dimanche 17 avril 2011

nous deux






"Ils sont partis sans crier gare
Avec leurs mômes et leurs guitares
Nos frères gitans de Saint-Ouen.
Elles sont parties, à tire-d'aile
Et sans retour, les hirondelles
Paris n'en avait plus besoin.
Flots de béton et de bêtise
Faut des drugstores et du strip-tease
Des buildings et des souterrains
Et de Boulogne et de Vincennes
Et des quais fleuris de la Seine
Bientôt, il ne restera rien.

Mais ce jour-là, ma tourterelle,
Ma fille à moi, ma toute belle
Ma frangine d'amour, ma maman,
Malgré les planches et puis la terre
On s'blottira comme on sait l'faire
Nous deux !
Malgré la terre et puis les planches
On s'câlinera, comme le dimanche
Quand on va pas au cinéma
Nous deux !
Et qu'après, on s'retrouve en rêve
Fascinés comme Adam et Eve
Et tout fiers d'avoir trouvé ça,
Nous deux !

Tu vois, c'est écrit à la une
On se dispute déjà la Lune.
Enfants de demain, innocents !
Un général sur les planètes
Vous suivra d'loin, à la lunette
Et dira : C'est rouge de sang !
À tant jongler avec la bombe
Un jour, faudra bien qu'elle tombe
C'est son but et c'est notre lot
Il faudra bien que ce jour vienne
Adieu Paris et adieu Vienne
Adieu Rome et Monte-Carlo !

Mais ce jour-là, ma tourterelle,
Ma fille à moi, ma toute belle
Ma frangine d'amour, ma maman,
Que tout se glace ou que tout flambe
Ça fait rien, si l'on est ensemble
Nous deux !
Que tout flambe ou que tout se glace
Nous aurons déjà notre place
Dans la légende des amants
Nous deux !
Alors, quand sautera la planète
Si jamais sonnent les trompettes
On s'en foutra divinement
Nous deux !

Les gens vont me traiter d'artiste,
De sans-coeur, et si j'en suis triste
Je n'en serai pas étonné
Car ce coeur pitoyable et tendre
À toi seule, qui sus le prendre,
Depuis longtemps je l'ai donné.
Tout comme aujourd'hui, je te donne
Cette chanson de fin d'automne
Qui se voulait chanson d'amour.
Je ne suis ni saint, ni apôtre
Et pour penser encore aux autres
Il me reste trop peu de jours.

En attendant, ma tourterelle,
Ma fille à moi, ma toute belle
Ma frangine d'amour, ma maman,
Puisque nos âmes vagabondent
Allons faire le tour du monde
Nous deux !
Puisque vagabondent nos âmes
Embrassons-nous tout près des lames
De l'océan des mauvais jours
Nous deux !
Et puis, à nos amours fidèles
Au coeur des neiges éternelles
Allons nous perdre pour toujours
Nous deux !"
-Jean-René Caussimon -
-photo du Net-

l'identité obscure


"Ou comme un feu sans feu, sans futur ni passé,
le corps est si léger qu'il semble flotter sur les heures arrêtées,
dans l'étincellement du matin,


je l'appelle le présent, ce feu, il est partout,
il est insaisissable, le main se tend, ne touche rien d'autre que le vide,
une sorte d'ombre claire,


l'envers des choses qui s'effacent et elles jaillissent,
dessinent sur les yeux le leurre de la présence,
je sais qu'elles ne sont pas et pourtant je prononce leur nom,



ce souffle d'air qui les fait durer un peu le temps de croire
que plus que moi elles demeurent
peuplant l'espace que je traverse et que je laisse, .../..."


"Autour de toi toutes les choses sont à leur place et luisent,
mais est-ce entre elles ce qui les sépare,
les réunit, l'intervalle dis-tu, c'est ça, oui,
l'entre ce qui vient et ce qui s'en va,



ce léger éclat, celui contre la vitre d'un paysage et sa bruine solaire,
ses collines, son ciel,
avec ce tremblement de feuilles et cette lumière
qui ressemble à l'enfance puisque tout lui ressemble
quand tu n'en finis pas de la perdre, la trouver,



tu dis à peine mais l'eau déjà emporte l'eau,
ce que tu veux, c'est poser tes mots comme des pierres
pour pouvoir y marcher lentement dans le courant,
que plus rien ne puisse t'emporter que ce désir d'être,
malgré tout, était-ce bien ce qu'il disait,
il regardait ses doigts, le jour avait des couleurs changeantes,
et lui montrait sur la vitre le rayon de soleil oblique,   .../..."


extraits de: Chant III et Chant II -"L'identité obscure- de Jacques Ancet-Editions Lettres Vives-


photos: Laurent Laveder