vendredi 21 août 2009

papa est en voyage d'affaires


Mon père ce héros?
méconnu
inconnu
nu!
Mon père que j'avais du mal parfois à voir en peinture, alors qu'il en était l'entrepreneur
justement.
Comme son père
justement.
Pourtant, il préférait la peinture qui se toile, qui s'imagine.
il s'en fit d'ailleurs quelques unes qu'il recouvrait d'une précédente.


A choisir- mais à l'époque, ça se faisait peu,
il aurait préféré le rôle d'un prof d'Anglais, puisque de quelques années d'école, il avait su rapidement parler la langue du bebop, celle des libérateurs en jeep avec qui il jouait l'interprète sur les routes de la presqu'ile Guérandaise et avec qui il trimballait -depuis son adolescence- des affinités musicales et culturelles.
Mon père ce zazou
en cravate saxo et guitare
en jazz et culotte de golf
en patin à roulettes et figures imposées.
Mon père en rouflaquettes
et son slip sur la tête
et ses farces et attrape ma grand mère
Mon père et son violon qu'il savait faire pleurer dans la musique tsigane qu'il aimait tout autant que le jazz.
mon père et l'ambiance piano-bar
quand de l'électrophone, il soutirait des airs actuels du passé, pour nous les rejouer,
dans ses notes à lui.
Mon père, le grand absent
d'une paire de sentiments
à l'écriture fébrile
au regard rieur
et à l'humour sévère
l'inverse ça marche aussi.

Mon père
plus sérieux tumeur

Celui qu'a pas assez vieilli pour bien se connaitre en cheveux blancs.

Maintenant,
que je pourrais être son grand-frère

depuis que je l'ai rattrapé dans la cote
et dans mes raccourcis

je le vois les fesses à l'air sur le canapé.

"Et alors on fait moins le malin
mon pé-père?"

vu du golfe

"A marée basse, on accède à Berder sans plus d'histoire; à la gouvernance des flots, il est nécessaire de prendre une plate ou d'appeler le passeur. Ainsi, ce qui est une ile et ne l'est pas, offre aux visiteurs une sorte d'Arcadie avec de l'aloès entre les rochers du littoral, et des bouganinvillées dans les déchiquetures de la côte.
"Nous allons mettre à la voile" me dit Paul. Plus prosaïquement, ce fut en canote à moteur qu'on quitta le rivage pour prendre par le milieu de la petite mer
Au passage Paul eut un mot pour le tumulus de Gavrinis le plus vaste et le mieux conservé qui soit au monde, avec gravée sur ses poutres de pierre, des serpents se mordant la queue et des soleils circonfériques. "Sans doute le peu qui nous soit parvenu de l'écriture des Atlantes." dit-il en regardant un cormoran s'éployer sur un récif.
L'embarcation, qui menaçait de verser, avançait en toussotant. Mon ami tomba la veste, revissa une casquette de pinassier sur son crâne et dit avec la plus haute ferveur: "Nous sommes ici au centre d'un monde clos-ou presque clos-, avec des lumières et des étincellements très exceptionnels. Qui connait la splendeur des fonds, quand la surface offre tant de merveilles? Ouvrez votre coeur autant que vos yeux, ici, tout n'est qu'une prière exaucée."
Il mit une main à la hauteur de la visière qui menaçait de s'envoler et parut reconnaître un héron cendré là-bas, dans les herbues. Il dit: "Dans moins d'une heure nous aborderons au séjour des princesses de la mer. C'est le nom qui fut, autrefois, donné aux îliennes. Princesses, sans doute, fées certainement..."
Nous arrivâmes à petits crachotements, non loin du débarcadère et nous nous rangeâmes près de la cale de manière à ne pas gêner la manoeuvre des vedettes avec leurs cargaisons d'estivants pas mal vacanciers.
La barcasse solidement arrimée à une borne du quai, nous primes l'escalier de granit et, à ma surprise nous entrâmes dans un commencement de futaie.
"Nous sommes ici au Bois d'Amour dit Paul. Si vous avez un voeu à faire, que ce soit celui d'y revenir bientôt avec celle qui aimera cet Eden et vous en aimera davantage."
Parmi les arbres, l'odeur du goémon l'emportait encore sur les senteurs de mousse et de résine. Dans les herbes et jusque dans les ronces, des incandescences se mouraient de plaisir, quand l'été se fortifiait de brasillements et de craquelures.
Nous empruntâmes un sentier bordé d'eucalyptus et, comme l'auberge refusait du monde, on nous mena sur une terrasse ou nous trouvâmes table à l'ombre d'un parasol. "Regardez, dit Paul, on se croirait à Corfou, dans les jardins d'Elisabeth d'Autriche."
Comme autour de nous, on parlait voitures, bateaux, plages, régates, Paul, tout en décortiquant un tourteau , embrassa la mer qui moutonnait vers Port-Navalo. C'était une large étendue ondulante, qui se renvoyait de brefs éclairs, comme autant d'appels.
"Elle est faite dit Paul. Elle prend bien ses aises. Elle doit quand même clapoter vertement sur les rochers. Ne pas oublier que si elle prend ses aises, elle ne paresse jamais. Toute intérieure qu'elle est, ici, elle se veut prélude au rude océan." .../..."

extrait de vu du golfe de Charles Le Quintrec texte publié dans "en Bretagne ici et là" -40 lieux, 40 auteurs-éditions Keltia Graphic -imprimeur-éditeur-