mercredi 3 mars 2010
paradis noirs
".../...Et j'en viens à me dire que je me suis trompé du tout au tout dans ma démarche littéraire. J'ai voulu faire le grand écrivain. J'ai voulu échapper à la matrone en plâtre qui montre son gros derrière et qui va pisser. C'est d'elle qu'il aurait fallu parler. Mais non: j'écris des livres respectables, qui obtiennent des critiques pleines de respect par des critiques respectables, lesquels vantent leur caractère dérangeant et incorrect, comme pour la dame anorexique et frileuse qui partage notre résidence. Après quoi mes livres sont lus avec respect par des lecteurs qui se font une très haute idée de la littérature et de l'écrivain. Je suis très content de moi. Je suis gonflé de respect envers moi-même. J'ai un peu honte aussi. Alors pour compenser toute cette insupportable dignité, toute cette incorrection pour rire, j'écris pour d'autres des bluettes sentimentales, des romans cochons, je rédige des notices dithyrambiques pour des objets idiots. je sépare les fonctions. Ce qu'il faudrait, mais il est bien tard pour le comprendre, ce serait réunir les deux, la grande littérature, dont l'idéal m'écrase, et la dame au gros derrière nu, qui détient une part de ce que je suis;
Lorsque ma mère est morte, j'ai dû vider son deux-pièces à Fréjus, que je connaissais à peine. j'y avais passé une heure, à deux ou trois reprises. Je ne supportais plus se ratiocinations et ses maniaqueries. je ne supportais pas non plus de voir transplanté dans cet appartement anonyme tout le décor de notre petite maison des environs de Clermont. j'avais toujours détesté ces bibelots hideux, mais là, ils avaient l'air misérable de vieux perroquets d'Amazonie qui finissent leur vie dans une cage au zoo d'un pays froid.
Je me souviens en particulier, d'une statuette de petit rat de l'opéra, sculptée dans une espèce de pierre livide; La fillette, vêtue d'un tutu et d'un justaucorps, dressée sur les pointes, levait les bras dans un geste qui se voulait gracieux. elle avait toujours trôné sur le buffet de la salle à manger, entre deux assiettes qui représentaient des soldats de l'armée napoléonienne. A l'adolescence, je l'avais détestée. elle incarnait tout ce que je ne pouvais plus supporter chez mes parents, les bons sentiments, les mièvre toujours confondu avec le beau, la gentillesse érigée en valeur suprême. lorsque je l'ai revue, dans la salle à manger déserte, elle n'avait plus vraiment le même sens. sa petite danse conventionnelle me paraissait d'autant plus pathétique que la danseuse était incolore et médiocre. Sans rien perdre de sa stupidité, elle s'était imprégnée de ce dont elle avait été témoin, la mort de mon père, et puis l'absence, la solitude, ma négligence, l'attente. Cela, son petit corps blanc excellait à le représenter. on voit disparaître les amours, me disait-elle, et ce qui a fait la joie, on voit passer la vie, on meurt, tout en s'ennuyant. Elle continuait à esquisser sa danse, obstinée, inchangée, comme ma mère ne s'était pas départie des habitudes et du décor de sa vie sans joie.
Ne crois pas, disait la danseuse, avec le petit air ironique et buté que je n'avais jamais si bien distingué, ne crois pas que le plus triste, dans vos vies, vienne du tragique: c'est vrai, on vous y dépouille progressivement de tout, vos amours, vos plaisirs, votre corps, votre beauté, votre raison et jusqu'à votre dignité. Mais de telle sorte que cela soit aussi mesquin, ridicule, ennuyeux et bête. vous n'aurez pas le plaisir de la grandeur tragique. vous vous ennuyez à souffrir, vos enfants s'ennuient à vous regarder souffrir et ils s'ennuient à vous enterrer. Et moi je vous regarde en continuant ma petite danse, je suis l'idéal de beauté de ta mère, tout ce qui est toujours demeuré hors de sa portée, ce dont elle n'a eu, jusqu'à la fin, que cette représentation dégradée.
J'ai jeté la petite danseuse à la poubelle, et avec elle presque tous les objets de ma mère../..."-extrait de "Paradis Noirs" un roman de Pierre Jourde-Editions- nrf -Gallimard-
infinie solitude
"Puisqu'on a fait c'que l'on a pu
Puisqu'on a plus c'que l'on avait
C'qu'on a vécu on l'a perdu
Dans notre infinie solitude
Ce qu'on était on n'sait même plus
C'que l'on voulait chérie t'en souviens tu ?
Ce qu'on croyait on y croit plus
Dans notre infinie solitude
Mais on sait tous
Qu'on y peut rien
Et vivre toujours
Pour mourir demain
Moi ça m'fait rien
Du tout
Plus rien du tout
On n'sait même plus c'qu'il faut se dire
Pour s'faire sourire et se guérir
Oh, ya pas d'quoi rire
Dur de construire
Dans cette infinie solitude
Loin des yeux
Loin de mon coeur
Mais moins j'te vois et plus j'pense à toi
Oh si j'avais su je serais resté
Dans mon infinie solitude
Mais on sait tous
Qu'on y peut rien
Et vivre toujours
Pour mourir demain
Moi ça m'fait rien
Plus rien du tout" -Camille Bazbaz-
trois heures et quart
Trois heures et quart,
dans mon placard.
Quand à la rime, elle repassera,
un autre jour,
pour m'faire sa cour,
et tenir compagnie aussi.
Avec une rythmique d'appellation d'origine contrôlée
et sa poésie de surface
qui ne s'embarrasse pas de préambule et ficèle au carré
une expression codifiée
dans les tiroirs de l'académie.
Trois heures et sa moitié
joli couple ma foi;
On dirait même qu'ils ont été pensé l'un pour l'autre,
comme le vent qui met les voiles,
La lune trop timide en cache derrière un nuage
La nuit dans belle de jour
et toutes les rimes unanimes
qui, tu vois,
finissent toujours par revenir...
par la fenêtre.
Quatre heures moins le quart
pour les fait tard
et tous ceux qui la mettent en veilleuse
et jouent au solitaire
en causant à leur ombre.
Tu l'as pris ton quatre heures?
Non j'suis trop dé-goûter.
Juste une pomme alors, à l'eau
pour endormir le sommeil
qui revient souvent dans ces moments là
alors qu'il n'avait que la permission de minuit.
Mais voyez-vous, c'est un rebelle qui n'en fait qu'à sa tête
et il faut souvent lui remettre les pendules à l'heure.
Quatre heures un quart.
Ah merci bien.
Mais y a pas de quoi!
mardi 2 mars 2010
c'est pour rire
"L'humour n'a pas de rang, il traine dans la rue avec la dérision pour compagne fidèle.La force est impuissante devant les mains nues de ceux qui savent rire encore et de plus belle" -Georges Moustaki-
"Quand la vérité n'ose pas aller toute nue, la robe qui l'habille le mieux, c'est l'humour" -Doris Lussier-"Il y a des gens qui sont chauves au dedans de la tête: ce sont ceux qui n'ont pas d'humour."
-Francis Blanche-
"L'humour est la forme la plus saine de la lucidité." -Jacques Brel-
et une page de BZH publicité
et une grosse fête pour la peine, vendredi et samedi prochains à la salle de la cité à Rennes avec (en autre)les incontournables Ramoneurs de Menhirs à suivre un petit extrait pour ceux qui ne connaissent pas encore
Signalons également, que la liste "nous te ferons Bretagne" liste créée pour les régionales 2010 avec en autre Christian Troadec maire de Carhaix (et ses vielles charrues)tiendra meeting ce soir à Nantes à 20h salle Bretagne (ah ben oui forcément)et demain mercredi à Saint-Nazaire toujours à 20h salle agora
Et enfin une séance de dédicaces chez Annie de la librairie Gweladenn (que je salue en passant)
lundi 1 mars 2010
Métamorphoses
Il a l'air si paisible maintenant, qu'on en oublierait presque -à quelques détails près- que la veille dans une rencontre au sommet entre marée au mieux de sa forme, un vent s'époumonant à hurler " la digue dondaine" et notre troisième larron en foire -l'Océan -himself- les trois compères- pour le meilleur et pour le pire, décidèrent dans une nuit aussi blanche que n'était la lune, d'aller "taquiner" les braves gens endormis de la côte et de leur rappeler, qu'une fois de plus, ce sont bien elles, les forces de la nature, les bien nommées, qui ont et auront toujours le dernier mot, n'en déplaise à notre orgueil pathologique qui voudrait que l'on puisse les dompter, les dresser, les apprivoiser et...les vaincre.
"Celui qui a fait un naufrage tremble devant des flots tranquilles" -Ovide-
".../...Dès que, une fois lancés, les vents ont pris possession des ondes ,rien ne les arrête et ils tiennent à leur merci la terre entière,et tout l'océan. Ils bousculent même les nuages dans le ciel et, provoquant des chocs violents, font jaillir de rutilants éclairs. Plus je les connais, plus je les sais redoutables..../..." Ovide-
".../...On entend les cris des hommes, le grincement des câbles, le choc de la houle contre une lourde vague, le tonnerre dans l'éther. Les flots se soulèvent ; la mer semble rejoindre le ciel et toucher les nuages recouverts de l'eau qu'elle projette. Tantôt, quand des profondeurs elle fait refluer du sable fauve, elle a la couleur du sable, tantôt elle est plus noire que l'eau du Styx; parfois elle s'étale, toute blanche de l'écume des flots sonores.../..."
-Ovide-
Extraits de Métamorphoses- livre 11-
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