jeudi 24 juin 2010

LA MIRE


mais aussi ...
l'or
pour s'allonger  aimablement sur la grève  qui se chauffe aux premiers rayons de l'été.
C'est tout le plaisir et l'ambiguïté d'une langue  que de pouvoir mélanger les sens
et le parfum des mots,
qui consume à l'encens,
un jour manifeste où la rue se délie, où la rue s'interpelle...
avec
la foule  admirable 
et...
-ambivalence toujours-
qui  nous colle à la vie,
ici , l'usager perd ses propres repères
en voulant rester groupé mais il approche aussi  de l'idée d'un  pouvoir
avec tout ce que cela comporte d'exaltation et de risque.
Ensemble, on nait  moins triste
Ensemble, on vit mieux
Ensemble, on se ressemble
Ensemble, tout semble possible
Ensemble, on veut bien croire aux théorèmes.
Ensemble, on sort couvert
Ensemble, on a raison et on la perd aussi 
Ensemble, on ose et l'on se compte
Ensemble on a moins peur
Ensemble on se fait peur
Ensemble on découvre une part d'intérieur qui vibre, qui communie...
ensemble, on se dit: c'était bien , à la prochaine, gardons le contact...
ensemble, demain est autre jour!
si proche et tellement...si  loin.

Un peu plus tard,  toujours plus tard, je retrouverais la mire
et j'y nagerais  enfin, 
dans ma légère  différence,
du tout seul.

mercredi 23 juin 2010

LE MUR



Claire de Viron dont j'ai reproduit ici même et pas plus tard qu' hier le texte " Où qu'tu vas?" a eu la gentillesse de m'envoyer ce matin  un autre de ces écrits intitulé:  "Le mur",
 avec ce petit mot d'accompagnement:
"J'en ai un autre sur le mur construit à Jérusalem.  J'ai eu l'occasion de faire en 2010 un voyage à Jérusalem qui m'a marqué.
Il est aussi court et servira de couverture à un recueil de nouvelles. "


Le mur
"Il marche. Il dessine le chemin de ses pas. Il regarde la terre de ses pères, une terre ravagée, cernée de palissades hautes de quatre hommes au moins.      
    Derrière la palissade, la ville moderne, l’univers de l’interdit et du désir qui porte le nom d’Ella, du pouvoir et de l’argent. Un pas, encore un pas. Il longe le mur. Des mains, il martèle le béton. Dans la tête, un graffiti qu’il tague avec sa bombe. D’autres graffiti suivent et tissent la toile d’une espérance qu’il dessine jusqu’au matin. Il tague des mots, un drapeau. Il signe pour laisser une trace. Il pense : ce n’est pas assez !
    Ici il est né, ici il habite, ici il porte en lui l’étrangeté de l’enfance avec son griffonnage, avec ses bouts d’étoiles et son envie de rêver. Il a entendu qu’on allait fermer le « checkpoint ». Ces bouts de mur qui se rejoignent mais ne peuvent se rencontrer parce qu’ils sont une porte entrouverte, une brèche dans la stratégie de séparation. C’est de là qu’est née l’idée, le frisson, le spectacle. Il n’a aucun besoin d’échelle pour taguer le mur jusqu’à sa crête. Ne l’appelle-t-on pas « L’homme singe » ?
      Il lui faut risquer... Bientôt il va courir. De ses jambes écartées, il tiendra le mur ouvert.  D’un bond, il fera danser son corps sur la crête. Dans le ciel, il taguera le mot pour que tous puissent le lire. Il recule. Il prend son élan et grimpe. Sa bombe dans la main, il cherche l’équilibre..... De l’autre côté, les soldats voient une grenade, ils tirent.
    Au bord de la chute, Il tague dans le ciel « Paix » qui comme une pluie de cendres retombe de part et d’autre sur toutes les lèvres, éveille une fierté."
-Claire de Viron-