





Un reportage de fin d'après midi sur arte, c'est l'histoire d'une vie, celle d'antonio qui fête justement ce jour là ses 67 ans et comme il le dit lui même malicieusement "il ne les fait pas" et il a bien raison , à croire que le cinéma ça conserve, ah oui parce que faut que je vous raconte, antonio il se ballade depuis plus de quarante ans avec sa camionette de village en village de la province de l'alentejo au portugal et chaque soir dans une salle des fêtes il installe son projecteur, l'écran et le tour est joué, la magie peut commencer, le public écarquille les yeux, les enfants rient, ce soir c'est "jour de fête" de jacques tati. D'abord il a fallu faire venir le public et c'est pas toujours évident surtout quand le foot de la télé fait concurence, mais antonio, il est confiant, il attend tranquillement que le match se termine et peu à peu la salle se remplit. Les villageois ont été prévenu de la séance en fin d'après midi par le haut parleur de la camionette "ce soir à la salle des fêtes, un grand film pour toute la famille, avec des poules, des lapins, des oies et un facteur, un film drôle, émouvant, plein de poésie..." , un film qui ressemble à antonio, le sentimental qui a consacré sa vie au cinéma au risque de "négliger" tout le reste et de se retrouver seul avec ces belles actrices italiennes qui lui susurrent à l'oreille de ses rêves: "antonio" "antonio". En regardant ce reportage, j'ai évidemment pensé au film de Giuseppe Tornatore "cinéma paradisio" on y retrouve la même tendresse, les mêmes émotions et un amour iraisonné pour le rêve sur pellicule. Alors cette histoire là, elle m'a fait aussi retrouver mes culottes courtes et tous ces jeudis après-midi de l'enfance passés au "normandie" rue albert de mun, un grand cinéma comme il n'en existe plus, où un gentil monsieur projectionniste me faisait rentrer dans son univers merveilleux de bobines, de machine crépitante, de cartons et d'affiches ramenées au soir à la maison et que je punaisais sur les murs de ma chambre et alors allongé sur mon lit je me refaisais la séance parti bien loin dans les étoiles du cinéma. Aujourd'hui "le normandie" a cédé sa place à un mauvais resto chinois; "l'athénée" de l'avenue de la rep. a disparu lui aussi, il s'est appellé ensuite" le club" avant de devenir un super-marché culturel. et "le celtic" de la rue du bois savary s'est transformé en immeuble locatif, quand au "trianon" rebaptisé "les korrigans"-( cinéma de monsieur molière (joli nom) ancien producteurs s.v.p. de andrei wajda) il vit hélas ses derniers jours. Il y eut aussi- un dernier pour la route- "le france" une salle grand luxe où l'on pouvait prendre ses aises et allonger ses jambes, devenue aujourd'hui une friche commerciale. Maintenant la magie du septième art où ce qu'il en reste a pris ses quartiers chez "ville port" le bébé branché de msieur le maire et le rêve cinématographique se conjugue à la chaine dans la froideur plastique, pop corn et impersonnelle qui s'appelle paraît-il progrès- Alors pour un soir, ringardos-nostalgique... j'ai envie de rêver, de retrouver le caissier dans sa cabine qui met une croix au crayon sur le plan numéroté de la salle- et pour le balcon forcément c'est plus cher et oui tout la haut la lutte de classe a encore de beaux jours devant soi. J'ai envie aussi d'actualités du coq de chez pathé, même si elles ressemblaient à la voix de son maître, mais aux infos de 20h ont-elles vraiment changées? et puis, le documentaire d'une quinzaine de minutes qui permettait à de jeunes recrues de faire leurs premières armes, et encore les publicités pour les bas dim-pa pam pam pam pa pam- les "régalad" de chez kréma et la glace miko- que l'ouvreuse vous apportait dans son panier d'osier à l'entracte. Sur la scène du normandie il y avait aussi le dimanche les attractions, magiciens et compagnie! un jour il y eu également un "crochet" et alors du haut de mes sept ou huit ans je chantais: "le coucou a niché sur l'arbustre, le coucou a fait des nids partout..." pour la peine on me donna le troisième prix (sur trois candidats) et un bon d'achat chez thierry sigrand et le lendemain... j'avais ma photo dans presse -O- et là! j'vous raconte pas!
"La lumière revient déjà et le film est terminé. Je réveille mon voisin il dort comme un nouveau-né. Je relève mon strapontin j'ai une envie de bailler. C'était la derniere séquence c'était la dernière séance et le rideau sur l'écran est tombé. La photo sur le mot fin peut faire sourire ou pleurer mais je connais le destin d'un cinema de quartier il finira en garage en building supermarché Il n'a plus aucune chance c'était sa dernière séance et le rideau sur l'ecran est tombé Bye Bye les héros que j'aimais L'entr'acte est terminé Bye Bye rendez-vous a jamais mes chocolats glacés, glacés J'allais rue des solitaires à l'école de mon quartier à cinq heures j'étais sorti Mon père venait me chercher on voyait Gary Cooper qui défendait l'opprimé C'était vraiment bien l'enfance mais c'est la dernière séquence et le rideau sur l'ecran est tombé Bye bye les filles qui tremblaient pour les jeunes premiers Bye bye rendez-vous a jamais mes chocolats glacés, glacés. La lumière s'éteint déjà La salle est vide a pleurer mon voisin étend ses bras il s'en va boire un café un vieux pleure dans un coin son cinéma est fermé. C'était sa dernière sequence C'était la dernière séance et le rideau sur l'écran est tombé"- eddy mitchell-