"Imagier borgne, muselé,
tu traverses les villes écarlates,
tu poursuis la lumière loin de la terre
et loin des feuilles. Sans la discipline du regard contraint,
tu n’entreverrais que des formes faibles,
des lignes pâles,
des renfoncements où les contrastes jouent à peine.
Ne t’adviendraient que des stupeurs de myope. Pour rendre compte de l’acuité,
tu vas droit dans le mur d’images. Dans l’air bleu glace, dépourvu de chronologie,
les franges industrielles tissent un voile rouge.
Des éclats exogènes attisent ta nervosité :
tu captures l’acier, le verre et le bitume."
Christophe Ségas extrait de: "Imagier borgne"
Cinq propositions pour survivre à l’instant
1.
Au présent, tes rêves sont une douleur.
Ce ne sera que passés
au crible des mélancolies
qu’ils se révèleront une accumulation
de secondes aurorales.
Trop tard.
2.
Dans leurs multilinguismes précaires,
les malades te disent des vies étrangères.
A l’aune de leurs bégaiements -
épiphanies créatrices, épiphanies meurtrières -
tu mesures le temps écoulé
depuis l’avènement de la conscience.
(Et celui qu’il te reste à vivre.)
3.
Les idées-molécules s’agitent
comme aux premiers temps d’une réaction chimique.
L’enjeu consiste-t-il à rester en équilibre,
sur la ligne de crête,
entre éclatement et atonie mentale ?
Ou dois-tu accepter de tomber versant chaos ?
Dois-tu accepter l’emballement du délire,
pour que surgissent de nouvelles perspectives ?
4.
Les vents creusent un double du monde
dans les miroirs de faille,
et sur ta peau : des impacts de tristesse.
Tu mesures combien survivre sera culpabilisant.
5.
De ces secondes qui valent plus qu’une minute,
tu te souviens mieux que des années sereines,
étales et linéaires,
mais ou régnait l’ennui,
"Ma solitude, vois-tu, n'a rien de nietzschéen. Ce n'est pas celle du
génie, du grand homme incompris. Celle que chante Ferré dans sa chanson
du même nom. Ma solitude ne se prend pas pour César ou pour Napoléon.
Elle ne frime pas dans les salons, ne se pavane pas, ne s'affiche pas.
Elle
se joue en silence aux oreilles des chats, se mire, fraternelle, dans
le regard des chiens. S'éternise aux terrasses, aux balcons de la vie,
se chuchote en secret dans les ailes du vent, se pianote en mineur sur
les tables du temps. Mouillée de nostalgie, enivrée de tendresse, elle a
l'odeur du chagrin, la teinte des frimas, le goût amer des larmes."
Ma
vie me semblait être un tunnel de verre, à travers lequel j'avançais de
plus en plus vite chaque année, et au bout duquel il y avait
l'obscurité. Quand j'ai changé de point de vue, les murs de mon tunnel
de verre ont disparu. Je vis maintenant en plein air."
Derek Parfit
"Prends ce que tu peux, mais ne te laisse jamais prendre ; ne
s'appartenir qu'à soi-même, être son propre maître, voici tout le secret
de la vie."
Ivan Tourgueniev
Blue Note
"L'oeuvre d'art ne vaut que si elle ouvre le public à un champ de possibles insoupçonnés qui renouvelle sa perception du monde."
il vaut mieux réserver cette expérience à sa literie.
Macha Guitry
"La société numérique rassemble un peuple de drogués, hypnotisés par
l'écran. A trop faire le parallèle avec les habitudes qu'avaient créés
chez nous les journaux, la radio, la télévision, nous n'avons pas pris
garde au glissement de l'habitude vers l'addiction.
Trois éléments distincts définissent le problème:
la tolérance, la compulsion et l'assuétude.
La tolérance énonce la nécessité pour l'organisme, d'augmenter les doses
de façon régulière, pour obtenir le même taux de satisfaction.
La compulsion traduit l'impossibilité, pour un individu, de résister à son envie.
Et l'assuétude, la servitude en pensée et en acte, à cette envie, qui finit par prendre toute la place dans l'existence.
Le simple énoncé de ces critères conjugués à l'observation de nous-mêmes et de notre entourage force le diagnostic:
Nous sommes sous emprise!"
Bruno Patino extrait de:"La civilisation du poisson rouge"
Chez Telerama également:"Jamais vache, cette comédie romantico-burlesque brille grâce à son décor
vieillot et à ses acteurs, en tête desquels Alexandre Steiger, des
Chiens de Navarre."
"Lorsque dans l’herbe mûre aucun épi ne bouge,
Qu’à l’ardeur des rayons crépite le froment,
Que le coquelicot tombe languissamment
Sous le faible fardeau de sa corolle rouge, Tous les oiseaux de l’air ont fait taire leurs chants ;
Les ramiers paresseux, au plus noir des ramures,
Somnolents, dans les bois, ont cessé leurs murmures,
Loin du soleil muet incendiant les champs."
Jules Breton -extrait de: "Les Cigales"
l'enquête série 1 -épisode 1 -roman photo-
Cet animal avait la goutte. De cela , j'en étais sur;
pétition, tout comme ma lecture rendue possible grâce aux data center
Et les shadoks pompaient.
Ego de campagne:
"Je suis innocente"
(z'avions remarqué)
Proverbe: "Aux innocents les mains pleines"
MANGER LES RESTES
Finir
la lumière
d'hier
Thomas Vinau
"Qu'est-ce qui ne va pas
avec
tous ces gens qui attendent
en buvant
du café ? je voudrais
leur redonner
une chance. ils en ont
besoin. ils en ont plus que moi
besoin.
je m'assieds dans les bistrots
et je les observe tandis
qu'ils attendent. je suppose
qu'il n'y a rien d'autre
à faire.
les mouches volètent
de ci de là
et nous sirotons notre
café sans nous regarder
les uns les autres. comme
eux j'attends.
entre le va-et-vient
des mouches
les gens passent"
Charles Bukowski
"Du songe nous aurons fait notre vie visible
dans le refus cependant du sommeil
passant au crible la durée
pour en extraire l'or sans rides du savoir.
La Ténèbre coulait en nous comblée d'oracles
creusant son lit au plus dense du sang
parmi ses boues laissant parfois quelque clarté
dont nous taisions le nom (la Beauté) par pudeur
.
et depuis dans les plis de la nuit où je veille
là-bas, très loin entre naître et finir
le souvenir de son passage luit
à ton doigt telle une alliance."
Marc Alyn "La beauté"
" La poésie est la rencontre de deux mots que personne n'aurait pu imaginer ensemble."
je prends un moment pour me pencher à nouveau sur ma vie, et j'essaie de la voir telle qu'elle a été. Parmi la folie que j'ai rencontrée, parmi la précipitation de l'humanité et le fracas et la brutalité des collisions auxquelles j'ai assisté, il y a eu des moments.
Amour, Passion, Promesse. L'espoir de jours meilleurs.
Toutes ces choses. Mais je suis confronté à une vision, et de quelque côté que je me tourne maintenant je suis face à cette vision.
J'étais l'Attrape-Coeurs de Salinger, debout à la lisière d'un champ de sigle grimpant à hauteur d'épaule, percevant le bruit d'enfants invisibles jouant parmi les vagues et les oscillations de couleur, entendant leur rire turbulent, leurs jeux-leur enfance si vous voulez-
et me tenant sur le qui-vive au cas où ils s'approcheraient trop de la lisière du champ.
Car le champ flottait, libre et sans entraves, comme s'il était dans l'espace, et s'ils en atteignaient le bord je n'aurais pas le temps de les retenir avant qu'ils ne tombent.
Donc je regardais, j'attendais, j'écoutais, je faisait tout mon possible pour être là avant qu'ils ne basculent dans le précipice. Car s'ils tombaient, personne ne pourrait plus les ratrapper. Ils seraient partis.
Partis, mais pas oubliés.
C'avait été ma vie.
Une vie déroulée comme du fil, résistance incertaine, longueur inconnue;
se rompra-t-il abruptement ou continuera-t-il indéfiniment, reliant entre elles de nouvelles vies. Parfois du simple coton, à peine suffisant pour assembler les parties d'une chemise, parfois une corde-triplement tressée, e"xtrémités en bonnet turc, chaque brin et chaque fibre goudronnés et tordus pour repousser eau, sang, sueur, larmes; une corde pour dresser une grange, pour faire des noeuds d'arrêt et tirer une nefant presque noyé d'une inondation, pour tenir une jument rouanne et la soumettre à sa volonté, pour ligoter une homme à un arbre et le battre pour ses crimes, pour hisser une voile, pour pendre un pêcheur.
.../...
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Une vie à retenir, ou à voir glisser entre des mains indifférentes et inattentives, mais toujours une vie.
Et lorsqu'on nous en donne une, nous en souhaitons deux ou trois, ou plus , oubliant si facilement que celle que nous avions a été gaspillée.
Le temps avance droit comme une ligne de pêche pleine d'espoir, des semaines devenant des mois devenant des années; pourtant en dépit de tout ce temps, un infime instant de doute et tout s'envole.
Les moments exceptionnels-sporadiques, comme des noeuds serrés, irrégulièrement espacés tels des corbeaux sur un fil télégraphique- de ceux-là nous nous souvenons, et nous n'osons les oublier, car souvent ils ne sont que ce qu'il nous reste à montrer.
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Claude Nori-Galerie des franciscains-expo: CARGO-2026
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Je me souviens de chacun d'eux, et aussi d'autres, et me demande parfois si l'imagination n'a pas contribué à façonner ma vie.
Car c'est ce qu'elle était, et sera toujours: une vie.
Maintenant qu'elle a atteint son chapitre final je sens qu'il est temps de raconter tout ce qui s'est passé.
Car voilà qui j'étais, qui je serais toujours...rien de plus que le narrateur, le conteur d'histoires, et si l'on doit juger de qui je suis ou de ce que j'ai fait, qu'il en soit ainsi.
Au moins ceci s'érigera en vérité-un testament si vous voulez, une confession même.
Je suis assis calmement. Je sens la chaleur de mon propre sang sur mes mains, et je me demande si je vais continuer à respirer longtemps. Je regarde le corps d'un homme mort devant moi, et je sais qu'à quelque petite échelle justice a été rendue.
Revenons en arrière maintenant, remontons au tout début. Accompagnez-moi si vous le voulez car c'est tout ce que je peux demander, et malgré tous mes torts, je crois en avoir assez pour que vous m'accordiez ce temps.
Inspirez. Retenez votre souffle. Expirez. Tout doit être silencieux, car lorsqu'ils viendront, lorsqu'ils viendront enfin me chercher, nous devrons être en mesure de les entendre.
.../..."
R.J. Ellory -extrait de:"Seul le silence- traduit de l'anglais par Fabrice Pointeau
Il restait encore cela, la bouée dans la tourmente, quelques restes d'illusion, un brin de nostalgie, un peu de vie quoi , quelques envies. A peine cela et ce n'était pas grand chose au vu de tout le reste.
Affaire à suivre.
Tout est dans le regard
disait Edgar
pour la rime
Photos de Emeline Sauser Festival de photos CARGO 2026
"Assis sur un banc devant l'océan Devant l'océan égal à lui-même Un homme pensif se masse les tifs Interrogatif, à quoi pense-t-il? À quoi pense-t-il, livré à lui même? Il pense à son île Son île Hélène Est-ce que l'île l'aime?
Assis sur un banc devant l'océan L'océan jamais tout à fait le même Dans le bruit lascif autour des récifs Que la vague enchaîne À quoi rêve-t-il, l'éternel bohème? Il rêve à une île dont le littoral A le pur profil de l'amour total
Assis sur un banc devant l'océan Devant globalement la Terre tout entière Qui jamais n'enterre ses haches de guerre Ou si peu, si guère que c'est faire semblant Il pense que le vent fraîchit sur sa joue Il pense que l'amour Sait vous mettre en joue Ban, ban, ban
Il pense surtout devant l'océan Bel esclave bleu qui remue ses chaînes Il pense à son île, à son île Hélène Est-ce que l'île l'aime? Pense-t-elle à son il?"
Claunde Nougaro
L'été de la poésie au Cinéma des merveilles...
Roulez! Roulez! Jeunesse
"Le monde est notre désir.
Le monde est notre vouloir.
Il n'y a rien à dire du monde --- sauf qu'il nous ressemble trait pour trait.
Si nous le trouvons médiocre --- c'est que nous sommes médiocres.
Si nous le trouvons vain --- c'est que nous sommes vains.
Si nous le trouvons affreux --- c'est que nous sommes affreux.
Si nous le trouvons dur --- c'est que nous sommes durs.
Si nous le trouvons morne --- c'est que nous sommes mornes.
....
Si nous le trouvons hostile --- c'est que nous sommes hostiles.
Il ne changera que quand nous changerons.
Il est nous --- et indéfiniment il nous ressemblera.
Pour l'instant --- c'est un monde de terre sèche.
Il y aura un brin d'herbe quand vous serez devenus brin d'herbe.
Ou alors --- laissez tout crever.
Les démoniaques des pouvoirs ont ce qu'il faut dans l'arsenal pour une gigantesque épouvante.
Une gigantesque Mort."
Louis Calaferte
"Ne pas être en insécurité linguistique, c'est ne pas craindre de parler,
de s'exprimer, de développer son point de vue. Être à l'aise. Il y a
plein de gens qui ont plein de choses à dire mais qui n'arrivent pas à
les exprimer. a des gens qui racontent n'importe quoi mais avec un tel
aplomb qu'on a l'impression qu'ils maîtrisent le sujet. Et puis il faut
reconnaître qu'on a toujours cette fascination pour les gens qui parlent
bien. Ça hypnotise, ça endort, ça rassure."