samedi 29 mai 2010

UNE VISION DU MONDE



Dom Duff est chanteur-musicien et j'ai trouvé dans le mensuel vannetais "Bretons"  un texte où il donne sa vision du monde à travers la langue bretonne:




"Cette vision du monde n'est pas différente, elle n'est qu'une vision parmi tant d'autres. Je suis même persuadé que c'est la vision la plus répandue au monde. L'environnement contribue à cette vision. en ce qui me concerne, cet environnement est un ensemble qui comprend à la fois la langue, le mode de vie rural et maritime.
Le fait de parler, de comprendre le breton, ou tout simplement d'avoir l'accent, fait que tu es repéré par le quidam qui l'entend: soir comme un intrus qui sort de sa campagne, soit comme un ami qui, lui aussi, a sa particularité. Automatiquement, tu échanges avec ce dernier. L'autre va te tolérer ou te moquer, ou faire preuve de compassion. L'accent et la langue, pour moi c'est pareil. Tu dois composer avec cet environnement et tu te rends compte qu'avec ce que tu portes, tu ne pars pas gagnant, du sens français du terme. Tu "fais avec", tu ignores ou tu réagis en revendiquant ton breton, en t'affirmant.
Parler breton c'est aussi parler avec les parents, les grands-parents, ceux avec qui tu t'accroches quand tu es adolescent et qui ne te comprennent pas. Mais le langue te lie à eux. De plus, tu n'as pas à défendre, une quelconque attitude dans ton langage, contrairement au français où l'on te bassine depuis l'école primaire avec un "beau parler français", tellement éloigné du tien.

Brezhoneg ça reste la langue de l'humour, des fêtes, des engueulades, des histoires de famille, des voisins, des proches, des manifs. Un langue du coeur: quelqu'un a dit ça un jour du breton.
Pourquoi y a-t-il toujours une banderole en breton dan chaque manif? Pourquoi la plupart des chauffeurs routiers ont un Gwenn-ha-Du dans leur camion? La plupart des bateaux aussi? Je ne pense pas que tous les Gwenn-ha-Du qui flottent relèvent d'un acte de repli identitaire, gast! Non, c'est juste pour montrer qu'on est là, de temps en temps, quand même. Et pas besoin de danser la gavotte et de manger des crêpes tous les jours pour ça. Tu n'es pas breton que du 14 juillet au 15 août!

En breton, tu subis les choses et les éléments (la faim vient à moi, la peur, la soif...), tu reste modeste par rapport à ce qui t'entoure, peut-être trop d'ailleurs. Tu ne râles pas parce que l'eau est fraîche en été, ou que la marée est basse à quatorze heures, tu sais que tu n'y peux rien. De là à te demander de laisser de côté ta nationalité, non.

A l'inverse, la langue ou l'accent gagne aussi les nouveaux résidents en Bretagne. c'est parfois contagieux quand tu t'y sens bien. Je remarque que la plupart des navigateurs au long cours "attrapent" un fichu accent breton. Comme si le rapport aux éléments et l'accent étaient liés. Ecoute Le Cam, Jourdain...Je vois des noms bretons germer sur les murs des maisons, en quelque sorte une signature et un accord de principe avec le pays. Pas besoin de débat sur l'identité. On nous a toujours interdit les débats, dont acte, pour cette fois.

Et ça voyage, ça bourlingue. Mais un Breton ne  le fait pas avec l'arrière-pensée de reconstruire sa propre colonie sur un territoire, de se l'approprier. Il se fond dans la population. pourtant les trois quarts du temps, il revient en courant à la maison, même s'il est parfois reposant d'oublier cette appartenance bretonne et de ses perdre dans la foule.

Mais le chef, c'est l'accent! C'est la braise. Tu souffles dessus, la langue repart. C'est lui qui donne la mélodie. La vie pour un Breton, c'est mélodie qui peut être mélancolique, alors tribale, rude. Tu fais sonner les mots, l'air et le rythme en découlent.
mais attention, nous ne sommes pas une culture régionale; attention d'être la cadette des poupées gigognes, c'est un enjeu qui ne rime à rien. Les cases fatiguent, elles rassurent ceux qui veulent s'y mettre; pourquoi pas "province" pendant qu'on y est. Je suis sans doute un chanteur qui a une autre vision, pas le seul, mais la vision jacobine veut cloisonner tout ça pour le contrôler d'en haut.

En ce sens, le breton donne une autre vision. tu prends les petits chemins parce que les grands sont obstrués, tu contournes l'Hexagone et l'Hexagone s'intéresse à toi lorsque l'extérieur en parle. C'est vrai pour tout ce qui est breton: culture, agriculture, pêche, sport...On surgit de nulle part, on n'est pas programmé pour être là à ce moment-là, mais on y est. Et quand on y est, c'est dur de se séparer de nous. On nous éclipse ensuite, mais on ne court pas après les chasses gardées. Nous ne sommes pas en compétition, sinon avec nous-mêmes. Notre univers n'est pas comme l'univers francophone, soluble dans la culture dominante. 

oui, le breton donne sans doute une autre vision du monde, un monde où il faut trouver sa place, composer avec celui-ci, celui-là sinon c'est le bordel. Mais c'est vrai pour nous et toutes les autres cultures. Seules les cultures qui veulent s'imposer aux autres l'ignorent, ou font mine de ne pas le savoir."
-Dom Duff-








vendredi 28 mai 2010

LE CHENE LIEGE




"Adossé à un chêne liège
Je descendais quelques arpèges
En priant Dieu, Bouddha que sais-je
Est-ce que tu penses à nous un peu?

Le monde est aux mains de stratèges
Costumes noirs, cravates beiges
Et turbans blancs comme la neige
Qui jouent de bien drôles de jeux

Il y a dans nos attelages
Des gens de raison de courage
Dans tous les camps, de tous les âges
Dont le seul rêve est d'être heureux

On a dressé des cathédrales
Des flèches à toucher les étoiles
Dit des prières monumentales
Qu'est ce qu'on pouvait faire de mieux?

Etes-vous là, êtes vous proches
Ou trop loin pour entendre nos cloches?
Gardez-vous les mains dans les poches
Ou est-ce vos larmes quand il pleut?

D'en haut de vos très blanches loges
Les voyez-vous qui s'interrogent
Millions de fourmis qui pataugent
La tête tournée vers les cieux?

Sommes-nous seuls dans cette histoire
Les seuls à continuer à croire
Regardons-nous vers le bon phare
Ou le ciel est-il vide et creux?

Adossé à un chêne liège
Pris comme dans les fils d'un piège
Je descendais quelques arpèges
Je n'avais rien trouvé de mieux

Où êtes vous dans l'atmosphère?
On vous attend, on vous espère
Mais c'est le doute et le mystère
Que vous m'aurez appris le mieux

Adossé à un chêne-liège
Je descendais quelques arpèges
Par un après-midi pluvieux

Je descendais quelques arpèges
Par un après-midi pluvieux...."


-Francis Cabrel-




-envoyé par karamieka-