jeudi 11 août 2016

le mot est venu de loin



"Sensation perception émotion.
                      Ce sont les choix
d'un corps éduqué, d'une chair cultivée.
Rien qui ne soit premier, c'est l'origine et elle est mobile, elle apparaît dans tout ce que nous faisons,
quand nous le faisons.

Une vie de sensation.
Une volonté donc, sans cesse contrariée, pour étendre son désir, son pouvoir sur les choses,
son impuissance aussi.
Une expansion d'intelligence battue en brèche; et cette brèche est la signature même de l'intelligence, l'amie de la séparation."
.../...




"ECRIRE :
le mot est venu de loin, incisif et vengeur.
il s'est installé dans ma bouche, il m'a colonisé.
C'est d'abord un coup de sang, l'étirement des lèvres pour grimacer une pression, une lame plantée dans la chair qui veut parler.
Comme on fouille, comme on essaie d'extirper.
C'est de l'écriture qui fend son propre racloir. Une bêche à graphier. 
Elle alarme, elle poignarde.
C'est l'emploi d'une réduction pour ouvrir le mur, le corps, la viande qui durcit.
Ecre pour vaincre les résistances, les sabrer, les estomaquer ;
son épée s'enfonce où écrire suffoque, éperonne et jure sa force, sa crise de oui, son outrance, son coup d'archet sur la moelle, à même la moelle."
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"Si penser est une sensation nous ne pouvons être jamais dans l'ordre des "objets non sensibles", ni des "choses en soi".
Plutôt faire des propositions qui vont devenir sensibles [...] en pleine mémoire débordée."

Nicolas Pesquès- extraits de "La face nord de Juliau treize à seize" Editions flammarion 


Personne ne peut quitter son temps 

Après Mai-68, beaucoup ont choisi de changer de vie à défaut de pouvoir changer le monde.
Ils sont partis vers des lieux alternatifs-île,montagne, désert- ou ont entrepris un voyage sans fin autour du monde. 
Tout quitter est enivrant. Ce n'est pas la fuite du fugueur-un élan sans autre but que de quitter un plancher qui brûle sous les pieds-, ni de l'exil tragique du migrant poussé par la nécessité, ni la dérive du vagabond sans toit ni loi.
Cette rupture raisonnée porte un projet de vie, préférant la communauté à la famille étroite, le partage à la propriété, la nature à la ville, la frugalité du potager au consumérisme des grandes surfaces. Si de nombreuses utopies se sont effondrées sur des conflits de vaisselles pas faites, de jalousies amoureuses ou de griefs économiques, ces entreprises ont été riches et certaines demeurent encore bien ancrées dans leur "ailleurs meilleur" *  , selon les mots du chanteur Robert Charlebois.
L'essentiel du tissu social contemporain, en France est nourri de migrations réussies. Cependant, si chacun peut choisir de quitter l'espace, personne ne peut quitter son temps. Nous avons beau naviguer dans l'espace, l'époque nous enserre. Nous ne sommes chez nous nulle part. Le chez-soi, du point de vue de l'anthropologue, reste une chimère.
imaginons un propriétaire qui aurait un terrain étendu jusqu'à l'horizon. Quand il se murmure "ceci est à moi", son coeur gonfle de plénitude. Mais un marcheur, rien dans les poches, traverse ce même territoire. il n'est pas chez lui, mais il est au monde, précisément car ce dernier ne lui appartient pas. Au moment de mourir, cette condition de solitude sous le ciel, avec rien qu'un peu de temps restant, devient l'unique vérité de l'humain.
Le nomade le sait bien. Son expérience est anthropologiquement celle de l'espèce humaine circulant sur la planète au cours de l'hominisation . Elle symbolise aussi, physiquement et philosophiquement, le mode le plus intense de présence à soi et au monde dans nos sociétés déchirées de frontières meurtrières et de trouées de zones privatisées."
Véronique Nahoum-Grappe





*" Vivre en ce pays
C'est comme vivre aux Etats-Unis
La pollution, les mêmes autos
Les mêmes patrons, les mêmes impôts
Les petits, les gros
Dans un même bateau

Ceux qui sont partis
Pour chercher un ailleurs meilleur
Ont bien compris qu'en d'autres pays
En d'autres Amériques, Espagne ou Marseille
A part le soleil
Que c'est partout pareil

Vivre en ce pays
C'est comme vivre aux Etats-Unis
Les mêmes danses, les mêmes chansons
Le même confort et quand tu es mort
Y a des tas de gens
Qui te jouent à l'argent



Ceux qui sont partis
Pour chercher un ailleurs plus loin
Ont inventé un monde en fumée
D'amour et de paix, un monde nouveau
Partis à zéro
Comme à San Francisco

Vivre en ce pays
C'est comme vivre aux Etats-Unis
C'est la violence, la répression
La loi du plus fort qui l'emporte encore
Sur ceux qui voudraient
Briser les conventions

Ceux qui sont partis
Pour chercher une solution
Qui ont promis un nouveau soleil
Un nouveau pays à qui les suivront
Jurent qu'ils seront des milliers et des millions
Quand ils reviendront." 

-Robert Charlebois -





.../...
"Je voudrais une planète Terre que je dessinerais sans plan
selon le paysage de mon visage
Et je tracerais ses rivières et ses mers selon le chemin de ma larme.

Je voudrais un arbre qui chante et un oiseau qui fait un pacte avec le vent
et une mer qui déplie son journal à chaque aube et un passeport valable pour tous les aéroports.

Je voudrais un parapluie décoré de jasmins et un livre ouvert sur la table des matières
et des doigts qui sachent bien frapper le clavier;

Je voudrais un doux souvenir
une foi poétique
et une nouvelle journée.

Je voudrais de nouvelles tentations
pour quelques jours seulement.

Je voudrais un jour court, très court
qui suffirait pour écrire un poème que j'écrirais comme j'en aurais envie
sans hâte, sans retouche ni brouillon;

Je voudrais vivre
sans que ce soit mon destin éternel
et qu'il n'y a pas d'autre choix.

Je le veux seulement
Qu'est ce que c'est
Qui est-il
Je ne veux pas répndre, de toute façon."
.../... 

Saadiah Mufareh- extraits de: Mes rêves s'humilient trop" 






"Ce n'est pas l'inquiétude qui fait bouger les formes de son calme

Ce ne sont pas les ombres, ni le duvet...
C'est le temps qui bouge sous le lit
et des herbes poussent dans la paume."
Hanadi Zarka-"Des herbes poussent dans ta paume." 





 


2 commentaires:

  1. J'aime beaucoup ce que dit Véronique Nahoum-Grappe. Peut-être bien que je mettrai ses mots sur mon blog, cela ne te dérange pas, Jean-Jacques ?

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    1. Dimanche en son partage.
      Avec grand plaisir et remerciements Françoise.
      Belle fin de journée.
      :-)

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