot mais ce n'est pas étudié pour;
Lire un poème ce n'est pas chercher les deux ou trois sens que l'auteur a voulu y mettre, mais ceux-ci et les autres. Ce que le poète a dit sans vouloir le dire, ce que vous voulez dire, et ce qui veut se dire en vous, malgré vous;
ça fait beaucoup mais c'est cela traverser un poème: faire se lever une nuées d'oiseaux à chaque pas comme quand on traverse la place Saint-Marc à Venise. Il ne s'agit pas  de faire apparaître le bon sens mais tous les sens qui dorment sous les mots. C'est pourquoi le bon poème, le poème pour vous, c'est celui dont la lecture ne semble jamais finie.
ça veut dire tellement!
Donc,lire le poème ce n'est pas aller d'un point à un autre, c'est vagabonder, deux pas en avant, trois pas en arrière, deux pas sur le côté, c'est tenter tous les chemins, même ceux qui vont en sens contraire, c'est revenir sur ses pas, même, surtout quand on croit avoir compris, c'est demeurer une éternité dans un mot, une image, un vers, si ça vous chante, c'est "rêver autour" comme disait Aragon, ce roi des poètes, c'est l'oublier et le revoir longtemps après avec un nouveau visage, c'est le dire à voix basse, à voix haute, pour soi ou pour les autres, c'est en recopier des bouts, le réécrire de sa main, le réinventer dans son souvenir. 
Lire le poème c'est l'habiter. en un mot: c'est une affaire de temps. Le poème est comme l'être humain, secret et profond: il faut du temps, beaucoup de temps pour le connaître et bien l'aimer. et c'est cela qui le différencie de la chanson, sa proche cousine. il faut courir après elle, elle passe vite, vous le savez. Le poème, parce qu'il est écrit, vous laisse le temps de lire dans les marges. D'ailleurs, je vais vous dire: bien lire le poème, c'est savoir lire le blanc autour du poème, l'invisible dont il n'est que le seuil.







Finalement, un bon lecteur de poème est un mauvais lecteur: il lit lentement et ne cherche surtout pas à tout comprendre tout de suite, il accepte avec plaisir de ne pas tout comprendre.
Voilà c'est le moment, parlons de ça: comment comprendre?
La grande vérité, ici c'est que comprendre un poème ce n'est pas l'analyser, armé de dictionnaires et de grammaire, comme ferait un savant à lunettes dans son laboratoire. comprendre c'est aimer. et comment aime-t-on quelqu'un? non pas en se disant, le doigt au menton: cette personne mesure tant, pèse tant, elle a les yeux de telle couleur, donc je l'aime! Pardi, on aile quelqu'un sans trop savoir pourquoi, c'est tout un ensemble: en raison de sa silhouette, de sa manière de marcher, du timbre de sa vois, de ses mystères- surtout ses mystères. voilà, comprendre un poème c'est accepter ses mystères, accepter de ne pas tout comprendre, qu'il porte en lui des choses qu'on ne comprendra peut-être jamais. et c'est tant mieux: est-ce qu'on peut aimer quelqu'un qui n' plus de mystères pour nous?

Lire un poème, ce n'est pas l'expliquer. connaître parfaitement les lois de l'aérodynamique et de l'équilibre, tout savoir du mécanisme du pédalier, ce n'est pas faire du vélo et ça n'apprend pas à faire du vélo. Ce n'est évidemment pas inutile pour devenir champion cycliste mais on n'a aucun besoin de champion de poésie. De toute façon, est-ce qu'on a besoin qu'il y ait des champions cyclistes pour être soi-même heureux sur un vélo...

comprendre un poème ce n'est pas être capable d'en parler. plus on aime, moins on trouve, le plus souvent les mots pur le dire. L'émotion suffit pour savoir qu'on se comprend. René Char, encore lui, le savait bien qui nous avertissait: "Dans mon pays on ne questionne pas un homme ému."




Mais, je vous l'ai dit, pour comprendre le poème, avoir cette émotion et ce trouble qui prouvent qu'on a compris si peu que ce soit le poème, il faut un effort, lire avec tout son être, intensément: avec son intelligence, son esprit, son coeur, son âme, ses tripes, ses yeux et ses oreilles, avec ses souvenirs et ses espoirs secrets. Bref, il faut un don de soi sans réserve, une concentration inouïe de toutes ses forces: c'est donnant donnant.. Ecoutez ce que dit Yves Bonnefoy (les poètes sont nos meilleurs guides): "Le lecteur de poèmes n'analyse pas, il fait le serment au poète, son complice, de demeurer dans l'intense." Voilà: soyez intenses, quelques minutes, le temps de la lecture d'un poème et vous comprendrez nécessairement, s'il y a quelque chose à comprendre pour vous. Les sens du poème ne sont pas seulement dans le poème mais en vous autant que dans ses mots. il faut converser avec la poésie et dans cette conversation intérieur vous avez tous les droits: ceux de l'amour, de l'antipathie, de la colère, du refus, de l'incompréhension. N'ayez peur ni du contresens ni de l'erreur: où est le gardien chef qui vous dressera un procès-verbal? et au nom de quelle loi? Nul au monde, et surtout pas le plus savant professeur de l'université, ne détient la vérité d'un poème. il n'y a de vérité que celle qui vous importe et qui vous aide à mieux vivre et à mieux vous comprendre.
Bien sûr quand on a rencontré les bons poèmes et qu'on est, comme moi, mes amis, un passionné de poésie, on peut bien faire une autre lecture, celle qui, à distance, commente, suppute, analyse, explique, décortique parce que tout ce que fait l'homme engendre sa science. Mais il s'agit d'autre chose et ça ne sert à rein pour comprendre, je le jure. Pourquoi. parce que, comme disait Friedrich Schlegel: "annoter un poème c'est tenir une conférence anatomique sur un rôti."

Allez, maintenant vous pouvez y aller, n'est-ce pas?
Lisez, mes amis, lisez, relisez, faites-vous lire des poèmes, sans vous poser de questions- elles viendront bien toutes seuls et la plupart n'auront pas de réponses! Ce n'est pas grave: est-ce que vous n'aimez pas passionnément la vie avec ses mille questions non résolues?

Faites confiance: il y a quelque part, qui n'attend que vous, le poème de Darwich, de Basho, de Whitman, de Villon, de Mandelstam, de Hikmet, de Prigent, de Hafez, de Chedid, de Velter, je ne sais pas, mais je sais que celui-là vous comprendra comme on vous a rarement compris et qu'il vous mènera vers les autres.

Et désormais vous ne pourrez pas plus vous passer de poésie qu'un myope de lunettes."
Jean-Pierre Siméon








mardi 21 août 2012

poésie mode d'emploi







"Oui, et bien oui, mes amis, quoi?
un poète, oui voilà.
Pas la peine de nous faire cette tête de condoléance, de hausser les épaules, de froncer les sourcils, de lever les bras au ciel ou de vous gratter le menton, l'oeil goguenard. ni de filer en douce.







Si ça existe encore des poètes? Mais il y en a aujourd'hui plus que la terre en a jamais porté, hommes ou femmes, jeunes ou vieillards, parleurs ou chanteurs, faiseurs de livres ou crieurs des rues et je parie qu'il n'y a pas de lieux au monde, d'Afrique au Goenland, de Sibérie aux Caraïbes, qui n'ait ses poètes. On ne les voit pas à la télévision? Et alors? Parce qu'on existerait  que si l'on passe à la télévision?

Ah vous voulez savoir à quoi ça ressemble, un poète...Mon Dieu, à rien de particulier; ça ne se porte pas sur le visage. Ps d'uniforme et pas d'insigne à la boutonnière. Pas de diplômes et pas de médailles. c'est à la fois plus simple et plus compliqué. C'est dedans que ça se passe. Dans la tête et dans les tripes, et si ça se reconnaît, c'est peut-être à une certaine façon de parler des choses, même les plus ordinaires: plus secrète, plus grave, plus étonnée ou plus gourmande. en prononçant chaque mot comme s'il en valait mille, comme s'il disait ce qu'il dit et soudain mille fois plus encore.



Des rêveurs? Des songe-creux, des vagabonds, des pas-comme-les-autres, qui marchent sur les eaux ou qui volent dans les nuages avec les oiseaux et les anges? Alors là non, faite excuse, mais vous n'y êtes pas du tout. un poète, ça fait les courses et ça a mal aux dents, ça se soucie du chômage et du sida, comme tout le monde. et quand il parle, dan ses poèmes, il parle des choses les plus banales, qui sont celles de tout le monde: de ses doutes, de ses joies, de ses colères, de ses peurs, de ses défaites, de ses étonnements, de son désir d'être autre chose, d'être autrement, de ce qu'il ne comprend pas, de ce qu'il croit comprendre dans les instants de sa vie qui sont les instants de tout le monde. Non seulement le poète ne vit pas ailleurs, dans un beau rêve lointain mais il n'y a pas plus passionné, plus curieux de ce qui se passe en lui et autour de lui. La différence, il y en a une, c'est qu'il prend le temps d'en parler, d'y penser, de s'interroger, de regarder: comme un gosse qui s'arrête devant le plus bête des cailloux sur le chemin et reste-là, une heure peut-être, à le tourner et le retourner dan ses mains, à le peser, le caresser, le lancer, le regarder avec des yeux ronds comme des melons.





A quoi ça sert? Bon, là vous avez compris; ça ne sert à rien. Strictement à rien; à rien en tout cas de ce qu'on dit important dans notre drôle de monde: ni à être connu (pour ça mieux vaut faire du foot ou montrer ses fesses à l'Arc de Triomphe), ni à gagner de l'argent, ni à devenir chef, ni à réussir dans la vie, ni à arrêter les guerres, ni à donner du pain à ceux qui n'en ont pas.

Mais, sauf votre respect, à quoi ça sert de dire "aïe" quand on reçoit une pierre sur le pied, ou "je t'aime" à un beau visage? et comment  faire pour ne pas le dire?

Bon, ça commence à vous agacer. Tans mieux. asseyez-vous et reprenons depuis le début.



La poésie ça vous barbe, c'est inutile, vous n'avez pas le temps, ce n'est pas sérieux, c'est bon pour les petites filles boudeuses ou des illuminés solitaires et romantiques, c'est charmant comme un bouquet de fleurs mais à choisir mieux vaut un steak sur la table, et puis, de toute façon, on n'y comprend rien!

Vous avez raison, on n'y comprend rien, en tout cas si on veut comprendre comme on comprend "passe-moi le sel" ou "un plus un égale deux". Mais de cela on reparlera plus tard. Voyons les choses dans l'ordre.

D'abord la poésie, ce n'est pas ce que vous croyez. Comment dites-vous? Vous ne croyez rien? Et bien si, justement sinon vous ne feriez pas, quand on vous propose de lire un poème, ces têtes de légionnaires romains à qui le centurion Jenenpeuplus demande d'aller se frotter aux Gaulois.

Par exemple la poésie ce n'est pas du joli-doux-mignon qui servirait à cacher, comme un parfum délicat, la misère, la tristesse et le souci. Elle ne cherche pas à déguiser la vie sous de belles parures. au contraire, elle met la vie à nu et nous la montre telle qu'elle est, sans mensonge, rude et douce, chaude et froide, brève et immense.



source Toile

La poésie ne veut pas vous distraire ou vous divertir, c'est à dire vous aider à oublier les choses graves. Au contraire, elle ne  vous parle que de choses graves, elle vous parle, les yeux dans les yeux, de ce dont personne n'ose vous parler, sauf peut-être vos meilleurs amis, parce que justement c'est trop grave: La mort qui rôde autour de vous, le désir qui fait trembler les doigts, le terrible silence du ciel dans la nuit, le rêve d'un baiser, la solitude dont on ne sort pas, ce grand silence au fond de soi dont on ne sait que faire, la joie étrange, stupéfiante, de se sentir soudain heureux pour rien dans le soleil. Soyez-en sûrs: La poésie n'est pas une berceuse, elle n'a pas de précautions, lelle va droit au but et met les pieds dans le plat de l'existence.

Et n'attendez pas de la poésie des vérités toutes cuites, toutes prêtes, bonnes à croire. elle ne fait pas la morale. elle ne dit pas, comme trop de gens: "Moi je sais, faut faire comme ci, comme ça, etc" Elle hésite, elle questionne, elle s'interroge, elle est inquiète, comme vous, de ce qu'elle ne comprend pas. Mais c'est une inquiétude heureuse le plus souvent parce qu'elle apprend (ça évite l'ennui en tout cas) que la vie bouge, qu'on en a jamis fini avec l'inconnu, qu'il y a toujours du neuf, que l'histoire de chacun et l'histoire de tous sont multiples et infinies comme là-haut les troupeaux d'étoiles.

Au fait, pour tout dire, c'est ça la poésie, d'abord et surtout: une questionneuse enragée. Moins il y a de réponses plus elle interroge comme ces marmots de cinq ans qui vous courent après en vous tirant la manche avec leurs demandes impossibles: Et pourquoi ci, et pourquoi ça?


source: Toile


Comme quoi, vous voyez, mes amis, être poète ce n'est pas seulement écrire des poèmes. C'est une manière de vivre, une façon particulière de traverser le monde: L'oeil et l'esprit ouverts, curieux de tout, le poète est un étonné perpétuel, passionné du nouveau, de l'étrange, de l'étranger, de l'autre, de tout ce qui lui enseigne que dans ce qu'il voit, entend, fait chaque jour, il y a mille secrets cachés, un inconnu qu'il ne finirait jamais d'explorer. Qu'il y a un autre monde dans le monde, tout aussi vrai que le premier mais plus vaste. Chaque poème est comme un compte-rendu d'une expédition dans ce monde sans limites. C'est pourquoi il y a mille milliards de poèmes, c'est pourquoi il y a toujours eu et il y aura toujours des poètes. Mais je le répète, pas de malentendu! Les poètes n'explorent pas un monde ailleurs, mais notre monde à tous, l'ailleurs de notre monde. Les deux pieds sur terre. Bref, la poésie c'est l'aventure. Avec, comme toute aventure, ses échecs, ses randonnées inutiles, ses retours bredouille...






Ah tenez, je vois que vous commencez à comprendre à quoi ça sert la poésie. Pas tout à fait à rien, n'est-ce pas? ça sert à voir plus loin, plus profond dans l'obscur, à marcher tête haute dans l'inconnu, à apprivoiser la nuit qui est en soi et quand on a apprivoisé la nuit, on n'a plus peur des faux monstres, ou du moins on sait en déjouer la menace; ça sert à savoir que rien, être ou chose, n'a un sens définitif, que rien n'est simple et que cette complication est une chance; à savoir que ce qui est visible ne vaut que par l'invisible qu'il porte. Bref ça sert à grandir, à ne jamais cesser de grandir, d'agrandir sa compréhension du monde. "La poésie est un extraordinaire accélérateur de la conscience" disait le poète argentin Roberto Juarroz.

"Ouaip, tout ça c'est bien beau! Des grands mots, encore des grands mots, l'obscur, l'inconnu et patin et couffin! Et puis, de toute façon, de la poésie comme vous dites, nous, on connaît pas; ça doit être l'oiseau rare." C'est bien ce que vous pensez, mes amis,n n'est-ce pas? Je m'en doutais. D'abord oui, ce sont des grands mots. et alors? pourquoi n'auriez-vous pas droit aux grands mots? Quand on parle aux gens avec des petits mots on les rapetisse. Nous ne sommes pas à la télé vision tout de meme.

ensuite, oui, bien sûr, vous ne connaissez pas la poésie dont je vous parle. C'est qu'aucun de vous n'a encore rencontré le bon poème. Qu'est-ce que c'est le bon poème? Pas celui qui plaît, qui vous paraît bien fait et agréable, non. Celui qui vous subjugue, qui vous prend à la gorge, qui vous retourne l'âme comme un gant, qui vous fait un vertige comme au bord d'un abîme. Celui dont vous jurerez qu'il n'a été écrit que pour vous. Le plus fort de l'affaire, c'est que ce peut-être un poème de rien, modeste et sans tapage, qui vous vient par hasard. Il peut avoir été inventé par un vieux Chinois il y a mille ans, une villageoise marocaine, un jeune révolutionnaire russe, un Indien navajo ou un va-nu-pieds des bistrots parisiens! Mais celui-ci et bien d'autres vous attendent parmi les mille milliards de poèmes qui courent le monde. "Le poème est toujours marié à quelqu'un" disait René Char. L'avantage en poésie c'est que la polygamie est la règle: Vous pouvez vous marier mille fois à des poèmes sans divorcer des autres. et vous voilà riche de mille passions, toutes différentes.
.../..."

extrait de: "Aîe un poète!" texte d'introduction de Jean-Pierre Siméon à l'anthologie: "50 poètes français d'aujourd'hui"-a poèmes ouverts-Le printemps des poètes- Editions Points


à suivre, un jour prochain















salut
"ça commence en merde et tu te dis :
"mon dieu ké cons ces amerloches"
mais il faut aller jusqu''à la fin."
-Serge-