"..../...Elle a peur des mots, ils ont condamné son père. Les mots sales, ceux qui terrorisent dans les salles d'attente des palais de justice, les mots qui torturent, qui rejettent, trop polis, ceux que l'on vous crache au visage pour mieux vous signifier votre appartenance, ceux qu'il faut écrire et qui vous trahissent par leurs formes tortueuses, les mots qui bercent pour mieux endormir et flatter. Elle a une défiance absolue pour le mot qui prend son souffle et qui va lui assener quelque ordre, volonté ou désir à sens unique, elle rentre la tête dans les épaules, elle répond par onomatopée...Tous ces mots qu'il faudrait traîner dans le caniveau jusqu'au pont basculant du Petit-Maroc pour les précipiter dans le bassin du port au fond des eaux boueuses parmi les civelles et les crabes: les mots qui sentent. Il faudrait dresser un abri permanent pour les mots, ou les enfouir dans la base sous-marine et fermer le sas. .../..." C'est un matin crachin dans les rues pâles et transversales. Le phare de la jetée disparaît sous la bruine de mars et le vent d'ouest nous ensable le cou. .../...."Rue de la Paix les regards sont éteints couleur béton ternes dans la grisaille ambiante: pas de cris de bonheur ou de désespérance, simplement le glauque marécage du quotidien et de la résignation, la sourde angoisse qui taraude, la peur tenaille du chômage qui brouille les humeurs, le bourdon permanent qui rôde et anesthésie. Les voitures elles mêmes glissent et s'excusent sur le pavé sans klaxonner à l'imprudent qui coupera la route: les néons sont du soir et ont perdu leurs insolences. Place des Halles à l'entrée du marché quelques marchands de journaux chipotent encore le chaland, personne ne les invective plus comme par le passé: au carré aus poissons les langoustines seules frémissent sur le marbre, les crabes bullent, les crevettes crissent et les soles tapissent, la mémoire de la ville heureuse déambule dans ces allées, elle fixera notre sourire du matin. .../" -extraits de "Nazaire-les chemins de fuite-roman policier liv'poche-1998-LIV'EDITIONS-
dimanche d'ici et la promesse des vagues et du vent qui prendraient leurs aises comme un couple infernal pour quelques heures unis, jusqu'à trainer son amour tempête par dessus les conventions et le muret de pierre qui sert d'habitude de frontière entre l'élément liquide et la farce des hommes. L'océan est livré à lui même, c'est son jour d'un-vent-terre. Les marins ont regagné le port et son calme relatif. Il n'y a plus qu'à attendre maintenant et tapoter le baromètre qui n'a pas encore dit son dernier mot et met peu à peu, au fil des heures, la barre à gauche toute. il n'y a plus qu'à...installé près du feu qui s'énerve un peu, sous les coups de boutoir de la galerne, ouvrir un vieux livre rescapé du grenier et qui raconte avec les mots des autres, de ceux qui bien avant ont reconnu la force des natures libres, l'océan, quand il a des choses importantes à dire.
-Tempête-"L'orage s'ammoncèle et pèse sur la dune dont le flanc sablonneux se dresse comme un mur. Par instants, le soleil y darde un faisceau dur de rayons plus blafards qu'un blême éclat de lune. Les éclairs redoublés tonnent dans l'ombre brune. Le pêcheur lutte et cherche en vain un abri sûr. Bondissant en fureur par l'océan obscur, l'âpre rafale hurle et harcèle la hune. Les femmes, sur le port, dans le tourbillon noir, gémissent, implorant une lueur d'espoir...Et la tempête tord le haillon qui les couvre. Tout s'effondre, chaos, gouffre torrentiel ! Sur le croulant déluge, alors, voici que s'ouvre en sa courbe irisée un splendide arc-en-ciel. "-jules breton-
"Cet océan battu de tempête et d'orage me venant à dédain et le dévoiement de mon faible estomac prompt au vomissement me faisait déjà perdre et couleur et courage, quand, pour me délivrer des périls du naufrage, d'un plus petit bateau je passai vitement dans un vaisseau plus grand, tenant assurément que plus sûr et gaillard je viendrais au rivage. Mais las ! ce sont toujours les mêmes cours des vents, toujours les mêmes flots qui se vont élevant, toujours la même mer qui me trouble et moleste. Ô mort ! si tu ne prends ma requête à dédain, tire-moi des hasards de tant d'écueil mondain, repoussant mon esquif dedans le port céleste."-jean baptiste chassignet-
"L'Océan sonore palpite sous l'oeil de la lune en deuil et palpite encore, tandis qu'un éclair brutal et sinistre fend le ciel de bistre d'un long zigzag clair, et que chaque lame, en bonds convulsifs, le long des récifs va, vient, luit et clame, et qu'au firmament, où l'ouragan erre, rugit le tonnerre formidablement." - paul verlaine-poèmes saturniens-


















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