mercredi 20 juillet 2011

mercredi mots qu'on sent



"Merde: Ce mot est une friandise. Seuls les crétins de haut vol ne l'utilisent jamais. Un mot qui se crie, qui se hurle, qui se susurre, se murmure, se savoure. C'est le mot qui console, dont on a besoin."
-Pierre Perret-



"Ecrire, c'est descendre dans la fosse du souffleur pour apprendre à écouter la langue respirer là où elle se tait, entre les mots, autour des mots, parfois au coeur des mots."
-Sylvie Germain-



"Les mots ne tiennent pas sur cette mélodie,
Je les mets sur des notes, le matin, mais la nuit
Ils tombent et je découvre, épars sur le tapis,
De pauvres lettres mortes et mes idées enfuies.
Pourtant j'ai essayé même le mot "amour"
Dieu sait s'il s'accroche à une simple croche.
Il n'a tenu que quelques heures, à peine un petit jour.
Je l'ai remis dans ma poche, il servira toujours.
Les mots ne tiennent pas sur cette mélodie,
Est-elle si facile que sur elle ils s'ennuient?
Ils aiment ce qui balance, ils aiment qu'on les crie,
Ils ont de drôles de goûts, tous les mots d'aujourd'hui.
Alors j'ai essayé de parler de la paix.
Dieu sait s'il faut des rondes pour arrondir le monde!
A peine avais-je écrit ce mot sur la portée,
Que le mot est tombé, que la paix s'est brisée.
Moi, si j'étais un mot, je m'étendrais près d'elle,
Je lui ferais l'amour, je la trouverais belle.
De silences en soupirs, on passerait la nuit.
Ah! Si j'étais un mot sur cette mélodie.
Cet air ne retient rien. Parlons de liberté,
Elle qui ne supporte aucune fausse note.
Déjà j'étais certain de tenir mon sujet
Quand, au lieu de tomber, le mot s'est envolé.
Les mots ne tiennent pas sur cette mélodie,
Je les mets sur des notes, le matin mais la nuit
Ils tombent et je découvre, épars sur le tapis,
De pauvres lettres mortes et mes idées enfuies."
-Georges Chelon-

votre argent s'intéresse




proposé par Serge:

Désobéir à l'argent

"Avant de désobéir à l’argent, il faut dépenser 5 euros ; mais avouez que ce n’est pas grand-chose pour un livre. Ce livre s’ouvre sur une citation de Maurice Allais, prix Nobel d’économie, qui dit à peu près ceci : il n’y pas de différence entre la création de monnaie ex nihilo par le système bancaire et les faux-monnayeurs. Le ton est donné.

Les auteurs sont désobéissants, et ne mettent pas leur nom propre en avant. Les désobéissants sont un collectif activiste qui forme à la désobéissance civile. Vous trouverez d’ailleurs, dans cette même édition du passager clandestin, le fameux livre de Thoreau sur La désobéissance civile. Désobéir est une collection qui comporte désormais une dizaine de titres : désobéir pour le logement, désobéir à la pub, désobéir dans l’entreprise, etc. Ici donc, il s’agit de désobéir à l’argent. Il faut d’abord louer la volonté pédagogique de la collection ; c’est une pédagogie mise au service d’un combat, d’un agir.

D’abord, les auteurs rappellent des chiffres qu’on aime à oublier : sur les inégalités mondiales de plus en plus criantes, sur les conséquences dramatiques des crises financières, sur le gouffre entre les marchés financiers et la production effective de biens et services ; etc. Tout cela est bien connu, mais de ce genre de connaissance qui n’engage à rien. Or, le propos est d’engager. Le premier sens du mot « crédit » est celui de confiance, aujourd’hui, il est devenu synonyme de défiance, de discrédit, de désengagement. Aujourd’hui où les derniers espaces de gratuité sont désormais soumis au marché, y compris l’école, aujourd’hui où tout à un prix, y compris les organes humains, il s’agit pour les auteurs de montrer que tout n’est pas perdu.  « Nouveau mode de calcul de la richesse, renationalisation de la création monétaire, taxation des mouvements de capitaux, captation des intérêts issus de la création monétaire par le Trésor public pour financer les investissements collectifs et la protection sociale, définition d’un revenu maximal ; monnaies solidaires, troc, abolition de la monnaie, les chemins du changement sont multiples et méritent d’être discutés voire débattus » p. 14.

Les auteurs retracent une petite histoire de la désobéissance à l’argent : on y retrouve par exemple Lucio Urtubia Jiménez, militant anarchiste espagnol qui fabriqua de la fausse monnaie avec des objectifs de résistance ou bien Pëter Tabubinger, banquier allemand et Robin des bois moderne, qui volait aux riches pour donner aux pauvres. On y retrouve les expériences historiques de monnaies alternatives ou de remplacement, comme ces expérimentations allemandes, autrichiennes ou françaises autour  de la « monnaie fondante ». On y retrouve des approches bancaires et financières différentes, tel ce projet, mené entre autres par Pierre Leroux et Pierre-Joseph Proudhon, pour mettre en place une « Banque du peuple ». Il  est question aussi des communautés de vie et de travail qui s’affranchissent de l’argent, ce qui nous mène de Robert Owen, au kibboutz, aux communautés Emmaüs. Il est question enfin de l’approche « distributive » . L’économie distributive se résument en trois points : « 1) Chiffrer monétairement l’ensemble des biens et services produits pendant une certaine période ; 2) Emettre la monnaie correspondante ; 3) La distribuer aux usagers. Cette monnaie est émise sans intérêt. Elle s’annule au moment de la transaction. On ne peut l’accumuler. Il lui manque donc un des trois caractères reconnus aux monnaies. Elle est, soulignons-le, anticapitaliste par construction » (p. 32).

Comment donc résister à la monnaie ? En se mettant au SEL (Système d’Echange Local) ? En désobéissant aux droits sur les œuvres et en soutenant les creative commons ? En organisant des clubs de troc comme en Amérique latine ? En soutenant le projet de monnaie solidaire SOL, porté par Patrick Viveret, qui s’inspire notamment des expériences de monnaies locales d’Amérique latine ? Le principal mérite de ce livre est ainsi de nous indiquer qu’il existe des solutions alternatives dont on ne parle pas tant que ça. Connaissez-vous, en effet, Marinaleda, ville de 2700 habitants et commune autogestionaire d’Espagne, qui ne fut pas touché par la crise ? Connaissez-vous la Fédération européenne des banques éthiques alternatives (Febea) ? Mais, indiquer n’est pas analyser, et le livre a peut-être le défaut de masquer les difficultés, ne serait-ce que parce qu’il ne distingue pas assez monnaie et argent, ou parce qu’il pense le local en dépit du global. Une chose demeure certaine : désobéir à l’argent demande de comprendre ce qu’est l’argent et de critiquer notre propre rapport à l’argent, cela demande donc un effort d’intelligence et d’inventivité, qui pour, cette raison même, est louable." - Philippe Petit -source: Marianne 2



-le manifeste des désobéissants-





source: les désobéissants